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Mot clé - Vraiment pas banal

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mercredi 12 mars 2008

Oui mais en fait non (ou peut-être que si, mais rien n'est moins sûr)

Tout le monde a entendu parler du Triangle des Bermudes. En V.O. Bermuda Triangle, que l'on peut traduire par triangle du bermuda, ce qui ne rime pas à grand-chose puisqu'à la différence du slip brésilien qui en a deux, le bermuda n'a pas de triangle. Ahum. Et donc, là, maintenant tout de suite, sans même regarder sur Gougueule ni Ouikipédia, je suis capable d'affirmer que le Triangle des Bermudes désigne une zone maritime, située genre dans les environs des Bermudes, et de forme genre à peu près triangulaire. Même qu'au cours de l'histoire récente, des avions et des bateaux y ont mystérieusement disparu, sans qu'on ne les retrouve jamais. Si ça vous fait marrer ou que nous n'avez pas envie de vous taper encore un film de Bud Spencer et Terence Hill sur Direct8, vous pouvez toujours aller faire des recherches complémentaires sur le net, mais pour la compréhension du sujet du jour, ce n'est pas indispensable. Tant que vous avez capté le coup des avions et des rafiots qui s'évanouissent sans crier gare, ça devrait aller.

De la même façon que les bermudas, dont ils sont les grands-frères aux jambes plus longues, mes pantalons n'ont pas de triangle. Par contre il semblerait que l'un d'entre eux soit doté d'une caractéristique particulièrement étonnante, j'en ai fait la découverte pas plus tard que vendredi dernier. Etant plutôt du genre terre-à-terre, je n'ai pas l'intention de m'user les neurones pour échafauder quelque théorie fantaisiste concernant le phénomène dont je fus victime. Pour moi les choses sont claires, et facilement explicables. De mystère, il n'y a point. Allez, je vous la fais courte. Il me semble évident que la poche avant-gauche de mon pantalon en velours renferme une faille spatio-temporelle pouvant faire disparaître les objets qu'elle contient dans un univers parallèle. Ou les faire voyager dans le temps, je n'ai pas encore fini mes calculs. Toujours est-il que j'ai perdu mes clés, et que je ne trouve pas d'explication plus plausible.

Il se trouve qu'en guise de porte-clés, j'utilise un massif mousqueton d'escalade, souvenir glorieux du temps lointain où j'étais un rude sportif, très beau et très bien fait. L'avantage de cet énorme porte-clés, c'est qu'il m'est impossible de le perdre. Bien souvent, je l'ai dans une poche, et j'ai dans l'autre une quincaillerie abondante de centimes d'euros. Du coup, quand j'approche de ma démarche souple et nonchalante, on m'entend arriver. Au niveau du bruit, on hésite entre le Père Noël avec ses rennes ou un cow-boy façon Sergio Leone... Tout ça pour dire que je n'ai pas de mal à savoir si j'ai mes clés sur moi ou pas. Cela me vient sans doute du fait que gamin, j'avais juste une clé autour du cou. Et oui, en ce temps là, une seule clé suffisait il n'y avait pas d'interphone ou de digicode au bas des immeubles, et on se contentait d'une serrure à la porte de son logement, sans qu'il soit besoin de s'équiper en verrous supplémentaires ou autres portes blindées... Nan, je dis pas que c'était mieux avant, je dis juste que c'était pas pareil. OK, j'arrête. Bref, à force de galipettes, de déli-délos endiablées et autres randos sauvages en vélo-cross dans le bois de Cergy, je l'ai perdue plus souvent qu'à mon tour, cette clé. En soi ce n'était pas bien grave, mais le petit garçon anxieux que j'étais s'en faisait toute une montagne. C'est sans doute là l'origine de ma groportecléphilie.

Mes clés sont toutes accrochées à des anneaux. Un anneau pour les clés de ma belle italienne aux reflets d'argent, un autre pour celles de chez moi, un autre pour celles qui peuvent temporairement m'être confiées ou utiles (genre clés de chez les parents, de chez des amis, de la cave)... Chaque anneau est lui-même passé dans le mousqueton décrit plus haut, qui, pour être tout à fait précis, est un mousqueton de dégaine, c'est à dire un truc ultra-secure, ultra-solide, à base de ça peut te sauver la vie un machin comme ça. En tout cas, moi ça m'empêche de perdre mes clés, donc c'est tout comme. Du moins  c'était ce que je croyais...

Vendredi dernier, en fin d'après midi, j'ai eu une course à faire. Je suis donc sorti de chez moi, j'ai fermé la porte à clef, ouvert ma voiture, démarré ma voiture, roulé jusqu'au Shopi de chez Van Gogh, garé ma voiture sur le parking, refermé ma voiture, fait mes courses, payé mes courses, rouvert ma voiture, redémarré ma voiture, refait le trajet en sens inverse jusque chez moi, garé ma voiture devant l'immeuble, rerefermé ma voiture, et enfin tenté d'ouvrir la porte de mon immeuble. Tenté seulement. Parce qu'en fait, en ressortant mes clés de ma poche, je me suis aperçu que l'anneau contenant les clés de chez moi n'était plus là. C'est-à-dire que je n'ai pas perdu mes clés, j'ai juste perdu un bout de mes clés. Ce qui est juste tout à fait impossible si l'on s'en tient aux lois physiques communément admises en tant que celles régissant notre réalité. Normalement ça ne se peut pas. Avec celles de ma belle italienne aux reflets d'argent, les clés de chez moi sont celles qui ne quittent absolument jamais mon porte-clés. Mais genre jamais pour de vrai t'as vu.

Attention, je ne suis pas parfait. Ca se saurait. J'ai moi aussi droit à l'erreur. Les perdre toutes, avec le porte-clés, ne me paraissait pas impossible. Hautement improbable, mais pas impossible. Je veux dire, ça peut arriver à tout le monde après tout. Ce que je ne parviens pas à m'expliquer de façon raisonnable, c'est comment est-ce que j'ai pu perdre un seul anneau de clés à la fois! En même pas une heure. Et en ayant conservé en permanence mon mousqueton dans ma poche. Et donc les clés avec. Solidaires. Toutes. Sur le moment, j'ai bien sûr retourné mes poches quinze mille fois, passé ma belle italienne aux reflets d'argent au scanner, fouillé mon slip juste pour être sûr, refait le parcours à pied à cheval et en voiture, interrogé tous les suspects potentiels de les avoir retrouvés... En vain. Comme je commence à me connaître finalement assez bien, je me suis dit qu'il valait mieux je j'évite de m'énerver pour rien en cherchant le pourquoi du comment tout en me traitant de connard. Autant partir du principe que mes clés étaient perdues, point barre, et essayer de trouver une solution constructive.

En tant qu'irréductible locataire, il m'arrive parfois de me prendre le chou avec certains de mes toujours plus nombreux amis propriétaires. Ou collègues. Ou membres de ma famille. Enfin pas mal de monde, quoi. Parmi les propriétaires, on trouve en effet une frange importante et importune de mous du bulbe prêt à te tomber sur le râble à la première occasion pour te rappeler à quel point tu as tort de continuer à foutre ton pognon en l'air en restant locataire alors qu'être propriétaire c'est tellement plus mieux. Vous n'ignorez pas que je suis gentil. Je n'ai donc pas le "lâche-moi la grappe et touche à ton cul, connard" facile. Pour rester fidèle à moi-même, je m'astreins donc à expliquer patiemment à chacun de ces ayatollahs de l'accession à la propriété que si je continue à louer, c'est faute de moyens, pas de volonté. En général, c'est suffisant, mais il reste une portion d'abrutis qui refuse de comprendre que je préfère continuer à louer mon F3 charmant et bien situé en centre-ville plutôt que d'investir dans un F1 déprimant, loin de tout et de tout le monde, avec comme seul et unique motif de satisfaction le plaisir incommensurable d'être propriétaire d'un crédit sur 30 ans.

En attendant que mon pouvoir d'acheter un appartement ou une maison soit au rendez-vous comme promis peu avant mai 2007 par un mec aujourd'hui supposément haut placé, je reste locataire et satisfait de l'être. J'ai donc une propriétaire. C'est-à-dire que l'appartement que j'habite, il est à elle, tu vois. C'est exactement ce que je me suis dit après avoir pris conscience que bordel de nouille, je n'ai jamais eu l'idée lumineuse de laisser un jeu de clés de chez moi à des potes. Oui, c'est toujours quand on se rend compte qu'on ne les a pas prises au bon moment qu'on prend conscience de l'utilité fondamentale des précautions. Enfin bon, faute de proches en guise de solution de secours, je me suis dit que ma proprio serait celle d'où viendrait mon salut. Au pire, si elle n'était toujours pas revenue des sports d'hiver, j'aurais pu attendre son retour chez des potes. Après tout, j'avais sur moi mon kit de survie en milieu urbain (pour ceux qui ne le sauraient pas encore: carte bancaire, pièce d'identité et téléphone portable), avec en bonus les clés et les papiers de ma belle italienne aux reflets d'argent. Sauf que voilà, j'ai réussi à la joindre et j'ai appris à cette occasion que j'étais la seule personne de la galaxie possédant les clés de mon appartement. En tout et pour tout n'existaient que deux jeux de clés de chez moi: celui que je venais de perdre, et celui qui se trouvait dans le buffet de l'entrée. De l'autre côté de cette putain de porte fermée à clé. Youpi.

Dans ces cas-là, puisque ça fait un peu partie de mon métier, je sais comment ça marche. T'appelles un serrurier, et tu fais tes prières pour qu'il réussisse à crocheter ta porte sans avoir besoin de tout bousiller, et donc de tout remplacer. Moyennant plus ou moins de pognon, ça va de soi. Pas de bol, moi ça a été plutôt plus que plutôt moins. Rapport au fait que ma serrure c'était franchement pas de la merde. Rassurant dans un sens. Sur le moment je n'en avais pas conscience, mais j'étais rudement bien protégé, ça oui. Dommage qu'il ait fallu tout arracher pour que je puisse rentrer chez moi. Oh, je n'étais pas attaché plus que ça à mon antique serrure trois points, mais enfin, comme je ne pouvais pas laisser un trou béant en guise de dispositif de sécurité, il a bien fallu que je me résolve à la remplacer payer pour la faire remplacer. Je ne vous dis pas combien ça m'a coûté au total, c'est indécent. M'enfin disons que si je veux une PS3, je n'ai plus qu'à espérer qu'on se montre très gentil avec moi pour mon prochain anniversaire, parce que là, maintenant tout de suite, c'est clair que ça ne va pas être possible. Non, non, pas mal au cul, n'exagérons rien. Un peu blasé peut-être.

En même temps je ne peux pas tellement me traiter de connard sur ce coup-là, vu que normalement ça ne se peut pas. Le risque de prise de tête se situe plutôt au niveau de la recherche d'une explication à ce qui s'est produit pour amener à la disparition des clés de chez moi. Et juste de celles-là. Non, parce que ça ne se peut pas. Si, si, regardez, je l'ai déjà marqué avant. Et pas qu'une fois. Du moins, ça ne se peut pas si l'on s'en tient aux lois physiques qui s'appliquent à notre échelle et dans notre univers. En l'espèce, établir une théorie un peu "exotique" peut revêtir un certain intérêt dans la mesure où cela permet de se défaire de toute tentation de culpabilité, d'éviter ainsi des séances de dénigrement de soi aussi improductives que pénibles, et enfin de s'en tenir à la philosophie du "Bon, ben c'est comme ça, c'est comme ça, hein, on n'y peut rien, on ne va pas se mettre à s'arracher les cheveux pour un truc auquel on ne peut rien changer". Les religions naissent comme ça, alors je vous en prie, je vous en prie.

Comme spécifié au paragraphe troisième de cette publication, j'ai tendance à pencher pour la théorie du basculement des clés de chez moi dans un univers parallèle par le biais d'une faille spatio-temporelle intermittente située dans la poche avant gauche de mon pantalon en velours.  J'ignore comment il s'y est pris, mais parmi l'infinité de mes doubles habitant l'infinité des univers parallèles au nôtre, il s'en est trouvé un suffisamment malin pour trouver un passage entre nos deux dimensions et venir me chaparder mes clés. Sans doute parce qu'il avait lui-même égaré les siennes, ce con. Sympa, ouais, vraiment. Ah ça, ça se la joue gentil dans son petit univers de mes deux, mais en douce ça vient jouer les enfoirés chez les autres. Vive la France. Vingt sur vingt. Le jour où je me chope, j'me jure, je me fume. Je perds rien pour attendre. Je vais voir ma gueule, ouais.

Ahum.

La théorie du voyage dans le temps me paraît beaucoup moins crédible. Venir du passé pour me chourave mes propres clés n'aurait pas de sens, puisque, aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais perdu les clés de mon appartement avant la semaine dernière. Et surtout je ne me souviens pas avoir fabriqué une machine à explorer le temps. Donc non. Il me paraît également impossible d'être venu du futur pour me prendre mes clés. Merde, si à l'avenir je suis suffisamment balèze pour inventer une machine à voyager dans le temps, j'espère bien que je ne serai pas assez con pour négliger le problème du paradoxe temporel au point de ne pas hésiter à venir triturer mon propre passé et prendre par la même le risque d'annihiler ma propre existence future... A moins que je ne sois piégé pour toujours dans une boucle temporelle. Si ça se trouve je n'ai pu avoir l'idée de la machine à remonter le temps que grâce à la visite que je viens de me rendre à moi-même. Ce qui fait qu'en réalité je l'ai déjà fait avant. Je veux dire avant par rapport à après. C'est-à-dire aujourd'hui. Enfin vendredi. Enfin un autre vendredi d'avant l'après qui s'est passé exactement comme celui d'avant. Je veux dire le dernier. Bref, la théorie du pick-pocket venu d'un monde parallèle est quand même vachement mieux. Je veux dire, le but c'est quand même d'éviter de se prendre le chou, hein. Donc c'est la bonne.

Après, pour le Triangle des Bermudes, je n'en sais rien, alors ne me demandez pas.

Là-dessus, je vous laisse, après deux billets en moins de 24 heures, un coup de pierre ponce au bout des doigts s'impose. Pas envie de gâter la douceur légendaire de mes mains à coups de corne façon plante des pieds, non mais.
Bonne nuits les petits, et n'oubliez pas, pensez toujours à laisser un double de vos clés chez un proche, ça pourrait vous sauver la vie. Enfin la vôtre non, mais celle de votre serrure, peut-être. Ah, et tant qu'on y est, ne mets pas tes doigts sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort.
Que la force des cinq fruits et légumes par jour soit avec vous.

vendredi 17 août 2007

Je suis de bonne, bonne, bonne, bonne humeur ce matin

Evidemment après 24 heures sans sommeil, les 13 dernières ayant été consacrées à gagner héroïquement ma croûte, il n'est pas tout à fait impossible que je vienne à manquer un peu de peps. Qu'il ne me soit pas interdit pour autant de me laisser aller à quelques confidences matinales tout à fait captivantes, et ce d'autant plus qu'elles me mettent en scène, en proie tour à tour à l'angoisse, la colère, la lassitude, le soulagement ou encore l'euphorie.
Tout commence par mon traditionnel petit tour au café d'en bas, chez Jean-Pierre. Oui, traditionnel, c'est à ce point, car j'ai la déplorable habitude d'aller régulièrement, genre environ tous les jours ou presque, poser mon coude sur le comptoir de ce lieu de perdition pour m'y adonner à l'un des rares plaisirs que je m'accorde encore depuis mon adieu à la cigarette, et ce malgré le fait que je sois parfaitement conscient que c'est mal: la consommation de café. Et par deux, en plus. Des fois même trois, si je trouve quelque interlocuteur valable avec qui deviser de choses aussi primordiales que le footing du président, la dernière gamelle du PSG ou la meilleure façon de raccourcir les écrous de fixation de mes rollers. Au pire s'il n'y a personne, il reste la lecture du Parisien, c'est bien, ça aide à se sentir hachement intelligent t'vois. Et si le torchon à faits-divers n'est pas disponible, il te reste toujours la télé, en permanence calée sur l'une des innombrables et soporifiques chaînes d'info en continu de la télévision française.

Sauf que là il s'est passé un truc.
Hier matin, pas de joyeux compagnon pour bavarder, pas de feuille de chou populacière à se mettre sous la dent, donc condamné à écouter d'une oreille distraite la litanie monotone des mauvaises nouvelles sur LCI.
Alors en un, on a retrouvé l'un des affreux pédophiles récidivistes qui hantent par escadrons entiers les rues de nos paisibles cités, mais que fait police partout justice nulle part?
En deux, les marchés financiers asiatiques se pètent trop la gueule comme des grosses merdes à cause que les taux d'intérêt des emprunts immobiliers hypothécaires à risques Etazuniens ils ont grave pas la patate en ce moment, du coup ça fait monter le prix du rutabaga au kilo sur le marché de Chilleurs-au-Bois, ce qui fait que le yen remonte comme jamais et que c'est pas demain la veille que le prix des Wiimotes va baisser, mais t'inquiète c'est une prise de bénéfice normale pour compenser le recul de mon cul mes fesses, hahaha, Don't Panic, la réponse à la question est 42. En gros le marché fait son rot, et malgré son âge vénérable il continue de foutre du vomi un peu partout à chaque fois.
Et enfin, en trois, figure-toi qu'il y a eu un tremblement de terre de 7,7 sur l'échelle de Richter au Pérou, avec sûrement des morts mais bon pour le moment on n'en sait pas plus, alors venons-en plutôt à la surprenante première place du Mans en Ligue 1 après la deuxième journée de championnat.
Déjà, à la base, j'avoue que je suis toujours secoué par l'invraisemblance des choix journalistiques en matière de hiérarchisation de l'information, mais pour le coup, ça m'a semblé encore plus balèze que d'habitude, la faute à un tout petit détail pour vous mais qui pour moi voulait dire beaucoup.

Ma mère est au Pérou.
Là ,maintenant, tout de suite, genre.
Et un peu avant aussi, c'est-à-dire au moment précis où la terre a tremblé et où des trucs et des machins se sont effondrés sur des gens, tout ça.
Me demandez pas pourquoi, mais à l'instant précis où j'ai réalisé ça, je me suis dit que pour cette fois je pourrais me contenter d'un seul café au comptoir, conforté en cela par une irrésistible envie de faire péter de la communication transatlantique quel qu'en soit le coût pour parler au plus vite à ma môman.
Vingt secondes plus loin j'étais donc chez moi en train de vérifier frénétiquement le décalage horaire avec le Pérou, tout en me demandant à partir de quel heure il n'était pas indécent de déranger les gens en cas de tremblement de terre qui fait des morts et tout. Après moultes tergiversations, je suis parvenu à la conclusion que 7h00 du matin, c'était un bon compromis. J'ai donc tué le temps comme j'ai pu en attendant 13h00 HF, heure à laquelle j'ai tenté une première fois de joindre les nombreux numéros laissés par ma mère "au cas où" (et là il m'a semblé que c'était justement bien un cas où). En vain. Parce que 7,7, non seulement ça nuit gravement à la santé de ceux qui se prennent un plafond dans la tronche, mais en plus ça met à mal les réseaux téléphoniques, qu'ils soient filaires ou cellulaires. Oualou peau d'balle.
Qui, moi crispé?

Bon, avec un sujet aussi grave, je vais pas vous la jouer suspense et mystère, ça serait un poil indécent, autant vous rassurer tout de suite si vous vous inquiétiez de la préservation de l'intégrité physique de ma mère, vous en faîtes pas, elle va très bien. Il a certes fallu un peu de temps pour que j'en aie la confirmation ferme et définitive, ce qui n'a pas manqué de peser un peu sur mon humeur, mais enfin, ça va, elle était, et est toujours, dans un coin épargné par le séisme, au nord du Pérou pour ceux que ça intéresse. Je ne lui ai pas parlé directement, mais à une personne qui la loge, qui est un truc du genre la cousine de la nièce du grand-père de la soeur de l'homme qui a vu l'ours qui a volé l'orange du marchand qui se trouve être un lointain cousin de la concierge de l'ex-mari de sa belle soeur par alliance. Ou un truc comme ça. Enfin bon, là où vous allez voir à quel point ça va bien, c'est en lisant ce court résumé de ma conversation téléphonique:
- "Oui bonjour, je suis le fils de sa mère, est-ce que vous pouvez me confirmer qu'elle va bien?
- Ah oui, oui, oui, rassurez-vous, ici on l'a pas senti le tremblement de terre, à part deux ou trois mythos qui disent qu'ils l'ont senti mais on sait tous que c'est juste pour faire leurs intéressants.
- Ah, tant mieux, j'en suis fort aise, Dieu merci, mais dîtes moi, ma mère se trouverait-elle à vos côtés ou à proximité immédiate? En effet, je brûle de l'entendre de vive voix me confirmer qu'elle se porte comme un charme, car à défaut de visiophone et pour faire malgré tout honneur à mon prénom, j'aurais tendance à dire que je ne croirai que ce que j'entendrai.
- Ben oui, mais non, en fait elle est pas là, elle est au Country-Club, au Golf, donc bon, je peux pas vous la passer, non, mais je lui dirai que vous avez appelé si vous voulez.
"
Va maintenir ta crédibilité de gauchiss' de coeur enragé après ça... Ah, merci bien, Mère, bravo pour l'image de marque.
Enfin bon, ça m'a permis de me faire une idée de l'ampleur de l'anxiété qui pouvait tarabuster ma mère suite à cette catastrophe naturelle pour le moins spectaculaire. Et ça m'a somme toute encore plus rassuré, tiens.

Le soulagement n'est en fait intervenu qu'aux environs d'une heure du matin. Hé ouais, douze heures pour réussir à établir une communication avec Trujillo. Ca laisse le temps d'accumuler le stress. Du coup en arrivant au boulot vers 19 heures avec une gueule impossible, j'ai préféré mettre les choses au point de suite. A base de "Bon, j'vous la fais courte, ma mère est au Pérou, j'ai pas d'nouvelles, donc j'vous préviens tout d'suite, je risque de manquer un peu d'humour ce soir".
Au moins, avec ça, on te lâche la grappe sur ce qui est des gentilles vannes à propos des cheveux qui poussent nom de d'là quand c'est-y qu'tu vas les couper?
Malheureusement, ça n'a pas empêché nos agaçants estimés clients de nous solliciter beaucoup plus que de raison, surtout une nuit comme celle qui vient de passer, où au lieu des 9 pélos réglementaires que nous devions être pour la traverser de façon pas trop mouvementée, nous nous sommes retrouvés à 7. Alors qu'il y avait facilement du boulot pour 15. Trop total le pied.
Je vous ai déjà dit, du moins je crois, que mon boulot c'est de sauver des gens dans des conditions diverses et variées qui vont du sauvetage de vacanciers sur la route des vacances dont la R19 tombe en panne, au sauvetage d'une mamie de 78 ans qui s'est pété le col du fémur en se viandant comme une merde de l'âne sur lequel elle entreprenait la traversée du désert éthiopien, en passant par le sauvetage de la moquette menacée par le cruel évier qui fuit, et même le sauvetage de ta soirée si tu t'es fait refoul' de toutes les boîtes de nuit de Palavas-les-Flots. Ouaip, tout ça c'est blessipo si t'as souscrit le contrat qu'il (te) faut avec ma boîte.
Enfin bon, hier soir, déjà que j'étais d'humeur tendue, je vous dis pas la blasitude quand j'ai découvert qu'on serait vachement pas assez pour survivre à la nuit dans des conditions humainement supportables. Heureusement qu'avec mes collègues on est trop des super-héros, moi j'te l'dis. Et puis, finalement, tu vois, le soulagement tardif est plutôt bien tombé au niveau du timing.

En fait à partir du moment où je me suis installé à mon poste de travail, ça a trop été la folie. A base de à peine je raccroche avec un client que direct il m'en tombe un nouveau sur le râble, sans que j'aie eu le temps de faire ce qu'il convient de faire pour le précédent. Et ça s'est accumulé comme ça pratiquement toute la nuit.
Alors qu'à une heure du matin je venais à peine de boucler grosso merdo l'organisation d'un rapatriement par avion sanitaire décollant à 9 heures du matin, j'étais au comble du mélange étrange de sensations que seul ce boulot arrive à me faire ressentir (hyper rarement, heureusement): un genre de mix bizarre de lassitude et de profonde rage. En gros, les très rares fois où j'en suis là, c'est que je ne suis plus bon à rien. Limite j'en étais à me dire que c'était peut-être une nuit idéale pour me remettre à fumer. Sérieux, ouais.
Heureusement, j'ai eu droit à 30 secondes de répit, et ce court laps de temps m'a suffi à me souvenir que merdalors, je n'avais toujours pas la certitude que ma mère était toujours en vie, entière et avec le moral. Du coup j'ai retenté le coup de fil. Et vous avez lu là-haut ce que ça a donné.
Et pouf, adieu cocktail de sensations fatal et paralysant, bonjour regain de patate à en sauver Dieu lui-même pour peu qu'il ait souscrit le contrat adapté. J'ai donc terminé la nuit à balle, le cul vissé sur ma chaise, mais à balle. Et j'ai fini tout qu'est-ce que j'avais à finir, avec 30 minutes de retard, certes, mais fini.
C'est donc avec le sentiment du devoir accompli (et les yeux défoncés) que je m'en suis allé retrouver ma belle italienne aux reflets d'argents qui dormait paisiblement au sous-sol pour qu'elle me ramène chez moi... Sans négliger le passage par chez Jean-Pierre matinal.
Et tu sais quoi, ce matin j'ai bu mes deux cafés, tranquillement.
Même que ce soir je ne bosse pas.
Et que je me régale d'avance de la bonne sieste qui m'attend.
Détendu.
Yeah...

Là-dessus, je vous laisse, je m'en vais m'effondrer sur mon lit aux draps fraîchement lavés et repassés, pour mettre à profit les 36 heures de calme qui me restent avant la tempête apocalyptique qui m'attend certainement ce week-end.
J'espère simplement qu'on sera un peu plus de fous pour rire un peu plus...