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lundi 3 septembre 2007

Démocratie participative

Les enfants, l'heure et grave. Depuis l'extraordinaire saga de la poubelle chromée, contée pas plus loin qu'ici, je me sens l'âme d'un conquérant de la déco, d'un tortionnaire de la carte bancaire, d'un Attila de l'achat compulsif contrarié. Avoir réussi à dégotter l'indégottable a redonné souffle et élan à ma soif de posséder le parfait intérieur du trentenaire à la fois sobre et trendy.
Armé de ma motivation et d'un compte en banque solidement positif par la grâce de la récente paye, je me suis donc aventuré cet après-midi dans la plaine sauvage et industrieuse de la mondialement renommée Patte d'Oie d'Herblay, où un célèbre fabricant de meubles issu du pays des Krisprolls a établi une succursale. D'autres enseignes concurrentes bien d'chez nous disposant elles aussi de magasins dans cette zone lugubre et impraticable pour l'insensé qui déciderait de s'y engager à pied, je me suis dit qu'aujourd'hui pourrait bien être le jour du chevet.
Ouais, parce que t'sais, ça fait plus de deux ans que je vis sans table de chevet à côté de mon lit. Ce qui est tout à fait intolérable.

Vous n'êtes pas sans savoir, ou alors ça veut dire que vous n'avez pas tout lu mon blog et ça c'est très vilain, que je travaille de nuit. Cette regrettable manie présente au moins un avantage, c'est que pour ce qui est du shopping, je peux me permettre de le pratiquer à des heures où le commun des mortels vient à peine d'attaquer sa longue et pénible journée de boulot. Ce qui fait que j'ai l'habitude de fréquenter les magasins à l'heure où les vendeurs ont encore la marque de l'oreiller sur les joues et où surtout il n'y a pas un rat dans les rayons.
Sauf qu'aujourd'hui était un jour un peu particulier, puisque les enfants profitaient de leur dernier jour de vacances. Or, va savoir, pourquoi, il semble exister une catégorie de parents qui dans ces circonstances, plutôt que de coller les gosses devant la télé avec l'intégrale de Dora l'exploratrice ou tous les dévédés de chez Pixar, préfère les emmener faire une ballade à Ikea, histoire de bien se crisper avant la rentrée.
Oui, parce que du coup, j'ai pu voir que c'était vrai, et pas juste une légende urbaine: aller chez Ikea ça énerve les gens. Que ce soit la famille Groseille ou Lequesnoy, le petit couple débutant ou confirmé, ou encore la bande de colocs en vadrouille, le fait de se balader d'armoire Skëdsgründ en fauteuil Klümptvlaärd suffit à instaurer un climat guerrier autant qu'haineux au sein d'entités sociales pourtant initialement en parfaite harmonie...
Un jour j'écrirai une thèse là-dessus si j'ai le temps, mais c'est pas l'sujet du jour.

Personnellement, quand je mets les pieds dans un magasin d'ameublement et/ou de décoration, déjà j'y vais seul, et ce n'est pas pour y traîner pendant mille ans. En gros, soit je sais exactement ce que je suis venu chercher et je fonce droit au but, soit il me suffit de trente secondes pour me dire que puisque je n'ai aucun objectif précis c'est qu'en fait je n'ai rien à foutre là. Efficacité avant tout, on n'est pas là pour flâner, palsambleu. Ce qui explique que dans ce genre d'endroit je me déplace à la vitesse du banlieusard arrivé aux Halles par le RER A qui doit encore aller choper la ligne 7 avant d'espérer arriver au boulot. Vite, quoi (Je le précise pour nos amis provinciaux qui goûtent, sans forcément en avoir la pleine conscience, aux délices d'une vie loin des turpitudes et du stress de Paris et sa banlieue).
Quelques minutes m'ont donc suffi pour parcourir quatre enseignes, non sans avoir pris soin de bousculer le quota minimum de blaireaux ayant eu l'audace inouïe de croiser impunément mon chemin, et constater qu'aujourd'hui ne serait pas le jour du chevet.
Sob.
On ne peut pas gagner à tous les coups.
M'enfin du coup je m'interroge.

En matière de goûts et de couleur, je dois bien l'avouer, je suis un peu difficile. Mais pour des tables de chevet, est-ce bien nécessaire?
Dans ma chambre, en plus de mon lit, il y a deux meubles: une armoire et une commode, toutes deux tunées par mes soins, ou customisées si vous préférez. En fait par rapport à leur design d'origine, je les ai simplement teintées dans une couleur qui me plaît, cirées staïli la classe t'as vu, et enfin affublées de poignées plus sympa que celles fournies au départ. Pour vous donner une idée, à la base l'armoire est comme ça, et moi j'en ai fait ça (La photo est volontairement moche, vous pourrez critiquer tout ce que vous voudrez, moi je sais très bien qu'en vrai c'est hachte mieux). Délire similaire pour la commode. Du coup les deux meubles sont finalement plutôt bien assortis.
Et c'est là que point mon interrogation.
Je me demande en fait s'il est indispensable que mes tables de chevet soient assorties à l'armoire et à la commode. Genre teinte identique et poignées de tiroirs coordonneés. Ce qui est totalement introuvable dans le commerce, force est de le constater. La solution pourrait alors être de se refaire une session tuning de meubles, mais bon, là, franchement, ça me gave un peu. En même temps je vois pas tellement d'alternative, vu que mon avis c'est que oui, il faut que tout soit coordonné, faute de quoi ça fait nul.
Vous en pensez quoi, vous? Je me prends la tête pour du vent ou pas?

Là-dessus, je vous laisse, il me faut aller me préparer un petit plat qui me permettra à lui tout seul d'atteindre l'objectif national des cinq fruits et légumes par jour.
En même temps, en sélectionnant la bonne pizza, ça doit être possible d'arriver à cinq...
Luigi, amico mio, ti chiamo subito!

vendredi 31 août 2007

Plus belle la vie

Ne reculant devant aucun sacrifice dès lors qu'il s'agit d'abonder dans le sens de l'élégance et de la distinction, je me suis offert une nouvelle poubelle pour ma cuisine. Attention, hein, une vraie poubelle de compète, à pédale, chromée et tout, genre si je te dis le prix tu risques de donner dans la réflexion désobligeante. A ce sujet, j'en dis pas plus, je n'ai pas envie de rappeler que je fais encore ce que je veux avec mes sous-sous à moi. Et puis de toutes façons, ça faisait bien longtemps que j'avais décidé de cet achat, on est donc bien loin du compulsif.
Si.

Je n'ai pas honte de le dire, j'avais déjà une poubelle. Le genre qui date d'avant le recyclage, en plastique blanc ordinaire, d'une contenance maousse, puisqu'elle sied aux sacs d'un volume de 50 litres. Pour ne rien vous cacher, il s'agit d'un des rares objets qui me restent du temps chaque jour plus lointain où je partageais gîte, couvert et plus puisqu'affinités avec une jeune femme collant parfaitement à mes goûts du moment.
A l'époque, où, les yeux encore mouillés d'émotion au moindre achat effectué en commun, nous avons investi dans ce réceptacle à ordures de grand volume, il n'était pas encore question de trier ses déchets. Si l'on ajoute à cela le fait que nous cumulions alors les capacités détritogènes de deux adultes en pleine possession de leurs moyens, l'on comprendra aisément qu'une benne aussi imposante se justifiait sans peine. Trois ou quatre jours suffisaient à la remplir et à déclencher la traditionnelle cérémonie du "Chéri, tu penseras à descendre la poubelle?".
Depuis, bien des choses ont changé.

Ce n'est pas pour me vanter, mais à moi tout seul, il se trouve que j'engendre une quantité d'ordures ménagères tout à fait raisonnable. A la vérité, depuis la mise en place du tri sélectif dans ma commune, réussir à remplir une poubelle de 50 litres dans un délai raisonnable a fini par devenir une mission quasi impossible.
Le problème, c'est qu'une fois dégagé de la poubelle habituelle tout ce qui semble digne d'être recyclé, n'y restent en majorité que des déchets organiques. Périssables, donc. Qui deviennent tout pourris, quoi. Et ça, quand on a une grosse poubelle, c'est un tout petit peu embêtant. Parce qu'au bout de 15 jours, les vieilles épluchures de pomme de terre, les peaux d'orange ou les trognons de poire, croyez moi, ça commence à loufer sévère. Genre des fois ça peut même attirer les mouches. Moyen classe, quoi.

Il fallait donc trouver une solution pour assurer une rotation des sacs poubelle plus régulière. Une solution économique eut été de dire stop au tri, mais je suis beaucoup trop respectueux des consignes municipales pour me laisser aller à ce genre d'incivilité. Du coup, je me suis dit que ce serait une vache de chouette idée de diminuer la taille des sacs poubelle, et par voie de conséquence la taille de la poubelle elle-même. Et par la même occasion d'en choisir une un peu stylée, t'as vu.
Sauf que des poubelles qui chient la classe, c'est pas pour dire, mais c'est pas si évident que ça à trouver. Entre le moment où j'ai décidé que le temps du changement était venu pour cet aspect-là de mon équipement domestique et la réalisation du projet, il s'est écoulé plus d'un an. Je vous rassure, je n'ai pas passé l'année écoulée à rechercher une poubelle de remplacement, j'ai quand même réussi à consacrer mon temps et mon cerveau à deux-trois autres trucs.
Et donc avant-hier j'ai fini par trouver.

La recherche, toutes proportions gardées, je rappelle que je réside dans le Far West, mais de la région parisienne seulement, la recherche, donc, fût longue et pénible. En effet, si j'étais fermement décidé ce jour-là à ne regagner mon domicile qu'avec une poubelle sous le bras, je n'en avais pas moins conservé farouchement la volonté de trouver quelque chose qui corresponde parfaitement à mes goûts et mes exigences. C'est donc après avoir écumé l'ensemble des poubelliers potentiels du périmètre, et presque en désespoir de cause, que j'ai atterri au Castorapouêt du coin, peu confiant dans mes chances de succès, pour cause de déceptions passées multiples dans ce lieu de perdition.
Et ben tu m'crois, tu m'crois pas, j'ai trouvé. Dingue, non?
En tout cas, pour une fois, j'avais réussi à atteindre l'objectif qui m'avait servi de prétexte à fuir mon appartement.
Fuir?
Haha, mais oui. Et voilà qui mérite bien une explication, non?
Oui, parce que si la narration de l'achèvement de la quête en lui-même est déjà captivant, sachez que son origine presque accidentelle relève carrément du passionnant.
Voyez plutôt...

Pour peu que le hasard fasse s'accumuler les menus tracas durant une période de leur existence, certains sont facilement tentés de sombrer dans l'auto-victimisation à outrance, poussant le vice jusqu'à s'imaginer visés par quelque sombre malédiction.
N'importe quoi. 'Faut quand même pas exagérer.
Non, moi, et je peux vous dire que je sais de quoi je parle, moi, je suis victime d'une vraie malédiction. Et je ne vous parle pas de mes taquins voisins et de leur propension familiale à faire plus de bruit que la troupe de Flamenco du Conservatoire de Séville un soir de gala, pfuh, ça c'est rien du tout, c'est du normal, du banal, même, ça peut arriver à tout le monde, comme on dit.
Non, moi je vous parle d'une malédiction dont l'existence est statistiquement attestée par une période d'observation de cinq années, c'est-à-dire depuis mon installation dans cet appartement.

Depuis que j'habite ce cossu mais chaleureux F3, il ne s'est jamais écoulé plus de 9 mois sans que soient entrepris dans mon environnement immédiat des travaux pharaoniques et considérablement bruitogènes. Si l'on remonte à mon arrivée en 2002, j'ai eu droit, en vrac, à:
- La restauration et la consolidation de la muraille mutiséculaire sise à 10 mètres de mes fenêtres côté cour,
- Le ravalement de la façade de l'immeuble de gauche,
- La rénovation du pont qui enjambe l'Oise sous mes fenêtres,
- La remise à neuf de l'appartement d'en face,
- Le repavage de la rue,
- Le ravalement de façade de l'immeuble de droite,
- L'aménagement d'un appartement de l'immeuble de droite pour le transformer en salon de beauté prout-prout ma chère,
- La rénovation de l'appartement du dessus,
- Le ravalement de façade de mon immeuble...
Et je suis sûr que j'en oublie.

En ce moment, et au pied de mon immeuble, j'ai droit à la transformation des locaux de l'ancienne presse-librairie qui vient de fermer en une pimpante agence immobilière. Il est vrai qu'avec 3 autres agences immobilières déjà présentes dans un rayon de 30 mètres au pied de mon immeuble, on frôlait la pénurie... Enfin bon, toujours est-il que depuis lundi dernier, un commando d'ouvriers énergiques et motivés s'est attaqué aux locaux à grands coups de marteau-piqueur pneumatique et de perceuse à mèche de 40, avec pour ambition de tout casser pour mieux reconstruire. En tout cas, c'est ce que laissent supposer les bruits cataclysmiques qui s'élèvent du rez-de-chaussée et viennent heurter de plein fouet mes tympans qui n'avaient rien demandé deux étages plus haut.
Pour tout vous dire, je m'y attendais.
Le marchand de journaux ayant fermé ses portes depuis mi-juillet, et son remplacement par une agence immobilière ayant rapidement été officialisé, je me doutais que des travaux seraient entrepris pour aménager les locaux pour leurs nouvelles fonctions.
Par contre, je ne me doutais pas que les gars mettraient autant de vigueur dans leurs travaux...

Mardi matin, je fûs donc réveillé par les doux hurlements de deux perceuses à percussion, modèle "Quand je veux je perce deux mètres de béton avec ma bécane" à en juger par le bruit qu'elles engendraient. Si tu veux, ça avait beau se passer au pied de l'immeuble, c'était comme si on s'était amusé à percer le mur porteur au creux de mon oreille. Le truc carrément intenable. En gros il fallait que je m'arrache.
Qu'à cela ne tienne, j'ai enfilé vite fait quelques nippes et m'en suis allé chez Jean-Pierre me décoller les paupières à coups de cafés au comptoir, avec pour ambition de trouver quelque activité extérieure me permettant d'échapper au tumulte en cours dans mon immeuble.
J'ai commencé par une bonne grosse session rollers, qui pour décrassante qu'elle fût, n'en constitua pas moins un excellent prélude à la sieste réparatrice. Sauf qu'une fois rentré chez moi, il me fallut bien vite réaliser que le repos du rider devait être remis à plus tard. Z'étaient toujours en train de tout démolir...

C'est alors que, les neurones légèrement en berne, j'eus la lumineuse idée de partir en quête d'une nouvelle poubelle. N'en étant pas à mon coup d'essai pour cette recherche particulière, je comptais bien y perdre un temps considérable, et estimais même mes chances de réussite à une sur dix. Pas grave, l'essentiel était de tuer le temps en attendant que les ouvriers rentrent chez eux.
Et puis voilà, t'as vu, finalement j'ai réussi à trouver. Et c'est cool. Parce que l'inconvénient de la technique du "Partir en quête d'un improbable objet pour éviter d'être chez soi", c'est que neuf fois sur dix tu reviens bredouille. Même si l'objectif de base c'est de faire passer les heures pour les faire passer, mine de rien c'est quand même frustrant de finir les mains vides.
Que là, non.
Et ça c'est bien.
Ahum.
Voilà.
J'ai fini mon histoire.
C'était bien, hein?

Là-dessus, je vous laisse, je dois réfléchir à la question fondamentale de savoir ce qui est prioritaire: acheter un grille-pain ou remplacer ma table à repasser bancale? Dans les deux cas, ça fait deux ans que je me dis qu'il faudrait que je me décide, mais j'hésite encore.
C'est compliqué la vie.

P.S.: Je ne vous ai pas raconté comment j'ai nettoyé la grande poubelle blanche en plastique pour en faire ma poubelle à recyclage, j'avais peur que ça soit trop d'émotions pour vous. Sachez simplement que les sacs "spécial-recyclage" que nous fournit la ville font pile-poil 50 litres et s'adaptent donc parfaitement à cette poubelle. Vous avez le droit de pleurer de joie.

vendredi 3 août 2007

Pas un vain mot

Evidemment si après des semaines d'absence, et alors que mon public me réclame à cors et à cris, je me repointe pour vous entretenir de bêtes problèmes de plomberie, on risque m'accuser de foutage de gueule en règle.
Et pourtant...
Tu crois que j'vais m'gêner?
Ce serait mal me connaître.

En cette belle fin d'après-midi du 9 juillet 2007, rappelez-vous, j'en étais donc resté au fait qu'un professionnel de la profession devait séance tenante se pointer pour régler le problème de plomberie de mes sympathiques voisins du dessus, ceci, entre autres, afin que leur problème ne soit plus le mien et que j'arrête de me retrouver avec une flaque d'eau par jour à éponger dans la cuisine. Vous comprenez, à ce régime-là, ça finit par devenir lourdingue. Parce que, mes voisins, ces coquins, ils ont beau savoir que l'évier de leur cuisine est bouché et que du coup ça fuit jusque chez moi, ça les dérange pas du tout de continuer à y faire leur vaisselle quand même, alors qu'ils pourraient la faire dans la salle de bain où l'eau s'écoule très bien. T'es fou. T'imagines la logistique à mettre en oeuvre? Y'a au moins 3 mètres entre les portes des deux pièces... A la fois adorables, attentionnés et prévenants: des crèmes, quoi.
Bref, un plombier à la main épaisse et au vocabulaire plutôt leste s'est effectivement pointé le jour-même, mandaté par l'agence immobilière en charge de la gestion de leur appartement. Il est venu chez moi pour constater le problème de fuite se propageant d'un étage à l'autre et essayer d'en comprendre la raison.
Ce qui n'était pas bien compliqué, même moi j'aurais trouvé tout seul chuis sûr.

Réveille tes neurones mon zami, l'heure est venue de causer un peu technique. Ca va peut-être te faire un peu mal à la tête, mais ça en vaut la peine: n'es-tu pas impatient de connaître le fin mot de cette rocambolesque histoire que tu as attendu pendant tout ce temps où j'étais égoïstement parti sans laisser d'adresse? Allez, courage, ce ne sera pas long.
Ci-dessous, le diagnostic détaillé.
En gros, le tuyau d'évacuation d'eau de l'évier de la cuisine de mes voisins étant bouché, une faiblesse dans ce tuyau engendrait une fuite. La dite fuite finissait par former une flaque au niveau de la colonne d'évacuation de l'immeuble. Tout ceci se passant au niveau du carrelage de la cuisine de mes voisins, au troisième étage, pourquoi alors, me demanderez-vous avec juste raison, une flaque d'eau finissait-elle par se former trois mètres plus bas sur le carrelage de ma cuisine à moi, au deuxième étage?
Facile: comme je vous l'ai dit, la flaque du troisième étage se formait autour de la colonne d'évacuation de l'immeuble. A toutes fins utiles, et au cas où vous ne le sauriez pas, je vous rappelle qu'une colonne d'évacuation c'est un tuyau qui traverse l'immeuble sur toute sa hauteur et vers lequel convergent les évacuations d'eau de tous les logements. Pour que cette colonne puisse se prolonger d'un étage à l'autre, il est nécessaire de faire un trou à chaque étage afin de pouvoir passer le tuyau. Et pour que ça soit bien propre, étanche, et zouli comme tout, il convient de faire un joint autour du tuyau une fois ce dernier mis en place. Or le joint entre chez moi et chez mes voisins du dessus n'étant plus de toute première fraîcheur, la flaque du dessus pouvait à loisir descendre d'un niveau, à la faveur d'une étanchéité du joint depuis longtemps disparue. En fait l'eau coulait non pas dans la colonne d'évacuation mais autour, avant de finalement s'arrêter chez moi où on trouve au niveau du sol un joint de top qualité.
C'est tout con, hein?

Le problème étant clairement identifié, ne restait plus qu'à le résoudre, pas vrai? Sauf qu'aux dires du bourru plombier désigné pour le faire, ça n'allait pas être de la tarte.
La faute à un accès malaisé au possible à la tuyauterie de la cuisine de mes voisins
Sans compter que vu l'âge de l'installation il était bien possible qu'il faille tout changer.
Et pour ça il fallait avoir les pièces sous la main...
Et sur le moment, là, il les avait pas.
Il avait de toutes façons pas le temps ce jour-là.
Il allait donc falloir qu'il revienne le lendemain
S'il pouvait.
Mais c'était pas sûr.
Plombier, quoi.
Enfin bon, on était le lundi 9 juillet, mon départ en vacances était prévu pour le 12, je ne doutais pas que le problème serait résolu à temps. Au pire s'il fallait se taper encore une ou deux flaques à éponger entretemps ça ne serait pas bien grave.

Contre toute attente, notre truculent poseur de tuyaux s'est finalement pointé dès le lendemain matin, bien décidé à en finir au plus vite avec cette histoire. Je ne guettais pas particulièrement sa venue, simplement en allant inspecter ma cuisine ce matin-là je n'ai pas pu m'empêcher de constater que la flaque était encore plus balèze qu'à l'habitude, et surtout beaucoup plus craspouêt. Genre avec une espèce de poussière fine un peu noirâtre en plus de l'eau. Ni une ni deux, faisant fi des règles élémentaires de bienséance sous-vestimentaire, j'ai enfilé un futal et une chemise et me suis précipité au troisième pour signaler qu'il y avait comme qui dirait un petit souci. C'est le plombier lui-même qui m'a ouvert et m'a fait le compte-rendu exhaustif des travaux par lui effectués chez mes voisins. Il venait de changer "tout le merdier" sous l'évier et de verser une bonne rasade d'acide dans les tuyaux histoire d'être bien sûr de tout décaper de l'intérieur pour qu'il n'y ait plus de bouchon(s). Avant cela il en avait extrait un plutôt conséquent au niveau du raccord avec la colonne, m'expliqua-t-il. Avec ses mots à lui ça donnait un truc du genre "Ah ouais, mais nan, mais là j'ai viré des pleines poignées de merde de là-dessous, pas étonnant que ça s'écoulait pu". Bon appétit, bien sûr.
En tout cas, selon lui, la petite inondation que je venais de subir serait la dernière, et était simplement dûe à la complexité des travaux qu'il venait d'effectuer. Youpi, donc. Retour à la normale.

Oui mais...

Dans le courant de l'après-midi, rentrant de quelque course dont le détail m'échappe avec la ferme intention de me taper une méchante sieste en prélude à ma dernière nuit de boulot du mois avant les vacances, que trouvé-je dans ma cuisine?
De la flotte, bordel de samerlapute.
Du coup, ben voilà, je me suis retapé l'ascension jusqu'au troisième, à devoir expliquer à Madame ma voisine que manifestement y'avait toujours un truc qui n'allait pas, vu que je me retrouvais avec une flaque plus balèze que jamais. A quoi elle me répondit que "Ah mais oui, mais le plombier il avait dit que...".
Tenté de lui répondre un "Mais connasse on s'en fout de ce qu'il a dit, tu le rappelles et puis c'est tout", je me suis soudain rappelé que cette femme est... hum, disons limitée dans son rayon d'action. Pas qu'elle soit plus neuneu que ça (encore que...), simplement ce genre de truc, c'est pas elle qui gère, c'est Monsieur. Appeler un plombier ou une agence immobilière c'est bien au-delà de son champ de compétence, tu vois... Histoire d'insister en restant aussi courtois que possible, je me suis permis de lui dire que quand même, là, ce serait vraiment bien qu'elle s'occupe elle de les appeler parce que là, non, vraiment, vacances dans deux jours, boulot ce soir, tout ça, donc bon.
Un mur.
"Je vais dire à mon mari, il rentre tôt cet après-midi..."
Peut-être la conscience qu'elle était définitivement trop engluée dans le carcan de sa vie de merde trop bien verrouillée pour se sortir les doigts du cul, sur le coup, je sais pas, j'ai dû me dire que ça servait à rien d'insister... De toutes façons j'avais une cuisine à éponger pour la deuxième fois de la journée, je pouvais faire une croix sur ma sieste, autant attendre l'arrivée du mari pour essayer de mettre la pression sur le moins engourdi des deux avant de partir bosser.

Vers 18h00, avant de m'en aller vers la riante cité de Gennevilliers où j'exerce avec zèle et compétence ma noble profession, faute de nouvelles du mari supposé rentrer plus tôt, je suis re-re-re-monté. Il était là. Il avait bien rappelé l'agence immobilière, qui avait rappelé le plombier, lequel devait venir le soir-même ou le lendemain matin. Tu crois qu'il m'aurait prévenu? Bah non, pour quoi faire, hein?
Bref, comme je l'avais fait pour sa femme, je lui ai demandé de veiller à ne pas utiliser l'eau dans la cuisine, d'autant que là je partais pour la nuit, donc pas de conneries.
"Oui, oui, bien sûr" me dit-il, "mais le plombier il avait dit"... Comme quoi qui se ressemble s'assemble, hein, y'a pas de hasard.
Le plus beau c'est qu'il ont fait un gosse.
Ah tiens, le gosse, c'est vrai. J'allais presque oublier de vous dire que ça y est, je l'ai enfin vu. A la simple écoute de ses hurlements insupportables et beaucoup trop répétitifs, je m'en étais fait l'image d'un sale morveux caractériel et égocentré au-delà des limites humainement acceptables. Le genre de trait de caractère objectivement impossible à déceler sur le visage poupon d'un enfant d'à peine un an. Et ben chez lui, si. Je vous jure qu'il a la tête de l'emploi. Une espèce de peste puissance mille complètement ingérable, c'est marqué sur sa tronche.
Ca promet, quoi.
Vivement qu'ils déménagent.
Mais revenons à nos bouchons.
L'essentiel était que le plombier se pointe à nouveau au plus tard le mercredi pour que je puisse me casser jeudi matin, comme prévu, pour ces putains de vacances utraméritées.
Oui à ce point-là.

En ce beau matin du mercredi 11 juillet 2007, je rentrais donc fourbu après une dure nuit de boulot sans sommeil. Fourbu, mais content, car l'heure des vacances avait sonné. Au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, je révisais le scénario du film des 24 heures à venir:
- Lancer quelques machines histoire d'avoir quelques slips boxers propres d'avance dans ma valise,
- Faire un peu de ménage et de rangement en mettant à contribution mon meilleur pote fraîchement débarqué de Mayotte la veille et hébergé chez moi. Oui, parce que si rentrer de vacances c'est toujours un peu la loose, c'est quand même plus agréable de revenir dans un chez soi un minimum propre et rangé.
- M'octroyer une bonne siestasse des familles histoire de récupérer un peu avant le repas du soir prévu chez les parents de mon pote louche, lequel se trouve être le cousin de mon meilleur pote.
- Commencer à faire mon sac pour jeudi matin n'avoir plus qu'à y glisser les quelques affaires ayant fini de sécher pendant la nuit.
- Encoder les derniers CDs achetés pour les emmener en Bretagne dans le wacos MP3.
- Essayer de remettre en état de marche les 3 enceintes sur 4 de l'autoradio qui étaient tombées en rade.
- Et puis sûrement d'autres trucs.
Bref une journée bien remplie en perspective, mais pour la bonne cause, donc content.

Revenu dans ma bonne ville de Pontoise, en rentrant dans l'immeuble, je me suis dit "Tiens, c'est curieux ça fouette carrément sa race dans cet escalier. Si ça se trouve ils font des travaux dans les égouts ou un truc comme ça...". Deux étages d'odeur d'oeuf pourri plus tard, en entrant dans mon appartement, je n'ai pas pu m'empêcher de constater que, merdalors, ça loufait encore plus chez moi que dans le reste de l'immeuble. Et aussi que les bruits de pas de mon meilleur pote dans la cuisine faisaient un plotch-plotch inquiétant au lieu du tap-tap règlementaire.
Tu sais quoi?
Deux centimètres d'une eau marronnasse et scandaleusement nauséabonde.
Dans ma cuisine.
Blasé.
Et crevé.
Même plus la force de m'énerver.
Basculement en pilote automatique: aller chercher les serviettes éponges pas encore sèches, et faire la même chose que tous les jours depuis plus d'une semaine. En pire, cette fois les pieds bien plantés dans une eau qui pue l'égoût et qui en a la couleur.
Le scénario élaboré en revenant qui part en fumée.
Se forcer à puiser dans les dernières réserves d'humour.
"Mais enfin, monsieur Ouille, pas avec votre poncho!.."
D'abord parer au plus pressé, éviter que l'eau ne quitte le solide carrelage de la cuisine pour aller imbiber les délicats parquets cinquantenaires des chambres et du salon.
Une fois l'inondation contenue, chercher une explication logique...

"Mais elle fait tourner une machine à laver cette conne!!!"
C'est ce que mon meilleur pote ou moi nous sommes exclamés en voyant de l'eau jaillir par tous les tuyaux d'évacuation de la pièce (évier, machine à laver, lave-vaiselle...). Oui, jaillir. A la façon des grandes eaux de Versailles. C'est ballot, on avait presque fini d'éponger.
En tout cas l'explication était évidente: le bouchon était juste descendu d'un étage dans la colonne d'évacuation. Du coup tout ce qui descendait de chez le voisin ressortait chez moi. Question de gravité, de vases communiquants, tout ça, tout ça.
Bref, alors que je lui avais dit, mais aussi à son mari de ne pas utiliser d'eau dans la cuisine, cette gourdasse faisait tout bonnement tourner une machine!
Toc-toc.
- "Qui c'eeeeest?!?!?
- C'est l'plombier l'voisin.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Ca coule encore encore, il faut arrêter la machine.

Après quelques secondes de réflexion, elle s'est décidée à m'ouvrir la porte. Oui, parce que ce que je ne vous ne savez pas encore à propos de mes voisins si cools, c'est qu'entre le moment ou tu toques chez eux et celui où il t'ouvrent la porte, il faut compter une bonne minute de conversation à travers la porte. Hyper convivial, je te dis que ça.
- Vous faîtes une machine?
- Oui, qu'est-ce qui se passe?
- Il faut l'arrêter, ça coule encore
- Oui mais on est au milieu du cycle...
- Tout ressort chez moi, il faut l'arrêter tout de suite.
- Mais oui, mais le plombier il avait dit que...
"

Peut-être une étincelle dans mon regard jusque là éteint par la fatigue et le désabus, va savoir, elle a dû sentir que ma main dans sa gueule était pour bientôt si elle s'aventurait à continuer sa phrase. Elle s'interrompit alors d'elle-même pour se justifier avec une vivacité que je ne lui soupçonnais pas. Elle m'expliqua en un souffle que le plombier venait de partir, qu'il était venu tôt le matin pour remettre du produit pour déboucher, qu'il avait fait des essais et que comme ça ne refoulait plus chez eux il en avait conclu que le problème était définitivement réglé. Il lui avait donc confirmé qu'elle pouvait se lancer dans une série de machines, ce qu'elle s'était empressée de faire vu le retard de plusieurs jours accumulés.
(Un peu, mais pas de beaucoup) mieux disposé à son égard, je lui répétai qu'il fallait qu'elle arrête sa machine, et m'en retournai chez moi assister mon meilleur pote aux prises avec le dernier tsunami.
Après un bon quart d'heure ayant nécessité la mobilisation de l'ensemble de mes serviettes de toilette sales ou propres, ma pauvre serpillière ayant depuis longtemps jeté l'éponge (hoho), nous avions pratiquement terminé quand...
"Mais elle l'a pas arrêté sa machine, cette conne!!!"
Sans doute poussé par la foi profonde dans le fait qu'il était hors de question qu'il passe le début de ses vacances en Métropole à esponger comme un connard de la flotte aussi puante que dégueulasse, mon meilleur pote s'est alors précipité chez la voisine en se retenant de la traiter de conne mais en ne se retenant pas de débrancher sans lui laisser le temps de réagir la machine à laver à l'origine du troisième raz-de-marée de la matinée! En n'oubliant pas en partant de lui intimer sur un ton lourd de menaces l'ordre de ne plus faire couler la moindre goutte d'eau dans sa cuisine.
A son retour, j'ai décidé qu'il fallait que je prenne un peu les choses en main dans cette histoire. Tant pis si ça faisait plus de 24 heures que je n'avais pas dormi.

Après que j'aie fait en sorte que l'agence immobilière ayant en gestion l'appartement de mes voisins et le syndic gérant la copropriété daignent se mettre d'accord quant aux responsabilités (financières, ça va de soi) de chacun dans cette affaire, le plombier est revenu établir son campement chez moi. Ca a juste pris la bagatelle de deux jours. Deux jours pendant lesquels nous avons vécu, mangé, dormi dans une atmosphère plus qu'écoeurante, carrément irrespirable. Le tout en se tapant des espongeages réguliers pour causes de voisins trop cons pour comprendre que quand on leur dit pas une goutte dans la cuisine, ça veut dire pas une goutte.
Pour la petite histoire, ça s'est terminé avec un débouchage par camion spécial à pression à base de 500 euros l'intervention, plus changement de la colonne d'évacuation dans ma cuisine par le plombier, lequel nous glissé que sur cette histoire rien qu'en matos il en avait eu pour 400 euros. Je pourrais me dire que je m'en fous puisque c'est pas moi qui paye... Mais bon, je ne serais pas étonné d'une légère augmentations des charges dans les mois qui viennent.
Enfin bon, vendredi 13 à 10h00, c'était fini. On n'a pas cherché à faire du ménage ou du rangement, juste laver les serviettes histoires qu'elles ne moisissent pas dans le jus de merde, passer un coup vite fait sur le carrelage et point barre. J'ai fait mon sac à une vitesse inégalée dans ma carrière, et à 11h00 on était barrés.
Direction la Bretagne, et les vacances.
Mais ça, je vous en parlerai peut-être une autre fois, sinon on va me dire que je fais vraiment trop long.

Là-dessus, je vous laisse, je compte bien profiter d'une de mes rares nuits non travaillées de ce début de mois d'Août. Ouaip, la reprise est chargée. Enfin bon, jeudi prochain j'ai une petite semaine sans bosser, je devrais pouvoir me reposer à ce moment-là...

vendredi 13 juillet 2007

Trop pas l'temps

C'est pas grave.

Dans dix ans, j'en rigolerai.

C'est rien, ça m'a juste obligé à repousser de 48 heures mon départ en vacances.

Si vous promettez de ne pas rigoler, je vous raconterai peut-être tout ça à mon retour.

Sur ce, je me souhaite de très bonnes vacances.

A bientôt les gens.

lundi 9 juillet 2007

Immeuble en fête

Jusques il n'y a pas si longtemps, je ne me réjouissais pas du bonheur de vivre dans un environnement calme et respirant la sérénité. Je n'avais aucune idée de l'ampleur à venir du cataclysme contre moi ourdi par le Destin, un jour qu'Il était de mauvais poil sans doute.
Et alors que rien ne le laissait présager, l'invraisemblable s'est produit.

Tout ça pour te dire que j'ai de nouveaux voisins du dessus.

Et que c'est pas de la tarte

Je ne pense pas être un voisin trop tatillon ou exigeant, simplement j'ai pas trop l'habitude de sentir à ce point la présence de ceux qui vivent dans le même immeuble que moi.
S'il est vrai que j'ai passé la dernière partie de mon enfance et le début de ma vie d'adulte dans la demeure de Père à l'abri de la promiscuité populacière d'un immeuble de banlieue quelconque, il n'en reste pas moins que depuis que j'ai quitté le domicile parental il a bien fallu que je me résolve à opter pour un logement moins prestigieux où la configuration des lieux a pour conséquence de me voir flanqué de ce qu'on appelle communément des voisins.
Mon premier "chez moi" fût en fait une colocation dans un appartement au charme modéré mais tout ce qu'il y a de confortable dans le cadre d'un départ du cocon familial. L'endroit présentait l'avantage non négligeable de bénéficier d'une isolation phonique remarquable, sans doute parce qu'à l'époque de la construction, dans les années 70, on ne lésinait pas sur l'épaisseur des murs. Hormis une pendaison de crémaillère surclassant en décibels un décollage de 747 et les quelques prises de becs monumentales entre une adolescente éprise de liberté et ses parents manifestement dépassés au point de ne pas trouver d'autre méthode que l'inefficace "Ah ouais? On va bien voir qui c'est qui gueule le plus fort!", je ne peux pas dire qu'à l'époque j'aie eue à me plaindre du voisinage, en tout cas pour ce qui est du bruit.

A la faveur d'un emménagement avec celle qu'il convient désormais d'appeler mon "Ex" faute de dénomination plus élégante dans la langue française (Si vous m'en trouvez une je suis preneur)(Si vous m'en trouvez une, de dénomination élégante, j'veux dire)(Attends, je compte pas sur vous pour me trouver une meuf, merci bien, j'en suis pas là)(Reuleuleu, je réalise avec effroi que je sombre dans le travers ridicule des enchaînements de parenthèses, comment c'est trop cliché)(Attends, on en est où déjà?), j'habite dans un immeuble plus ancien. Pas ancien genre des siècles, plutôt ancien genre construction dans les années 50, mais bon plutôt pas vilain, quoi, au point qu'un agent immobilier te vantera direct les charmes de l'ancien en te faisant visiter.
Le fait est que l'isolation phonique n'est pas de la même qualité que dans l'immeuble de ma colocation précédente. En ce qui concerne mes voisins de palier, pas de problème, nous sommes séparés par un bon gros mur porteur des familles, je ne les entends donc pour ainsi dire jamais, et ce alors qu'ils ont depuis un an et demi un bébé (qui n'en sera bientôt plus un) à la maison. En gros, depuis qu'il est né, j'ai dû l'entendre deux fois leur mouflet, et encore de loin.
Pour ce qui est du logement du dessus, nous ne sommes séparés que par un plancher, recouvert selon la pièce de carrelage ou de parquet ancien. Et là, c'est pas la même limonade. Le bruit passe les étages un peu mieux que les murs.
Depuis que j'habite ici, mes voisins du dessus ont changé en moyenne tous les ans. Et honnêtement, j'ai pas eu à me plaindre. Les premiers n'étaient déjà pas bien bruyants, mais en plus, à mesure de leur succession, les suivants se sont avérés de plus en plus discrets.
Les deux dernières étaient deux filles seules à la présence tellement discrète qu'il m'est arrivé de me demander si elles habitaient vraiment là.
Entre les voisins d'en face et leur bébé qui pleure en chuchotant, leur voisine du dessus que j'ai dû croiser trois fois en cinq ans et que je n'ai jamais, mais alors jamais entendue, et enfin ma ribambelle de voisins du dessus tous plus inaudibles les uns que les autres, je peux te dire que je me suis bien habitué à concevoir mon appartement comme mon refuge coupé des turpitudes du monde extérieur, mon petit havre de paix personnel, ma bulle de sérénité.

Et là, depuis un mois, y'a comme un changement radical qui s'est produit.

Les nouveaux voisins.

Monsieur, Madame et leur fils de 1 an.

Alors eux, manifestement, le charme discret et feutré de la bourgeoisie, c'est pas spécialement leur kif.
Genre quand ils parlent, ils parlent fort.
Genre le bébé, quand il pleure, un peu comme si on lui arrachait le bras pour que tu te fasses une idée, et en plus c'est souvent, il pleure fort.
Genre quand ils allument la télé, ils mettent le volume fort.
Genre quand ils s'engueulent, ils s'engueulent fort.
Genre même quand ils font gouzi-gouzi avec le bébé, il font gouzi-gouzi fort.
Et ainsi de suite.
Quand on n'a pas l'habitude, ça surprend.

Alors évidemment, on pourrait se dire que puisque mes deux dernières voisines du dessus étaient des filles seules il est bien normal qu'elles aient été plus discrètes que ce qu'il convient somme toute d'appeler une famille.
Oui, mais non.
Parce que même si je veux bien qu'à trois on fasse plus de bruit qu'à un, et même plus que trois fois plus de bruit, là on est plutôt à des niveaux du style vingt fois plus de bruit. Ce n'est pas juste qu'ils font du bruit, ça à la limite, ce serait normal, c'est qu'ils font beaucoup de bruit. Par exemple, rien que quand ils se déplacent ils le font d'une façon qui sort de l'ordinaire sonore. Genre si moi je voulais faire pareil il faudrait que je le fasse exprès. Ca fait un bruit, je sais pas... un peu comme si à chaque pas ils tapaient du poing sur le parquet. Et pourtant ils sont pas épais, Monsieur et Madame ne doivent pas dépasser le mètre soixante-cinq... Donc bon, je sais pas comment ils se démerdent pour faire trembler le sol à ce point rien qu'en se déplaçant.
Et puis ils gueulent, y'a pas d'autre mot, ils gueulent tout le temps, je serais tenté de dire pour un oui ou pour un non, aussi bien Monsieur que Madame. Le tout sans vraiment songer qu'ils ont des voisins, semble-t-il. Du coup l'autre jour j'ai même fait un truc que je pensais pas que je ferais un jour. Changeons donc de paragraphe pour vous conter cette édifiante anecdote.

La situation était la suivante: Madame et Monsieur étaient allés faire des courses. L'on avait déjà pu constater au cours des deux premiers allers-retours effectués en couple qu'ils avaient un milliard de trucs tellement intéressants à se raconter qu'il était utile de le faire avec une voix suffisamment appuyée pour que les voisins n'en perdassent pas une miette. Pour une raison inconnue mais certainement secondaire, le dernier aller-retour fût attribué à Madame qui descendit donc seule récupérer ce qui devait rester des courses dans le coffre de la voiture. Or vlà-t-y pas qu'avant de remonter Madame fût assaillie de questions existentielles exigeant une réponse sans délai avant d'envisager l'ascension vers le logis familial. Ni une ni deux, Madame entreprit donc d'établir le contact avec son époux bien-aimé au moyen d'une gueulante bien sentie adressée depuis le rez-de-chaussée à l'oreille d'icelui trois étages plus haut. Ce dernier ayant entendu l'appel de sa dulcinée lui répondit avec une puissance de voix similaire, sans doute pour être sûr qu'elle comprenne distinctement chacun de ses mots. S'en suivit un débat d'une grande âpreté, malgré la distance de trois étages, débat rendu possible par la grâce de la vigueur avec laquelle les participants braillaient leurs arguments.
N'étant pas du genre à m'intéresser à ce point à l'existence de mes voisins, et désapprouvant sans réserve l'attitude du type "Les autres j'en ai rien à foutre" qui me semblait être celle choisie par mes voisins à cet instant, j'ai ouvert la porte de mon appartement et ai interrompu le débat d'un "Wow! C'est un immeuble ancien ici, on entend tout, alors vous serez gentils de ne pas crier comme ça, c'est pas la peine!" poli mais ferme, suivi d'un claquement de porte suffisamment éloquent pour donner la mesure de mon agacement. Après quoi un silence de cathédrale s'est installé.
Moralité, il a fallu que je gueule pour qu'ils se décident à arrêter de gueuler. En soi, je ne trouve pas que ce soit une conclusion satisfaisante, mais bon. Comme on dit, c'était pu possib'.

L'immense avantage que présentait la cohorte des prédécesseurs de mes actuels voisins du dessus était qu'ils s'absentaient très souvent de leur appartement. Ne serait-ce que pour aller bosser. Or, je vous le rappelle au cas où vous l'auriez oublié, mais franchement ça me décevrait, personnellement, je travaille de nuit. L'absence de voisins du dessus en journée est donc de nature à favoriser l'efficacité d'un repos réparateur au sortir d'une nuit de travail. Sauf que là non. Il n'y a que Monsieur qui travaille. Ce qui fait que Madame reste à la maison toute la journée. Et Madame toute seule, t'inquiète, du boucan, elle sait en faire, ne serait-ce que que de par sa façon de se mouvoir décrite plus haut. Et elle n'est pas du genre à rester assise sur son canapé, Madame. Parfois je me demande même si elle ne fait pas son footing en indoor! Oui, parce qu'en plus elle ne sort jamais. Mais alors jamais. Enfin pas seule. Avec Monsieur, elle sort. Mais en journée, quand elle est toute seule, jamais. Donc bon, footing, télé à donf', passage d'aspirateur à fréquence relevant du TOC, bruit divers et variés vaguement identifiés du type clong le marteau qui tombe sur le carrelage ou brolom-brolom l'amoire normande qu'on déplace sur le parquet sans la relever ou mettre de patins sous les pieds, que du bonheur. Et c'est pas prêt de changer, je pense avoir bien cerné les personnages, c'est sûrement pas demain que Madame va se mettre à chercher un boulot...
Et si Madame décide de prendre une pause, pas de problème, le moutard prend le relais!

Ah ce gosse...
Je n'ai rien contre les enfants des autres, je vous assure, j'ai pleinement conscience qu'il faut que l'espèce se perpétue en nombre suffisant afin de pouvoir me garantir une retraite pour mes vieux jours, mais là, j'te jure, il me gonfle. A me donner des envies de lui faire subir un bon gros syndrome du bébé secoué en lui hurlant des mots doux du style "Mais tu vas la fermer ta grande gueule, sale gosse, oui ou merde!?!?!?".
Il chiale tout le temps.
J'ai jamais vu entendu ça. Au point qu'au début je me suis même demandé s'il n'était pas maltraité. Véridique. Mais en fait non, je crois que c'est juste un môme hyper relou. Le truc qui revient par exemple, c'est que j'entends le père faire gouzi-gouzi (à sa façon, c'est-à-dire en gueulant, ça va de soi), le gosse qui se marre comme une baleine, le père qui s'arrête de faire gouzi-gouzi, et trente secondes plus tard le chiard se met à gueuler comme si on avait oublié de lui filer à bouffer depuis 3 jours. Con de môme.
Enfin, on va dire que c'est pas de sa faute, et qu'il ne fait que suivre l'exemple de ses parents, le pauvre. Un mouflet de 1 an j'imagine que c'est basique comme un chimpanzé, ça sait pas faire grand-chose d'autre qu'imiter. Papa gueule, Maman gueule, alors je gueule, puisque c'est comme ça qu'on fait.
Alors bon, en moyenne on va compter qu'il gueule toutes les deux heures (et je te parle bien de la moyenne sur 24 heures!), qu'en plus quand il est lancé, c'est pas genre pour 30 secondes, ça peut durer entre un quart d'heure et carrément une heure, que parfois ça incite ses parents à gueuler, soit pour lui dire de la fermer, soit pour débattre entre eux de la façon la plus appropriée de le faire se calmer. Et pour finir, raffinement ultime, sa chambre à lui est au-dessus de ma chambre à moi.
Le gros lot, quoi.
Et comme Madame n'est pas prête de bosser, aucun espoir qu'il soit expédié de bon matin chez une nounou comme le petit d'en face (tiens en fait ça aurait été mieux si mes voisins d'en face avaient été ceux du dessus, et inversement, maintenant que j'y pense). Malheureusement, je crois que je ne peux pas faire grand-chose d'autre qu'essayer de m'habituer. En poussant ma gueulante quand trop c'est trop. Et puis peut-être espérer qu'ils se barrent dans pas trop longtemps. Comment ça me ferait trop plaisir...

On pourrait se demander si ce n'est pas un rien minable d'en pondre une tartine comme ça pour me plaindre du bruit des voisins.
On pourrait.
En même temps, là, tu vois, je viens de me taper deux nuits de taf, c'était je premier week-end des vacances (et quand on bosse dans l'assistance ça marque le début de la galère de la saison d'été), donc j'ai la tête comme ça et je me serais bien tapé un bon gros dodo réparateur plutôt que de subir le vacarme apocalyptique de la famille réunie au grand complet. A l'heure où j'écris ces lignes le bébé gueule aussi fort qu'il le peut, Monsieur et Madame se tapent une de ces bonnes engueulades sont ils on le secret, le tout, si j'en crois les bruits de fracas contre le parquet, en essayant de monter un meuble genre Ikéa en effectuant un footing tonique pour Madame.
Donc merde.
Ah oui, j'oubliais le détail qui tue, que même si c'est pas de leur faute on pourrait vraiment se dire que là c'est carrément une malédiction vaudoue qui a été balancée sur moi, il se trouve que leur plomberie déconne, ma cuisine est donc régulièrement inondée depuis une semaine. Un plombier doit se radiner aujourd'hui pour essayer de régler ça, et y a intérêt qu'il y arrive faute de quoi je ne m'interdis pas d'aller personnellement saccager les bureaux de l'agence qui gère la location de l'appart' du dessus.
Désolé si ça part un peu en vrille, vous m'excuserez et me permettrez de mettre ça sur le compte de l'énervement et de l'épuisement.

Sinon, dans trois jours je suis en vacances jusqu'au mois prochain.
Je crois que c'est nécessaire.
Enfin du coup, je suis pas sûr de pouvoir vous livrer rapidement la suite de la saga rollers.
Et puis pour la demoiselle qui m'a écrit pour me dire, entre autres, que mon site il était trop dur à lire à cause que le fond noir ça fait mal aux yeux, honnêtement, je sais pas quoi te dire. Hé, les autres, ceux (enfin surtout celles en fait) qui ont l'habitude de commenter de temps en temps, il est tout pourri mon design que c'est moi qui l'ai fait avec mes mains ou quoi? Si vous avez des remarques, suggestions ou critiques à faire, allez-y, c'est le moment. Il y a toutes les chances que je le prenne super mal et que je me vexe sur le coup, mais au final s'il faut que je change des trucs, je finirai probablement par les changer. Enfin peut-être.

Là-dessus, je vous laisse, je suis carrément carpette, je vais tenter de m'endormir malgré l'ambiance de tremblement de terre au-dessus de ma tête, m'en fous, s'ils font trop de bruit je me lancerai un bon vieux Star Wars à minuit du soir avec le son THX sa mère à fond les ballons rien que pour me venger.
'Faut pas m'chercher, moi.

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