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Mot clé - Mort aux cons!

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lundi 12 novembre 2007

Mes chers concitoyens...

Après avoir consacré mon week-end à travailler autant pour gagner plus, jour férié oblige, un truc ne lasse pas de m'étonner. Ainsi donc il paraîtrait que l'apocalypse sociale est pour cette semaine, la faute à ces salopards de fonctionnaires qui refusent de travailler plus pour gagner autant. C'est marrant, pour le coup, formulé de cette façon, ça ne me surprend qu'à moitié. Ce qui m'étonne, c'est que les gens, comprenez les non-fonctionnaires, ne voient pas les choses sous cet angle. C'est comme si au contraire les gens appelaient de leur vœux un nivellement par le bas. A base de "Ouais, mais d'abord, j'vois pas pourquoi ils bosseraient pas aussi longtemps que moi, ces salauds de privilégiés de feignants de y'en a marre non mais ho". C'est un peu comme si au lieu de demander une augmentation parce que tel collègue gagne plus que moi, je me mettais à demander une diminution de salaire pour lui. 'Faut quand même être salement aigri pour en arriver là.  En tout cas en ce qui me concerne j'ai bien du mal à trouver une logique dans le changement de régime qu'on veut imposer aux fonctionnaires. A vrai dire, je ne trouve pas ça très juste.

Et donc, normalement, c'est là qu'intervient le chœur des joyeux défenseurs du "Ah ben oui, mais qu'est-ce tu veux, on peut pas faire autrement". Et ben vous savez, quoi, vous allez rire, mais il semble bien que si. Sans vouloir jouer les balances façon bon vieux temps de la Révolution Culturelle chinoise, il se trouve que je dispose de plusieurs exemples particulièrement édifiants propres à remettre en cause la croyance populaire qui veut que les agents de l'Etat soient les seuls à pouvoir prendre leur retraite sans avoir eu à cotiser durant plus de quarante annuités. Vous allez voir jusqu'où peut aller le gauchimsme le plus extrême, certains trouveront même ça sordide, et pourtant, pour la défense d'une certaine conception du monde, je n'hésiterai pas à exposer ma propre famille en place publique pour appuyer mon combat pour un monde plus mieux.

Oui, parce qu'en fait, il s'agit de mes parents. Lesquels sont depuis quelques semaines de jeunes et joyeux retraités. L'un ayant célébré son pot de départ à 60 ans, et l'autre carrément à 59. Et pourtant, mes parents ne sont pas cheminots. Pas membres du corps enseignant. Pas pompiers ou gendarmes. Non, non, non, jusqu'à ce qu'on leur annonce la quille et le début de leur nouvelle vie qui se bornera pour l'essentiel à se demander quoi faire de leurs journées, du moins avant qu'ils ne découvrent les vertus de Derrick et des Chiffres et des Lettres, avant, donc, dans leur vie de travailleurs, mes géniteurs étaient tous deux des salariés. Genre sous contrat privé, quoi. Genre carrément pas fonctionnaires. Evidemment, quand, avec juste le certif' en poche, on a commencé à bosser à 14 ans à l'usine, il paraît normal de prétendre à un repos bien mérité à l'aube de la soixantaine, personne ne le contestera. Mais le parcours de mes parents n'a rien à voir avec ça. Bien loin des cheminements médiocres des prolétaires ordinaires, mes parents ont su travailler plus à l'école pour gagner plus au boulot...

Puisque je vous sens avides de tout savoir sur mon ascendance, sachez que mes parents, en bons self-made-winners, se sont rencontrés dans une université américaine, où ils ont vaillamment décroché leurs statuts respectifs d'ingénieurs, avec à la clé des prétentions salariales grosses comme ça. Ce qui ne s'est pas fait en un jour. Quand finalement ils se sont dits qu'il serait peut-être temps de se mettre au boulot, ils devaient avoir dans les 24-25 ans, un truc comme ça. Faîtes le calcul, vu leurs âges, on est bien loin des 42 annuités réglementaires dans le privé. Et pourtant, ça n'a pas posé de problème quand ils ont commencé à réaliser qu'ils en avaient ras la casquette et qu'il était temps pour eux de profiter un peu de la vie. Et ils ne sont pas les seuls comme ça. Autour de moi, ne serait-ce que parmi les parents de mes amis, des cas comme ça, il y en a des pelletées. Des sexagénaires, et encore, pas toujours, qui bossent dans le privé, se voient proposer de partir un peu plus tôt que prévu, et le font de bonne grâce qui à toucher un peu moins au début, on en trouve dans tous les coins. Pour tout vous dire, et alors que les fonctionnaires bénéficient encore de régimes dits spéciaux, je connais même des cas où Monsieur est à la retraite à 60 ans après avoir bossé dans toute sa vie dans le privé, tandis que Madame qui a le même âge mais est fonctionnaire doit encore se tartiner deux ou trois ans avant d'envisager de pouvoir se vautrer dans l'oisiveté improductive et parasitaire aux côtés de son époux! Comme quoi, hein...

En réalité, les régimes sont en train de s'inverser. Et ça s'explique très bien. En gros c'est simplement parce qu'à terme un salarié ça coûte cher, alors qu'un fonctionnaire, non. Mes parents, et la foule de ceux qui ont leur profil, à force d'ancienneté, finissent par atteindre des niveaux de salaires qui commencent à faire lourd en k€ dans la masse salariale. Au final, embaucher un gamin 3 ou 4 fois moins cher, quitte à verser une petite prime de départ où à financer une partie de la retraite anticipée, ça doit être plus rentable qu'autre chose pour un employeur. Et puis bon, on imagine sans peine que l'Etat met la main à la poche, histoire d'éviter de voir les courbes des chômeurs de plus de 50 ans s'emballer plus encore. A côté de ça, regardez le salaire de départ d'un enseignant, et ce qu'il peut espérer en fin de carrière, franchement, ça ne fait pas rêver. Permettez-moi de piquer sa casquette à Julien Courbet, mais elle est là, l'arnaque: en réalité l'Etat, c'est-à-dire toi et moi, happy fellow tax-payer, paie pour que les salariés du privé partent à la retraite plus tôt a lieu de se faire licencier et de gonfler les chiffres du chômage, et à côté de ça, il se prend à rêver de faire bosser plus longtemps ceux qui au final ne lui coûtent pas bien cher. Pardon, mais j'ai peur de trouver ça un peu malhonnête et même carrément dégueulasse, cette façon d'appeler un chat un chien tout en voulant monter les gens les uns contre les autres.

Va savoir pourquoi, le secteur privé est devenu intouchable, au sens où on ne peut plus se permettre de le critiquer. Si au lieu de verser des aides à la pré-retraite probablement faramineuses l'Etat laissait les travailleurs en fin de carrière se faire licencier pour céder la place aux plus jeunes et plus économiques, au moins la situation serait plus claire. L'argent non-dépensé dans les pré-retraites irait au chômage, et au final le "vieux" chômeur n'y perdrait pas plus que ça au change. Et au moins on serait fixé. Non pas qu'on verrait de quel côté sont les méchants patrons dont il importe de mettre la tête au bout d'un pique (encore que...), mais au moins on prendrait acte du fait que vouloir augmenter l'âge des départs à la retraite ne servirait à rien puisque de toutes façons les entreprises préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés qui coûtent trop cher. Si ça se trouve on se dirait même que la bonne solution serait d'aligner tout le monde sur les régimes spéciaux des fonctionnaires. Et on serait tous à égalité, youpi. Ce serait pas beau ça? Mais il me semble que j'entends au loin le grognement du libéral qui maugrée un truc du genre "Ah ben oui, c'est bien joli, mais comment on ferait pour financer tout ça, hein? Plus de taxes, c'est ça, c'est ça? Grrr...". Ben non banane. Ca ne coûterait pas plus cher. On paye déjà pour les chômeurs déguisés en pré-retraités aujourd'hui, on paierait la même chose, sauf qu'ils seraient officiellement retraités. Purée, c'est pas vif, un libéral...

Enfin bon, c'est pas demain la veille qu'on verra une évolution dans le genre. Ne serait-ce que parce qu'on n'arrive pas tellement à se sortir du discours ranci qui veut que la valeur travail, oulala, ma bonne dame, c'est important. Y'a deux millions de chômeurs officiels en France, et probablement le double en réalité, mais bon, c'est pas grave, on continue de dire que ceux qui ne bossent pas sont des feignasses, et qu'il faut travailler plus et plus longtemps pour être quelqu'un de bien. Au risque de passer pour un dangereux agitateur, je serais tenté de dire que je suis contre. En tout cas, une chose est sûre, pour les mouvements sociaux à venir, les grévistes peuvent compter sur mon soutien moral total et inconditionnel. Evidemment on nous resservira le discours de la prise en otage des braves gens qu'on empêche d'aller bosser, comme d'habitude. C'est sûr que c'est plus facile de détourner les regards de cette façon plutôt que de se donner la peine de tenter une explication qui n'abonderait pas forcément dans le sens du vent nauséabond actuel. Tant pis. On verra bien. On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise: souvenez-vous de ce si joli automne 1995 où le peuple s'arrogea le droit d'adresser un doigt monumental à Juppé et aux médias qui essayaient de le dresser contre les hardis grévistes qui prirent alors le temps de défendre notre beau système de protection sociale... Enfin, c'était il y a longtemps. La clé, c'est de continuer à y croire.

La-dessus, je vous laisse, j'ai un retard considérable à rattraper en matière de films récemment mis en rayon dans le vidéo-club du coin, la situation ne saurait décemment s'éterniser plus longtemps.

Oh et puis tiens, allez, pour une fois:

samedi 29 septembre 2007

Tant qu'il restera du pétrole

Faire des généralités, c'est mal. Je suis le premier à le dire. Je m'abstiendrai donc d'affirmer ici que les conducteurs de Porsche Cayenne sont des cons. Ne serait-ce que parce que l'échantillon statistique à ma disposition est trop restreint pour le considérer comme représentatif. Mon voisinage commerçant étant essentiellement composé de banquiers et d'agents immobiliers, il n'est pas surprenant que parmi eux l'on en trouve un petit nombre, trois pour être précis, qui a choisi pour se déplacer un 4x4 à la fois très moche, très cher, et du coup très tape-à-l'oeil. C'est le but. Ces braves gens ont une propension à garer leurs poubelles de luxe comme des porcs, s'appuyant sans doute sur l'idée, peut-être pas si dépassée que ça dans l'inconscient collectif, qu'un mec qui en a une grosse comme ça, ça se respecte. De là à traiter tous les possesseurs de ce genre de joujou de cons, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas.

Pareil pour les agents immobiliers. L'image qu'ils ont est déplorable, on les envisage la plupart du temps comme des profiteurs, des parasites, voire même des escrocs. Et l'inflation du prix au mètre carré des ces dernières années n'est sans doute pas pour rien dans la perpétuation des préjugés dont ils sont victimes. Pour ce qui est de cette profession, et dans la mesure où j'habite certainement dans l'une des villes comptant le plus d'agences immobilières par habitant, que c'en est effrayant, t'as qu'à voir rien que dans un périmètre de 30 mètres autour de chez moi y'en a trois, et d'ici une dizaine de jours une quatrième ouvrira ses portes au pied de mon immeuble, je peux sans doute me permettre de l'ouvrir un peu plus. Parce qu'il y a de cela trois ou quatre ans, alors que j'en étais rendu au stade de la relation amoureuse où tu envisages de passer de la colocation à la copropriété, je me suis fadé la tournée de toutes les agences immobilières de la ville, c'est-à-dire une bonne quinzaine, et encore y'en a que j'ai pas faites. Et là je peux te dire que j'en ai vu de l'agent immobilier. Et ben l'adage se vérifie: y'a des cons partout. Mais pas que. Loin de là. D'où l'on peut déduire cet autre axiome rarement employé: y'a (aussi) des gens bien partout.

Comme vous pouvez le constater, la chasse aux préjugés et la foi en mon prochain sont deux hobbies que je m'enorgueillis de pratiquer, non sans un certain lyrisme quand l'occasion m'en est donnée. Le fait de me poser en exemple édifiant n'est pas pour me déplaire, ça doit être génétique. Je tiens ça de mon père, un modèle d'exemplarité redoutable dont j'ai longtemps dit que mon but dans la vie serait de tout faire pour ne pas lui ressembler. Comme quoi, qu'on le veuille ou non, certaines choses se transmettent et on ne peut rien faire contre...
Bref, si je déploie des efforts considérables pour ne pas être pris en défaut en matière de grands et beaux principes qui doivent gouverner une conduite exemplaire en tous points, je n'en reste pas moins homme. Il m'arrive à moi aussi d'avoir des moments de faiblesse. Et oui. La perfection n'est pas de ce monde. Que celui qui n'a jamais merdé me paye la première bière. Et toute cette sorte de choses. C'est un de ces moments où j'ai vacillé, faisant ainsi la preuve évidente de ma propre humanité, que je m'en vais vous conter, et si vous allez jusqu'au bout, il y a aura peut-être même un morale de l'histoire (mais c'est pas sûr).

Au pied des séculaires murailles du Mont Bélien, sur les bords paisibles de l'Oise, et donc devant chez moi, il est une vérité immuable qui ne connaît de répit que le temps d'un bref mois d'Août par an: c'est trop la misère pour se garer. Les places manquent, et malgré les efforts des autorités pour dissuader le pékin moyen de se pointer en ville en bagnole (places de stationnement en zone bleue, et à présent en zone payante), rien n'y fait, le problème persiste. En réalité, il n'y a rien de dramatique, pour peu qu'on se donne le temps de patienter quelques minutes, une place finit toujours par se libérer. Mais chez la majorité des conducteurs la patience est désactivée dès lors qu'ils sont au volant. C'est ce qui peut les pousser, au mépris de la législation en vigueur et de la préservation de la fluidité du trafic routier, à se garer en double file. Derrière une bagnole, quoi. A la limite, quand c'est juste pour le temps de l'achat d'une baguette chez le boulanger ou de la restitution d'un DVD au vidéo-club, passe encore. Mais dès lors qu'il y en a pour plus longtemps, je ne comprends pas. Si tu te gares en double file, c'est que tu n'as pas de train à prendre, donc c'est que tu n'as pas besoin de te garer comme ça. Vous l'aurez compris, je suis farouchement contre.

En tant que riverain possesseur d'une belle italienne aux reflets d'argents, j'ai plus souvent qu'à mon tour à subir le comportement incivil des sauvageons du stationnement. Notamment parce que je travaille de nuit. De fait, ma voiture est là tous les jours. Ce qui fait que quotidiennement un bon paquet de caisses se retrouvent derrière la mienne pour plus ou moins longtemps. L'immense majorité du temps, je m'en fous. Mais bien entendu, il arrive bien souvent que cela se produise pile au moment où j'ai besoin de quitter ma place pour aller voir ailleurs si j'y suis. Et là, ça me gonfle.
Généralement, il faut bien le dire, l'importun mal garé m'a dans son champ de vision, et après m'avoir vu jouer la pantomime de celui qui cherche du regard avec une gestuelle façon film muet, il se précipite pour remédier à la situation en prenant l'air désolé de circonstance du gamin pris en faute. A ce moment -là, je veux bien prendre mon air le plus patelin et faire grâce d'un merci débonnaire à souhait qui semble dire "Hahaha, et que je ne t'y reprenne plus, sacripant(e)". Au pire, il me faut parfois aller débusquer mon gêneur jusque dans la boulangerie ou le vidéo-club, ce qui est d'une effacité remarquable, la plupart de mes concitoyens n'appréciant pas des masses le fait de se faire afficher, pris en flag' d'incivilité notoire. Reste la situation, heureusement rare, où personne ne se pointe, et où je n'arrive pas à mettre la main sur le coupable. Et là, ça me gonfle.

En cas de non-présentation dans la minute d'un conducteur susceptible de dégager le tas de boue qui me bloque le passage, j'ai trouvé une solution, particulièrement primaire, mais redoutablement efficace: je m'installe confortablement au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, j'enfile ma ceinture de sécurité, je lance l'autoradio et enfin j'appuie sur le klaxon. Jusqu'à ce que quelqu'un se pointe. Ca marche du tonnerre. Bien évidemment, un coup de klaxon qui s'éternise plus de 30 secondes et escagasse par là-même l'ensemble des esgourdes situées dans un rayon de cent mètres n'est pas difficile à comprendre et ne veut dire qu'une chose, comprise par l'ensemble de la portion d'Humanité pourvue d'un permis de conduire: "Tu vas la virer ta bagnole, connard?!?!?". Et comme personne n'aime se faire traiter de connard en public, même en langue klaxonne, ça engendre forcément un regain de tension dans l'air. Et donc des bastons de regards particulièrement vigoureuses au moment où le connard croise mon regard à travers le pare-brise en rejoignant sa bagnole. Mais c'est moi qui ai raison. Donc la bagnole dégage vite fait. Et tout le monde sait qui est le connard en tort, y compris lui-même. J'aime les situations claires.

L'autre jour, alors que je devais partir pour un rendez-vous important au point que j'y consacre régulièrement une part de mon budget, et que je n'étais déjà pas en avance, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer la seule bagnole garée en double file du quartier. Comme de par hasard pile derrière la mienne. C'était un gros Porsche Cayenne noir sa race. J'ai tenté le sketch du type qui veut mimer la tour de contrôle, nada, personne ne s'est radiné. J'ai jeté un oeil chez le boulanger, pas un client dans l'échoppe. Je suis allé faire un tour au vidéo-club, et, après avoir obtenu le consentement du vendeur, ai poussé une gueulante pour savoir si quelqu'un était le propriétaire du char d'assaut à 60 k€ qui me faisait chier, en vain. Comme à mon habitude, estimant qu'il était hors de question que je me tape le tour des agences immobilières et des banques de la rue pour aimablement prier mon fâcheux du jour de bien vouloir avoir la bonté de consentir à me permettre de me déplacer à ma guise, j'ai mis en oeuvre la procédure d'urgence dite de la "sirène à connard". Trente secondes de hurlements de mon klaxon on suffi à faire surgir de l'agence immobilière située deux étage en-dessous de chez moi, donc approximativement à 3 mètres de ma voiture, un cinquantenaire quelconque, le portable à l'oreille et les clés à la main. L'échange de regard règlementaire à travers le pare-brise a bien eu lieu, mais ce piaf-là, toujours le portable à l'oreille, passant à côté de moi, s'est permis de se baisser et à travers la vitre de la portière de me dire un truc du genre "Non mais ça va pas, 'faut se calmer, hein" accompagné d'un geste de la main façon secouement qui dit "T'es complètement malade ou quoi?". C'était pas le jour à me chercher.

En l'espace de 5 secondes j'étais sorti de la bagnole, fermement décidé à établir qui avait raison et qui avait tort. J'vous la fais façon dialogue:
- Moi (à environ 47 de tension, sur un ton à la tu veux t'batt'): Quoi quoi quoi?
- Connard (consentant à se décoller le portable de l'oreille): C'est pas la peine de klaxonner comme un malade, je suis juste là!
- Moi (à bloc): Quoi??? Mais comment est-ce que vous voulez que je sache où vous êtes, moi???
- Connard (Call me Supasta): M'enfin vous savez bien que c'est ma voiture!
- Moi (interloqué mais toujours vénère): Et comment est-ce que je peux savoir que c'est votre voiture?!?!?
- Connard (Mode suffisance +++): Vous savez bien que je travaille là, chuis l'directeur de l'agence, vous savez bien que c'est ma voiture...
- Moi (incrédule et hurlant): Mais vous croyez que je sais à qui appartiennent toutes les bagnoles de la rue? J'en sais rien rien moi que c'est votre bagnole, et de toutes façons qu'est-ce que ça change, elle a rien à foutre là votre caisse!!!
- Connard (Sur un ton à donner des envies de poing dans sa gueule): Pfff mais vous savez bien enfin, et puis de toutes façons elle est tout le temps là votre voiture...
- Moi (A peine reconnaissable tellement je suis jamais comme ça): Mais j'en sais rien, bordel, et d'abord qu'est-ce que j'en ai à foutre, qu'est ce que ça peut foutre que je sois garé là tout le temps, vous n'avez rien à foutre là!
- Connard (d'façons chais mieux qu'toi, ouvrant sa portière): J'la vois tous les jours votre voiture, j'la connais...
- Moi (des images de batte de baseball plein la tête): Mais qu'est-ce que ça peut me foutre!?!?!?!?!?!?!?!
- Connard (entrant dans sa poubelle, parlant à son portable): Nan excuse moi, deux secondes.... (à mon endroit, sur le ton de celui qui sait qu'il a raison et n'entend pas prolonger la conversation au-delà) Ecoutez, de toutes façon, j'y vais, hein, mais bon j'la connais votre voiture...
- Moi (pas du tout décidé à en rester là): MAIS QU'EST-CE QUE J'EN AI A FOUTRE!?!?!?!?!

Là-dessus Connard de la fôret referme sa portière. L'espace d'un instant la pensée m'est venue que je pouvais fort bien le sortir de sa caisse de force, le choper par le colback et lui hurler aussi fort que nécessaire des insanités jusqu'à lui faire admettre que le connard c'était bien lui. Quitte à lui coller un ou deux poing dans sa gueule d'agent immobilier de merde. Et puis me rappelant que j'étais déjà à la bourre pour mon rendez-vous, j'ai finalement regagné ma voiture, non sans le saluer d'un bruyant "Va te faire foutre pauv' type" (manque d'inspiration ou politesse inébranlable?) que j'ai espéré assez sonore pour que son interlocuteur en profite de l'autre côté du portable.

Je vous raconte pas mon état de nerfs en sortant de cet entretien. Je ne supporte pas plein de trucs un par un, mais alors quand j'ai droit à un cumul dans le genre, ça me hérisse comme rarement: ne pas respecter les autres par principe, ne pas reconnaître ses torts, se la péter notable devant moi, me la jouer condescendant voire même carrément méprisant... Tout ça en même temps, je crois qu'on me l'avait encore jamais faite. Je te jure, j'ai vu un mec fait entièrement de défauts, rien pour lui, l'essence absolue du connard. Pas la moindre étincelle de respectabilité qui aurait pu me donner envie de lui trouver une excuse, chose que je suis pourtant capable de faire avec des abrutis de niveau compète. Mais là, non. Une heure après, en revenant de mon rendez-vous, j'en étais encore à me demander jusqu'à quel point je ne serais pas parfaitement dans mon droit en défonçant sa putain de caisse à coups de masse, ou en allant brûler sa putain d'agence immobilière de merde.
C'est la raison pour laquelle je me suis autorisé, une fois n'est pas coutume, à passer chez Jean-Pierre le soir, pour aller prendre un petit apéro, au lieu des cafés dont je me contente habituellement.

A ce moment-là, c'est-à-dire en arrivant au bistrot, je crois que j'y étais. J'avais atteint le stade des généralités. J'avais beau lutter contre, me dire que non, ce n'était pas bien, peine perdue: les conducteurs de Porsche Cayenne étaient probablement des cons. Pareil pour les agents immobiliers. En tout cas, j'étais encore à 30 de tension. Avec un bon gros besoin d'évacuer. Coup d'bol, les camarades de comptoir du moment se sont trouvés être de la famille des gens sympa, prêts à m'écouter dire du mal de mon prochain sans la moindre retenue. Il se trouve que le prochain en question n'avait pas forcément bonne presse dans l'assemblée, mes récriminations étaient donc reçues avec bienveillance. En fait j'avais raison. Le connard était bien un connard... Et rien que ça, ça m'a fait du bien, vous pouvez pas savoir. Enfin peut-être que si.
Le truc c'est que, soit je raconte bien les histoires, soit ça devait vraiment se voir que j'étais crispé, parce que figurez-vous que le Jean-Pierre, et ben il me l'a offert l'apéro. Yeah. Du coup, j'en ai repris un autre. Et là c'est un autre client qui me l'a offert. Re-yeah. Et comme ce client était (un autre) agent immobilier, mais de la race des gentils, simples et honnêtes, j'ai pu foutre à la poubelle toutes mes généralités en à peine le temps d'un apéro bien sympatoche.

La morale de cette histoire me paraît un peu floue. Je reviens à ma position de départ qui consiste de façon ferme à ne pas dire du mal des agents immobiliers dans leur ensemble. Pour ce qui est des conducteurs de Porsche Cayenne, c'est un peu moins tranché. Effectivement je ne les connais sans doute pas encore assez bien pour statuer de façon claire. Toutefois, après discussion avec mes confrères spécialistes ès-psychologie de comptoir (au sens propre du terme cette fois-ci!), je m'accorde le droit de m'interroger sur les motivations profondes des amateurs de grosses caisses qui coûtent cher. Pour ce qui est des agents immobiliers possesseurs de Porsche Cayenne, je n'ai qu'un seul exemple sur lequel m'appuyer, néanmoins, je suis tenté de dire que là, j'voudrais pas dire, mais je suis désolé, quand même, hein, bon.
En tout cas, j'en connais qui désormais feraient bien d'éviter de garer leur grosse teutonne moche derrière mal belle italienne aux reflets d'argent, faute de quoi je ne m'interdis pas de prendre le temps nécessaire d'expliquer ma position avec force moyens coercitifs si la situation l'exigeait.

Là-dessus, je vous laisse, je vais méditer sur le fait que septembre 2007 n'aura été qu'un cuisant échec. En matière de grille-pain.
Sinon ça allait.

mardi 4 septembre 2007

Ouais, ouais, ouais...

Alors que le charmant bambin qui loge au-dessus de chez moi entame son traditionnel concerto pour hurlements du milieu de la nuit, je ne peux m'empêcher d'avoir une pensée pour mes nombreux amis fonctionnaires enseignants de l'Education Nationale pour qui ce sera dans quelques heures la rentrée et le moment tant redouté de faire connaissance avec la fournée de mioches de cette année. Oh, bien sûr, l'affreux moutard qui s'égosille en ce moment pour mon plus grand bonheur auditif est encore loin d'avoir l'âge d'aller à l'école, sans doute n'y mettra-t-il les pieds que d'ici deux bonnes années, mais enfin, vu l'éducation que lui dispensent ses parents, on est en droit de se dire que ça promet.
Finalement, la principale nuisance sonore que j'ai à subir, c'est lui. Parce qu'il crie. Tout le temps. Quand il est content. Quand il est pas content. Quand il est là. Ouais, tout le temps, c'est bien ça. Je ne prétends pas me poser en grand professionnel de l'éducation des enfants, et pour cause, j'en ai pas, m'enfin bon, il me semble qu'à partir du moment où un môme marche, il est aussi capable de comprendre quand on l'invite à fermer sa gueule. Le truc c'est que manifestement, dans le cas présent, papa et maman n'ont pas l'air disposés à prier leur petit prince adoré de la mettre en veilleuse. Et c'est regrettable. Parce que s'ils n'arrivent pas maintenant à s'essayer à un peu d'autorité sur cette petite chose si mignonne qui leur ressemble en plus petit, quelque chose me dit que d'ici quelques années, quand il essaieront de serrer un peu la vis à un adolescent un peu turbulent, ils récolteront le juste fruit de ce qu'ils sèment aujourd'hui. A savoir peau d'balle. Et ce sera bien fait pour leur gueule.
Mais bien dommage pour la Société.

En attendant que la petite peste hurlante ne grandisse pour devenir ce qui se fera de pire en matière de Rebelz wizaoute eu cause décérebré, je suis pour l'instant le seul à le subir en trouvant ça pas tout à fait acceptable. Parce que ses géniteurs semblent avoir décidé de la jouer "Ah ben oui, mais bon, c'est comme ça, qu'est-ce qu'on peut y faire?". A la base, honnêtement, je m'en fous, tant que ça ne me concerne pas. Sauf que les ambiances sonores de tremblement de terre quand l'affreux se met à courir comme un dératé à travers l'appart', je dis non.
A la base, j'ai plutôt une tendance exagérée à avoir foi en l'être humain. Quand je dis exagérée, c'est par exemple quand je pars du principe que lorsqu'un voisin se montre bruyant il saura en prendre conscience sans que je me manifeste et adapter son comportement de lui-même pour se faire plus discret. T'as vu, j'y crois fort, hein? C'est dire si le boucan occasionné par le godzilla miniature du dessus a pu atteindre des proportions apocalyptiques: carrément, je suis monté pour me plaindre. Et ouais. Non, mais ho, hé. Attends, au bout d'un moment, ça va bien, hein (Je fais bien le voisin furax, non?).
La première fois que je suis monté, c'était en pleine journée, là où on est supposé être un peu plus tolérant, mais crois-moi j'étais au top level niveau credibility: on devait être au milieu de l'après-midi et j'essayais de dormir entre deux nuits de travail particulièrement ambiancées stress. Quand un bruit comparable à celui d'une armée grecque partant à l'assaut de quelque forteresse troyenne m'a réveillé, je n'ai pas pu m'empêcher d'en concevoir une certaine aigreur, suffisamment concentrée pour me faire me lever et me saper approximativement avant de monter sonner, les doigts mus par l'irrésistible force du "samerlapute, c'est pas bientôt fini, non?" intérieur.

Moi je suis poli et gentil, j'y peux rien, c'est la faute de mes parents. Du coup, quand bien même mon cerveau reptilien me commandait de défoncer la porte si nécessaire pour me saisir du gamin et le jeter à travers la fenêtre (de préférence fermée), je me suis contenté, avec une gueule de déterré certainement plus que convaincainte, de demander à ce que "s'il vous plaît j'essaye de dormir je rebosse ce soir, est-ce que y'aurait moyen qu'il arrête de courir partout s'il te plaît pasqu'on entend tout en-dessous merci". Pour le coup, ça a environ marché, au moins le temps que je puisse me rendormir.
La logique aurait exigé que, conscients qu'en pleine journée cela me dérangeait et que par voie de conséquence en soirée il en allait forcément de même, mes voisins adaptassent en fonction de cela leurs exigences de calme vis-à-vis de leur turbulent garçonnet, et ce quelle que soit l'heure. Oui mais non. Car la logique et mes voisins ne font pas partie du même univers. Chacun ignore l'existence de l'autre et est très content comme ça. J'ai donc eu à remonter, pour le même motif, mais à une heure autrement plus incongrue s'agissant de ce type de tapage: 22h30, et le mouflet qui s'amusait à courir un 3000 mètres steeple entre sa chambre et le salon. Le tout en criant, ça va de soi. Normal. Du moins il faut croire, puisque jusqu'à ce que je monte cela ne semblait déranger personne.
Encore une fois je m'étais déplacé animé par une farouche envie d'insulter au-delà de l'humainement supportable les père et mère de mes voisins, non sans leur avoir au préalable expliqué qu'il constituaient à eux trois le pire fléau que la Terre ait jamais porté. Et pourtant, une fois la porte ouverte, la bienséance incorruptible qui me tapisse l'intérieur du surmoi a pris le dessus et n'a consenti à me laisser manifester ma désapprobation qu'au travers d'un "Nan mais là il faut qu'il arrête, là" vaguement ferme, mais surtout ultra-mesuré de par sa politesse. C'est alors que, pendant que je faisais sobrement part de ma réprobation à son père, l'horripilant gnome a surgi...

Voyant que son père, comme à son habitude, s'efforçait de me noyer sous un océan de molles expressions empreintes d'impuissance et de fatalisme, je décidai, puisque l'occasion m'en était donnée, de m'adresser directement au responsable direct de mon exaspération. Partant du principe que les enfants sont tout sauf des gogols, et qu'ils comprennent très bien ce qu'on leur dit en leur parlant avec des mots d'adultes, j'entrepris de lui expliquer ce que j'attendais de lui en des termes tels que "Il ne faut pas que tu coures comme ça, ça fait du bruit tu sais, et ça me dérange", "Si tu veux courir, fais-le avec ton papa, dehors, mais pas dans la maison", ou encore "Ne crie pas comme ça tout le temps pour rien, ce n'est pas agréable, pour moi, mais aussi pour ton papa et ta maman, tu sais?".
Une fois mon mini-laïus terminé, il n'a pas décroché ses yeux des miens. Il a laissé passer deux secondes puis il m'a ri au nez avant de se barrer en courant et en rigolant dans le salon.
P'tit con.
Et là, le père qui me sort un truc du genre "Ah ben oui, mais c'est ça le problème, c'est qu'il veut pas écouter...". Franchement, j'en suis resté baba, même pas eu le réflexe de lui dire qu'il fallait peut-être qu'il trouve une solution à ce problème-là en priorité. Au bout de quelques secondes le lardon rigolard s'est repointé, et alors que je me remettais toujours pas de l'invraisemblable enchaînement auquel je venais d'assister, son père a fini par s'adresser à lui. Comme ça: "Il faut pas que tu fasses des bêtises, sinon le monsieur il va venir te taper...".
Je rappelle, pour mémoire, que le père du machin, ce n'est pas moi, mais le type qui vient de lui dire que s'il ne se tenait pas à carreau, c'est moi, Thomas, le méchant monsieur, qui viendrait personnellement le tabasser pour lui apprendre la vie. Tout va bien. C'est normal.
Et encore plus normal, le môme qui se rebarre en courant et toujours en rigolant dans le salon.
Evidemment, en assistant à ça, comment veux-tu que le moindre espoir soit permis? Ca m'a tellement scotché que je n'ai même pas réagi, et pour tout dire je ne sais même plus ce qui s'est passé entre ce moment-là et celui où j'ai refermé la porte de chez moi après être redescendu.
Hallucinant.
Et ceux qui ont des gosses, ce sont eux...

J'ai des amis qui ont des gosses. Ils le disent tous. Entre ce que tu imaginais pouvoir instaurer comme règles, comme discipline, ou tout simplement comme éducation, et ce que tu arrives à faire dans la réalité, il y a un monde. D'accord, je veux bien. N'empêche que là, ça dépasse l'entendement. Pour ce qui est de mes potes, s'ils sont loin de pouvoir prétendre mener leurs enfants à la baguette, au moins, on sent qu'ils maîtrisent un minimum leur affaire et qu'en tout cas ce n'est pas du grand n'importe quoi tout à l'impro. Pour ce qui est de mes voisins, je suis désolé, j'ai beau ne pas être parent, je l'affirme, ils sont carrément en freestyle. Etre parents, ils sont partis sans avoir la moindre idée de ce que ça pouvait signifier et ils sont complètement dépassés, c'est clair.
Franchement pour qu'un père en soit réduit à brandir son voisin aux allures de beatnik en guise de menace pour essayer de faire montre d'un peu d'autorité... Ca en dit long sur la foi qu'il a en ses capacités à s'en sortir tout seul. Enfin bon, à la limite, allez, je veux bien jouer les ogres de service, mais bon, vu la réaction du mioche à la redoutable menace que je peux constituer, on peut partir du principe que cette stratégie ne sera sans doute pas payante. Après il faut espérer qu'elle ne sera pas à l'avenir remplacée par celle de la baffe dans la tronche si tu mouftes, ou rien que si tu me gonfles.
Oui parce que ça se fait encore. Et sans honte aucune, en plus.

Tout à l'heure, alors que j'arpentais à bon rythme le parcours moutonnier de l'Alinéa pas loin de chez moi, j'ai eu l'occasion de croiser un bon gros connard dont on se demande ce qui a bien pu le pousser un jour à faire des gosses. Je dis ça parce que, pour une raison que j'ignore mais de toutes façons injustifiée, il était vénère plus-plus-plus contre son gamin, un garçon de 7-8 ans maxi, et le lui signifiait à grands coups de claques puissantes et répétées sur l'arrière du crâne. Si j'ai bien tout compris, la raison number one pour laquelle il lui collait des beignes, c'est qu'il chialait. Quoi de mieux pour lui faire retrouver le moral qu'une bonne série de mandales, hum, c'est logique, non? La raison number two, c'est qu'en plus son fils avait l'outrecuidance de ralentir l'allure dès lors qu'il se prenait des coups, ce qui est tout à fait illogique, puisque les coups allaient dans le sens de la marche. Bref tout ça, agrémenté de commentaires affectueux du type "Mais j'vais l'défoncer çui-là, j'vais l'défoncer...". Il faut dire que malgré son jeune âge, le fils faisait montre face à son père d'une capacité de résistance passive quasi admirable. Sans ouvrir la bouche, rien qu'à sa façon de marcher, on sentait bien qu'il lui disait un truc du genre "Vas-y, cogne, j'en ai rien à foutre, je sais que c'est moi qui ai raison, et toi qui as tort."
Au bout d'un moment, quand même, la mère, et la grand-mère du gosse on fini par réagir. Avec un peu de chance pour lui, dans pas trop loin ses parents se sépareront et il restera avec sa mère. En attendant le mal est sûrement déjà fait. Et j'ai repensé à mes copines et copains profs d'école, de lycée... Comment tu fais, quand tu dois passer derrière des parents pareils? Comment veux-tu que ce gosse accepte que l'autorité n'est pas forcément quelque chose qui doit lui nuire?

Ouaip, souvent, trop peut-être, en voyant passer des familles anonymes sous mes yeux, je me dis qu'être parent c'est compliqué, et que bien des gens qui le sont ne savent pas le faire correctement. Sans doute le vestige d'une certitude passée. Pendant une assez longue période de ma vie j'ai été persuadé que moi je saurais. C'était carrément un objectif, il fallait que j'y arrive. J'avais décidé ça à la séparation de mes parents. Je vous passe les détails, mais en gros dans ma tête, je suis arrivé à un raisonnement du type "Puisque la famille dans laquelle j'ai grandi est toute pourrie, je vais en fonder une, et tu vas voir qu'elle va cartonner".
Le pire, c'est que j'y ai cru longtemps. Beaucoup trop longtemps. Au point de parasiter mon rapport aux autres (surtout aux autres avec des nichons, en fait). Bref, aujourd'hui je me rends compte que je ne suis pas mieux armé ou instruit qu'un autre pour réussir à fonder une famille. A la limite c'est plutôt le contraire, si l'on s'en tient au seul exemple que je connais bien, celui de mes parents. Donc bon, finis les plans sur la comète, et franchement, c'est pas plus mal, au bout du compte: vu d'un oeil de célibataire, toute cette histoire de femme aimante, d'enfants, de pavillon, de chien et de monospace, c'est quand même un poil flippant en vrai. Dit-il du haut de la somme de réflexion accumulée par son cerveau logique et cartésien.
N'empêche que bon. Les restes ont la vie dure. Puisque de mon point de vue l'univers gravite autour de moi, quand je croise tous ces parents hors-course, du plus incompétent (mes voisins du dessus) au plus dangereux (le connard de l'Alinéa), je ne peux pas m'empêcher de ressentir ce truc bizarre. Je sais pas si c'est ce qu'on appelle l'envie, au sens biblique du terme, ou une forme de jalousie mais... Putain pourquoi est-ce que des gros nazes comme eux y sont arrivés alors que moi qui serais capable de faire mille fois mieux je reste seul avec mes aptitudes exceptionnelles sur l'oreille sans être sûr de pouvoir les fumer plus tard?
Je sais bien que c'est con.
Mais bon.
On ne pas être QUE raisonnable et réfléchi.

Après tout, ce qui pousse les gros nazes à se reproduire sans se poser la question de savoir s'ils sont capables d'en assumer les conséquences, c'est peut-être uniquement un instinct primaire et basique de reproduction, de perpétuation des gènes coûte que coûte. Et cet instinct-là, pas de raison qu'il ne soit pas en moi aussi. Alors qu'à ma façon à moi, je serais peut-être aussi un mauvais père, va savoir...
Allez, stop.
Après avoir passé des années à me persuader que je serais le meilleur père que la galaxie ait jamais connu, juste parce que je l'avais décidé, je ne vais pas basculer dans l'excès inverse et partir du principe que je suis incapable d'élever des gosses sans en faire des traumatisés de la vie.
J'en sais rien.
Et puis de toutes façons, avant de penser enfants, il faut penser mère. Et avant de penser mère, il faut penser meuf. Et avant de penser meuf, il faut penser trouver la meuf. Et avant de penser trouver la meuf, il faut penser...
...
...
Arrêter de penser peut-être?
De toutes façons, ça devient chiant, là, faîtes moi penser que les grandes considérations pseudo-psychologico-métaphysiques ça me réussit pas trop et que c'est mieux quand je raconte pourquoi les grille-pain chromés ça roxe mille fois plus que ceux en plastique bête, même coloré.
Pour en finir, quand même, avec cette histoire d'enfants-parents, tout ça, on m'a conseillé il y a peu de lire un bouquin intitulé No Kid. Y sont énumérées et argumentées 40 bonnes raisons de ne pas avoir d'enfant. Là où le discours perd un peu en force, c'est quand on apprend que l'auteure de ce supposé brûlot est elle-même mère de deux gamins. Hachement cohérent. Tout ça pour pouvoir toucher plus d'allocs, non vraiment madame Maier, ce n'est pas très joli.

Là-dessus, je vous laisse, France 5 diffuse une série résolument fascinante sur une harde de suricates d'Afrique Australe, je m'en voudrais de louper le premier épisode. Surtout qu'il y en a treize.
La vie, ça se crame, ou ça ne se vit pas.

mercredi 15 août 2007

Y'a pas que les grands esprits qui se rencontrent

Au cas où j'aurais eu l'invraisemblable ambition de me reposer un peu au calme après les 6 heures de route que je viens de me taper pour revenir de Creuse, mes voisins se chargent en ce moment-même de me rappeler ce que je suis en droit d'espérer ou pas en terme de tranquillité du voisinage. Pour bien faire les choses ils ont même mobilisé les renforts nécessaires propres à faire s'ébranler mon plafond suffisamment fort pour que j'hésite à m'équiper d'un sismographe afin de quantifier la nuisance qu'ils constituent.
M'en fous.
J'voulais m'reposer? Et ben j'veux plus.
D'un coup je me sens comme une envie de regain de patate à grands coups de musique à fond les ballons. Moi aussi j'ai besoin de prouver à la Terre entière que j'existe. Et s'il faut faire du bruit pour ça, je le ferai. Je me suis donc programmé une bonne playlist à base de West Coast poisseux, avec une bonne dose de Beastie Boys pour équilibrer et une pincée d'Asian Dub Foundation pour la touche exotique. Y'a de la basse qui tabasse, merci le RXV2600 et ses mignons petits 5x130 watts. C'est bien, ça me permet de tester un peu jusqu'où mes enceintes sont capables d'aller.
J'espère que ça les gêne beaucoup et que ça gâchera leur soirée.

Dans la mesure où je peux faire une croix sur la sieste réparatrice à laquelle j'ai rêvé durant une bonne partie de trajet retour que nous avons effectué à quatre dans une voiture certes performante mais néanmoins exiguë, autant mettre ce temps disponible inespéré à profit, par exemple en vous entretenant d'un sujet aussi primordial que mon tout juste finissant week-end dans la Creuse, patrie du pâté à la patate et... sûrement d'autres trucs et/ou gens très bien.
A l'occasion de l'anniversaire d'une jeune descendante de miens amis dont les 5 ans tombaient ces jours-ci, nous nous sommes retrouvés entre famille et amis des parents de la donzelle pour fêter dignement cet évènement aussi extraordinaire qu'unique dans la vie d'un enfant. Ouais, c'est clair, c'était trop un bon prétexte pour se bâfrer, boire des liquides alcoolisés et même fumer du pschitt pour les plus hardis d'entre nous.
Attention, hein, on n'en a pas oublié la petite pour autant, au contraire même, à raison d'une moyenne d'un cadeau et demi par paire de convives, avec une tablée de 22 personnes on peut considérer que la coquine ne s'est pas levée pour rien ce jour-là. Personne, donc, n'a perdu son week-end prolongé.
Dans la mesure où il ne me paraît pas hyper intéressant de vous détailler le menu de ce qui au final a constitué l'essentiel de notre activité durant quatre jours, à savoir les repas, je vais aborder un aspect essentiel de ce rude et fier département qui vous est certainement inconnu, à moins que vous n'ayez une raison méchamment valable d'y avoir déjà mis les patins un jour.

Alors, pour le roller, permettez moi de vous dire que franchement, la Creuse, c'est pas ça.
Au matin du troisième jour, figurez-vous que j'ai été pris d'une irrépressible envie d'arpenter le bitume creusois la tête au vent et les roues aux pieds. Et ça tombait bien, comme de par hasard j'avais pris soin de glisser (façon de parler) ma paire de quads rando dans mon sac de voyage. Ni une, ni deux, j'ai donc chaussé direct et...
Attends...
Ah ouais, nan!..
Le truc, c'est que la charmante maisonnette dans laquelle nous logions... Euh... Ouais nan, en fait, les pistonnés (les propriétaires des lieux, leurs enfants, les parents de la petite, et la petite elle-même) logeaient dans la maison, tandis que les autres, dont moi, logeaient dans les tentes igloo qu'ils avaient pris soin d'apporter sur les conseils de la puissance accueillante...
Bref!!!
Le lieu des festivités se trouvait au bout d'un chemin de terre, lui-même situé au fond de l'impasse principale car unique d'un hameau rural puissance mille du fin fond de la Creuse septentrionale. Autant vous dire que pour le goudron tout propre et tout lisse, c'est pas franchement devant le portail que ça se passait. Je ne pouvais donc pas chausser direct, pouf, comme ça, il me fallait au préalable effectuer une marche d'approche.

Les patins à la main, le sac à dos là où son nom indique qu'il doit se trouver, je m'en suis donc allé sur le chemin menant au coeur du hameau où je supposais pouvoir trouver une route praticable. A l'embranchement où j'avais envisagé de troquer mes sandales de compèt' contre mes redoutables monster-trucks de rando, figurez-vous que j'ai pas pu. La faute à deux abominables clébards aboyants qui se sont précipités sur moi, aidés en cela par l'incroyable négligence de leurs propriétaires respectifs, lesquels ne jugent manifestement pas utile d'attacher solidement leurs molosses aussi cons et hargneux soient-ils. Qui sait, peut-être le fameux adage "tel chien, tel maître"...
Toujours est-il que je me suis donc retrouvé avec deux connards de chiens qui me gueulaient dessus en tout en grognant malaimablement, tout ça sous prétexte que ma gueule ne leur revenait pas faute de leur avoir déjà été présentée.
Déjà que les chiens, à la base, c'est pas mes copains, là, je me suis un instant demandé si un roller de deux livres pourrait constituer une arme efficace pour défoncer un crâne canin en cas d'attaque aussi féroce qu'injustifiée, ou même simplement à titre de prévention, parce que les aboiements haineux, ça va cinq minutes, merci bien. A un moment je me suis dit qu'un espoir était permis puisqu'à force d'avancer à pas de fourmi, j'ai fini par arriver à portée de vue du connard de maître attablé dans son entrée (ça a l'air d'être une tradition locale vachement bon esprit genre je veux savoir tout ce qui se passe devant chez moi) qui déjeunait. Oui, je dis "connard de maître" parce que d'une part je lui ai dit bonjour et qu'il n'a pas estimé nécessaire de me répondre, et d'autre part parce qu'à aucun moment il n'a bougé le petit doigt pour mettre fin au harcèlement furieux dont me gratifiait avec un acolyte son sociopathe de clebs.
Je ne me suis pas accordé le droit de traiter sa mère au connard de maître, ceci pour trois raisons plus ou moins pragmatiques: premièrement, me mettre à gueuler risquait d'exciter plus encore les molosses qui n'en demandaient certainement pas tant pour s'autoriser à se jeter sur moi, deuxièmement, le connard de maître étant un voisin des gens chez qui je logeais je ne me sentais pas trop de foutre la merde en cultivant par la même l'image de connard de parisiens qu'aiment à coller à leurs voisins venus d'ailleurs les ploucs du cru, et troisièmement je n'avais aucune certitude quant à la présence ou non d'un fusil de chasse dans les environs immédiats du pécore... Donc bon, j'ai opté pour la stratégie du pas en crabe silencieux avec figeage façon jeu de la statue de temps à autre pour feinter l'adversaire.
Au bout de 200 mètres de cet improbable mode de déplacement, les deux sacs-à-puces crétins ont fini par me lâcher la grappe, et bien caché derrière un arbre au minimum centenaire j'ai enfin pu enfiler mes rollers, les pulsations à 120 pour cause de stress excessif durant les minutes précédentes.

J'ai fini par me lancer sur l'étroite route de campagne, et me suis alors souvenu à quel point notre perception du relief pouvait être altérée en voiture. En gros, t'es dans ta bagnole, à un petit 70 à l'heure pépère peinard, et scrutant la route, en bon monomaniaque, tu te dis "Hé mais, c'est qu'elle a l'air carrément praticable à roller cette route! Pas trop pentue, revêtement correct, ça pourrait bien le faire..." et tu te promets de revenir vérifier ça les patins aux pieds. Et puis une fois sur place tu t'aperçois que pas du tout, en vrai le bitume est complètement défoncé, et surtout que ça descend carrément méchamment. Même chose pour les montées. Et justement, des descentes et des montées dans le genre, en Creuse, y'en a plein. Y'a même que ça, le plat n'existe pas. Autant vous dire qu'en ce qui me concerne ce fût une galère sans nom. Dix bornes aller-retour jusqu'au bled voisin. Des descentes interminables à se bousiller les chevilles à coups de slalom en virage hypra serrés pour cause d'étroitesse de la route, ceci afin d'éviter de prendre trop de vitesse histoire de ne pas finir planté comme un con dans le ravin avec passage par la case barbelés rouillés ou clôture électrifiée. Des montées à s'en retourner les poumons et se faire exploser le coeur avec option slide sur bouse un coup de patin sur deux. Que du bonheur quoi.
Enfin au moins, j'ai pas croisé une bagnole, c'est déjà ça. Mais bon. Je pense que c'est pas demain la veille que j'irai de nouveau traîner mes roulettes par là-bas.
Ah tiens, j'allais presque oublier le cadeau bonux.
Ben oui, les affreux clébards, si je les avais croisé à l'aller, pas de raison que je ne les croise pas au retour, hein? Alors bon, on va dire que je les ai bien niqués. Ouais, on va dire ça comme ça. En fait, je suis arrivé lancé pleine balle et j'ai pris le virage où je les avais croisés précédemment à fond la caisse, faisant ainsi jouer l'effet de surprise. Ils m'ont repéré, mais dès ma sortie de la courbe, j'ai pédalé comme un malade pour les mettre total dans le vent, sans leur laisser le temps de réfléchir à la question de savoir s'ils était opportun ou non de me courser.
Haha.
Cons de chiens.
Bon, bien sûr, pour mettre à exécution mon plan machiavélique, il a fallu que je patine sans mollir sur un mélange de bitume, de terre et de caillasse, mettant ainsi ma vie et surtout mes genoux en péril tant il est assez fabuleux que je ne me sois pas croûté comme une merde. Merci les roues de 70 mm et les années de pratique. Et la chance peut-être aussi un peu.
La campagne, ça vous gagne, y'a pas.
En conclusion, je me permettrai donc de vous répéter le postulat de départ: pour le roller, franchement, la Creuse, c'est pas ça.
A part ça, c'est plutôt pas mal pour y passer quelques jours de détente entre amis.

Là-dessus, je vous laisse, il me faut refaire une petite sélection de musicale à en péter les tympans des abrutis du dessus. Je sais, c'est primaire, je devrais favoriser la voie du dialogue, mais au bout d'un moment je me demande si ça ne pourrait pas être psychologiquement bénéfique de me laisser un peu aller à être un connard moi aussi. La connerie doit-elle constamment être à sens unique ou peut-on s'accorder de temps à autre cette petite faiblesse? En v'là d'la question...
Paix et Amour sur vous, les enfants.

vendredi 3 août 2007

Pas un vain mot

Evidemment si après des semaines d'absence, et alors que mon public me réclame à cors et à cris, je me repointe pour vous entretenir de bêtes problèmes de plomberie, on risque m'accuser de foutage de gueule en règle.
Et pourtant...
Tu crois que j'vais m'gêner?
Ce serait mal me connaître.

En cette belle fin d'après-midi du 9 juillet 2007, rappelez-vous, j'en étais donc resté au fait qu'un professionnel de la profession devait séance tenante se pointer pour régler le problème de plomberie de mes sympathiques voisins du dessus, ceci, entre autres, afin que leur problème ne soit plus le mien et que j'arrête de me retrouver avec une flaque d'eau par jour à éponger dans la cuisine. Vous comprenez, à ce régime-là, ça finit par devenir lourdingue. Parce que, mes voisins, ces coquins, ils ont beau savoir que l'évier de leur cuisine est bouché et que du coup ça fuit jusque chez moi, ça les dérange pas du tout de continuer à y faire leur vaisselle quand même, alors qu'ils pourraient la faire dans la salle de bain où l'eau s'écoule très bien. T'es fou. T'imagines la logistique à mettre en oeuvre? Y'a au moins 3 mètres entre les portes des deux pièces... A la fois adorables, attentionnés et prévenants: des crèmes, quoi.
Bref, un plombier à la main épaisse et au vocabulaire plutôt leste s'est effectivement pointé le jour-même, mandaté par l'agence immobilière en charge de la gestion de leur appartement. Il est venu chez moi pour constater le problème de fuite se propageant d'un étage à l'autre et essayer d'en comprendre la raison.
Ce qui n'était pas bien compliqué, même moi j'aurais trouvé tout seul chuis sûr.

Réveille tes neurones mon zami, l'heure est venue de causer un peu technique. Ca va peut-être te faire un peu mal à la tête, mais ça en vaut la peine: n'es-tu pas impatient de connaître le fin mot de cette rocambolesque histoire que tu as attendu pendant tout ce temps où j'étais égoïstement parti sans laisser d'adresse? Allez, courage, ce ne sera pas long.
Ci-dessous, le diagnostic détaillé.
En gros, le tuyau d'évacuation d'eau de l'évier de la cuisine de mes voisins étant bouché, une faiblesse dans ce tuyau engendrait une fuite. La dite fuite finissait par former une flaque au niveau de la colonne d'évacuation de l'immeuble. Tout ceci se passant au niveau du carrelage de la cuisine de mes voisins, au troisième étage, pourquoi alors, me demanderez-vous avec juste raison, une flaque d'eau finissait-elle par se former trois mètres plus bas sur le carrelage de ma cuisine à moi, au deuxième étage?
Facile: comme je vous l'ai dit, la flaque du troisième étage se formait autour de la colonne d'évacuation de l'immeuble. A toutes fins utiles, et au cas où vous ne le sauriez pas, je vous rappelle qu'une colonne d'évacuation c'est un tuyau qui traverse l'immeuble sur toute sa hauteur et vers lequel convergent les évacuations d'eau de tous les logements. Pour que cette colonne puisse se prolonger d'un étage à l'autre, il est nécessaire de faire un trou à chaque étage afin de pouvoir passer le tuyau. Et pour que ça soit bien propre, étanche, et zouli comme tout, il convient de faire un joint autour du tuyau une fois ce dernier mis en place. Or le joint entre chez moi et chez mes voisins du dessus n'étant plus de toute première fraîcheur, la flaque du dessus pouvait à loisir descendre d'un niveau, à la faveur d'une étanchéité du joint depuis longtemps disparue. En fait l'eau coulait non pas dans la colonne d'évacuation mais autour, avant de finalement s'arrêter chez moi où on trouve au niveau du sol un joint de top qualité.
C'est tout con, hein?

Le problème étant clairement identifié, ne restait plus qu'à le résoudre, pas vrai? Sauf qu'aux dires du bourru plombier désigné pour le faire, ça n'allait pas être de la tarte.
La faute à un accès malaisé au possible à la tuyauterie de la cuisine de mes voisins
Sans compter que vu l'âge de l'installation il était bien possible qu'il faille tout changer.
Et pour ça il fallait avoir les pièces sous la main...
Et sur le moment, là, il les avait pas.
Il avait de toutes façons pas le temps ce jour-là.
Il allait donc falloir qu'il revienne le lendemain
S'il pouvait.
Mais c'était pas sûr.
Plombier, quoi.
Enfin bon, on était le lundi 9 juillet, mon départ en vacances était prévu pour le 12, je ne doutais pas que le problème serait résolu à temps. Au pire s'il fallait se taper encore une ou deux flaques à éponger entretemps ça ne serait pas bien grave.

Contre toute attente, notre truculent poseur de tuyaux s'est finalement pointé dès le lendemain matin, bien décidé à en finir au plus vite avec cette histoire. Je ne guettais pas particulièrement sa venue, simplement en allant inspecter ma cuisine ce matin-là je n'ai pas pu m'empêcher de constater que la flaque était encore plus balèze qu'à l'habitude, et surtout beaucoup plus craspouêt. Genre avec une espèce de poussière fine un peu noirâtre en plus de l'eau. Ni une ni deux, faisant fi des règles élémentaires de bienséance sous-vestimentaire, j'ai enfilé un futal et une chemise et me suis précipité au troisième pour signaler qu'il y avait comme qui dirait un petit souci. C'est le plombier lui-même qui m'a ouvert et m'a fait le compte-rendu exhaustif des travaux par lui effectués chez mes voisins. Il venait de changer "tout le merdier" sous l'évier et de verser une bonne rasade d'acide dans les tuyaux histoire d'être bien sûr de tout décaper de l'intérieur pour qu'il n'y ait plus de bouchon(s). Avant cela il en avait extrait un plutôt conséquent au niveau du raccord avec la colonne, m'expliqua-t-il. Avec ses mots à lui ça donnait un truc du genre "Ah ouais, mais nan, mais là j'ai viré des pleines poignées de merde de là-dessous, pas étonnant que ça s'écoulait pu". Bon appétit, bien sûr.
En tout cas, selon lui, la petite inondation que je venais de subir serait la dernière, et était simplement dûe à la complexité des travaux qu'il venait d'effectuer. Youpi, donc. Retour à la normale.

Oui mais...

Dans le courant de l'après-midi, rentrant de quelque course dont le détail m'échappe avec la ferme intention de me taper une méchante sieste en prélude à ma dernière nuit de boulot du mois avant les vacances, que trouvé-je dans ma cuisine?
De la flotte, bordel de samerlapute.
Du coup, ben voilà, je me suis retapé l'ascension jusqu'au troisième, à devoir expliquer à Madame ma voisine que manifestement y'avait toujours un truc qui n'allait pas, vu que je me retrouvais avec une flaque plus balèze que jamais. A quoi elle me répondit que "Ah mais oui, mais le plombier il avait dit que...".
Tenté de lui répondre un "Mais connasse on s'en fout de ce qu'il a dit, tu le rappelles et puis c'est tout", je me suis soudain rappelé que cette femme est... hum, disons limitée dans son rayon d'action. Pas qu'elle soit plus neuneu que ça (encore que...), simplement ce genre de truc, c'est pas elle qui gère, c'est Monsieur. Appeler un plombier ou une agence immobilière c'est bien au-delà de son champ de compétence, tu vois... Histoire d'insister en restant aussi courtois que possible, je me suis permis de lui dire que quand même, là, ce serait vraiment bien qu'elle s'occupe elle de les appeler parce que là, non, vraiment, vacances dans deux jours, boulot ce soir, tout ça, donc bon.
Un mur.
"Je vais dire à mon mari, il rentre tôt cet après-midi..."
Peut-être la conscience qu'elle était définitivement trop engluée dans le carcan de sa vie de merde trop bien verrouillée pour se sortir les doigts du cul, sur le coup, je sais pas, j'ai dû me dire que ça servait à rien d'insister... De toutes façons j'avais une cuisine à éponger pour la deuxième fois de la journée, je pouvais faire une croix sur ma sieste, autant attendre l'arrivée du mari pour essayer de mettre la pression sur le moins engourdi des deux avant de partir bosser.

Vers 18h00, avant de m'en aller vers la riante cité de Gennevilliers où j'exerce avec zèle et compétence ma noble profession, faute de nouvelles du mari supposé rentrer plus tôt, je suis re-re-re-monté. Il était là. Il avait bien rappelé l'agence immobilière, qui avait rappelé le plombier, lequel devait venir le soir-même ou le lendemain matin. Tu crois qu'il m'aurait prévenu? Bah non, pour quoi faire, hein?
Bref, comme je l'avais fait pour sa femme, je lui ai demandé de veiller à ne pas utiliser l'eau dans la cuisine, d'autant que là je partais pour la nuit, donc pas de conneries.
"Oui, oui, bien sûr" me dit-il, "mais le plombier il avait dit"... Comme quoi qui se ressemble s'assemble, hein, y'a pas de hasard.
Le plus beau c'est qu'il ont fait un gosse.
Ah tiens, le gosse, c'est vrai. J'allais presque oublier de vous dire que ça y est, je l'ai enfin vu. A la simple écoute de ses hurlements insupportables et beaucoup trop répétitifs, je m'en étais fait l'image d'un sale morveux caractériel et égocentré au-delà des limites humainement acceptables. Le genre de trait de caractère objectivement impossible à déceler sur le visage poupon d'un enfant d'à peine un an. Et ben chez lui, si. Je vous jure qu'il a la tête de l'emploi. Une espèce de peste puissance mille complètement ingérable, c'est marqué sur sa tronche.
Ca promet, quoi.
Vivement qu'ils déménagent.
Mais revenons à nos bouchons.
L'essentiel était que le plombier se pointe à nouveau au plus tard le mercredi pour que je puisse me casser jeudi matin, comme prévu, pour ces putains de vacances utraméritées.
Oui à ce point-là.

En ce beau matin du mercredi 11 juillet 2007, je rentrais donc fourbu après une dure nuit de boulot sans sommeil. Fourbu, mais content, car l'heure des vacances avait sonné. Au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, je révisais le scénario du film des 24 heures à venir:
- Lancer quelques machines histoire d'avoir quelques slips boxers propres d'avance dans ma valise,
- Faire un peu de ménage et de rangement en mettant à contribution mon meilleur pote fraîchement débarqué de Mayotte la veille et hébergé chez moi. Oui, parce que si rentrer de vacances c'est toujours un peu la loose, c'est quand même plus agréable de revenir dans un chez soi un minimum propre et rangé.
- M'octroyer une bonne siestasse des familles histoire de récupérer un peu avant le repas du soir prévu chez les parents de mon pote louche, lequel se trouve être le cousin de mon meilleur pote.
- Commencer à faire mon sac pour jeudi matin n'avoir plus qu'à y glisser les quelques affaires ayant fini de sécher pendant la nuit.
- Encoder les derniers CDs achetés pour les emmener en Bretagne dans le wacos MP3.
- Essayer de remettre en état de marche les 3 enceintes sur 4 de l'autoradio qui étaient tombées en rade.
- Et puis sûrement d'autres trucs.
Bref une journée bien remplie en perspective, mais pour la bonne cause, donc content.

Revenu dans ma bonne ville de Pontoise, en rentrant dans l'immeuble, je me suis dit "Tiens, c'est curieux ça fouette carrément sa race dans cet escalier. Si ça se trouve ils font des travaux dans les égouts ou un truc comme ça...". Deux étages d'odeur d'oeuf pourri plus tard, en entrant dans mon appartement, je n'ai pas pu m'empêcher de constater que, merdalors, ça loufait encore plus chez moi que dans le reste de l'immeuble. Et aussi que les bruits de pas de mon meilleur pote dans la cuisine faisaient un plotch-plotch inquiétant au lieu du tap-tap règlementaire.
Tu sais quoi?
Deux centimètres d'une eau marronnasse et scandaleusement nauséabonde.
Dans ma cuisine.
Blasé.
Et crevé.
Même plus la force de m'énerver.
Basculement en pilote automatique: aller chercher les serviettes éponges pas encore sèches, et faire la même chose que tous les jours depuis plus d'une semaine. En pire, cette fois les pieds bien plantés dans une eau qui pue l'égoût et qui en a la couleur.
Le scénario élaboré en revenant qui part en fumée.
Se forcer à puiser dans les dernières réserves d'humour.
"Mais enfin, monsieur Ouille, pas avec votre poncho!.."
D'abord parer au plus pressé, éviter que l'eau ne quitte le solide carrelage de la cuisine pour aller imbiber les délicats parquets cinquantenaires des chambres et du salon.
Une fois l'inondation contenue, chercher une explication logique...

"Mais elle fait tourner une machine à laver cette conne!!!"
C'est ce que mon meilleur pote ou moi nous sommes exclamés en voyant de l'eau jaillir par tous les tuyaux d'évacuation de la pièce (évier, machine à laver, lave-vaiselle...). Oui, jaillir. A la façon des grandes eaux de Versailles. C'est ballot, on avait presque fini d'éponger.
En tout cas l'explication était évidente: le bouchon était juste descendu d'un étage dans la colonne d'évacuation. Du coup tout ce qui descendait de chez le voisin ressortait chez moi. Question de gravité, de vases communiquants, tout ça, tout ça.
Bref, alors que je lui avais dit, mais aussi à son mari de ne pas utiliser d'eau dans la cuisine, cette gourdasse faisait tout bonnement tourner une machine!
Toc-toc.
- "Qui c'eeeeest?!?!?
- C'est l'plombier l'voisin.
- Qu'est-ce qu'il y a?
- Ca coule encore encore, il faut arrêter la machine.

Après quelques secondes de réflexion, elle s'est décidée à m'ouvrir la porte. Oui, parce que ce que je ne vous ne savez pas encore à propos de mes voisins si cools, c'est qu'entre le moment ou tu toques chez eux et celui où il t'ouvrent la porte, il faut compter une bonne minute de conversation à travers la porte. Hyper convivial, je te dis que ça.
- Vous faîtes une machine?
- Oui, qu'est-ce qui se passe?
- Il faut l'arrêter, ça coule encore
- Oui mais on est au milieu du cycle...
- Tout ressort chez moi, il faut l'arrêter tout de suite.
- Mais oui, mais le plombier il avait dit que...
"

Peut-être une étincelle dans mon regard jusque là éteint par la fatigue et le désabus, va savoir, elle a dû sentir que ma main dans sa gueule était pour bientôt si elle s'aventurait à continuer sa phrase. Elle s'interrompit alors d'elle-même pour se justifier avec une vivacité que je ne lui soupçonnais pas. Elle m'expliqua en un souffle que le plombier venait de partir, qu'il était venu tôt le matin pour remettre du produit pour déboucher, qu'il avait fait des essais et que comme ça ne refoulait plus chez eux il en avait conclu que le problème était définitivement réglé. Il lui avait donc confirmé qu'elle pouvait se lancer dans une série de machines, ce qu'elle s'était empressée de faire vu le retard de plusieurs jours accumulés.
(Un peu, mais pas de beaucoup) mieux disposé à son égard, je lui répétai qu'il fallait qu'elle arrête sa machine, et m'en retournai chez moi assister mon meilleur pote aux prises avec le dernier tsunami.
Après un bon quart d'heure ayant nécessité la mobilisation de l'ensemble de mes serviettes de toilette sales ou propres, ma pauvre serpillière ayant depuis longtemps jeté l'éponge (hoho), nous avions pratiquement terminé quand...
"Mais elle l'a pas arrêté sa machine, cette conne!!!"
Sans doute poussé par la foi profonde dans le fait qu'il était hors de question qu'il passe le début de ses vacances en Métropole à esponger comme un connard de la flotte aussi puante que dégueulasse, mon meilleur pote s'est alors précipité chez la voisine en se retenant de la traiter de conne mais en ne se retenant pas de débrancher sans lui laisser le temps de réagir la machine à laver à l'origine du troisième raz-de-marée de la matinée! En n'oubliant pas en partant de lui intimer sur un ton lourd de menaces l'ordre de ne plus faire couler la moindre goutte d'eau dans sa cuisine.
A son retour, j'ai décidé qu'il fallait que je prenne un peu les choses en main dans cette histoire. Tant pis si ça faisait plus de 24 heures que je n'avais pas dormi.

Après que j'aie fait en sorte que l'agence immobilière ayant en gestion l'appartement de mes voisins et le syndic gérant la copropriété daignent se mettre d'accord quant aux responsabilités (financières, ça va de soi) de chacun dans cette affaire, le plombier est revenu établir son campement chez moi. Ca a juste pris la bagatelle de deux jours. Deux jours pendant lesquels nous avons vécu, mangé, dormi dans une atmosphère plus qu'écoeurante, carrément irrespirable. Le tout en se tapant des espongeages réguliers pour causes de voisins trop cons pour comprendre que quand on leur dit pas une goutte dans la cuisine, ça veut dire pas une goutte.
Pour la petite histoire, ça s'est terminé avec un débouchage par camion spécial à pression à base de 500 euros l'intervention, plus changement de la colonne d'évacuation dans ma cuisine par le plombier, lequel nous glissé que sur cette histoire rien qu'en matos il en avait eu pour 400 euros. Je pourrais me dire que je m'en fous puisque c'est pas moi qui paye... Mais bon, je ne serais pas étonné d'une légère augmentations des charges dans les mois qui viennent.
Enfin bon, vendredi 13 à 10h00, c'était fini. On n'a pas cherché à faire du ménage ou du rangement, juste laver les serviettes histoires qu'elles ne moisissent pas dans le jus de merde, passer un coup vite fait sur le carrelage et point barre. J'ai fait mon sac à une vitesse inégalée dans ma carrière, et à 11h00 on était barrés.
Direction la Bretagne, et les vacances.
Mais ça, je vous en parlerai peut-être une autre fois, sinon on va me dire que je fais vraiment trop long.

Là-dessus, je vous laisse, je compte bien profiter d'une de mes rares nuits non travaillées de ce début de mois d'Août. Ouaip, la reprise est chargée. Enfin bon, jeudi prochain j'ai une petite semaine sans bosser, je devrais pouvoir me reposer à ce moment-là...

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