Chimineks

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Mot clé - Le quotidien du super-héros

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mercredi 12 mars 2008

Oui mais en fait non (ou peut-être que si, mais rien n'est moins sûr)

Tout le monde a entendu parler du Triangle des Bermudes. En V.O. Bermuda Triangle, que l'on peut traduire par triangle du bermuda, ce qui ne rime pas à grand-chose puisqu'à la différence du slip brésilien qui en a deux, le bermuda n'a pas de triangle. Ahum. Et donc, là, maintenant tout de suite, sans même regarder sur Gougueule ni Ouikipédia, je suis capable d'affirmer que le Triangle des Bermudes désigne une zone maritime, située genre dans les environs des Bermudes, et de forme genre à peu près triangulaire. Même qu'au cours de l'histoire récente, des avions et des bateaux y ont mystérieusement disparu, sans qu'on ne les retrouve jamais. Si ça vous fait marrer ou que nous n'avez pas envie de vous taper encore un film de Bud Spencer et Terence Hill sur Direct8, vous pouvez toujours aller faire des recherches complémentaires sur le net, mais pour la compréhension du sujet du jour, ce n'est pas indispensable. Tant que vous avez capté le coup des avions et des rafiots qui s'évanouissent sans crier gare, ça devrait aller.

De la même façon que les bermudas, dont ils sont les grands-frères aux jambes plus longues, mes pantalons n'ont pas de triangle. Par contre il semblerait que l'un d'entre eux soit doté d'une caractéristique particulièrement étonnante, j'en ai fait la découverte pas plus tard que vendredi dernier. Etant plutôt du genre terre-à-terre, je n'ai pas l'intention de m'user les neurones pour échafauder quelque théorie fantaisiste concernant le phénomène dont je fus victime. Pour moi les choses sont claires, et facilement explicables. De mystère, il n'y a point. Allez, je vous la fais courte. Il me semble évident que la poche avant-gauche de mon pantalon en velours renferme une faille spatio-temporelle pouvant faire disparaître les objets qu'elle contient dans un univers parallèle. Ou les faire voyager dans le temps, je n'ai pas encore fini mes calculs. Toujours est-il que j'ai perdu mes clés, et que je ne trouve pas d'explication plus plausible.

Il se trouve qu'en guise de porte-clés, j'utilise un massif mousqueton d'escalade, souvenir glorieux du temps lointain où j'étais un rude sportif, très beau et très bien fait. L'avantage de cet énorme porte-clés, c'est qu'il m'est impossible de le perdre. Bien souvent, je l'ai dans une poche, et j'ai dans l'autre une quincaillerie abondante de centimes d'euros. Du coup, quand j'approche de ma démarche souple et nonchalante, on m'entend arriver. Au niveau du bruit, on hésite entre le Père Noël avec ses rennes ou un cow-boy façon Sergio Leone... Tout ça pour dire que je n'ai pas de mal à savoir si j'ai mes clés sur moi ou pas. Cela me vient sans doute du fait que gamin, j'avais juste une clé autour du cou. Et oui, en ce temps là, une seule clé suffisait il n'y avait pas d'interphone ou de digicode au bas des immeubles, et on se contentait d'une serrure à la porte de son logement, sans qu'il soit besoin de s'équiper en verrous supplémentaires ou autres portes blindées... Nan, je dis pas que c'était mieux avant, je dis juste que c'était pas pareil. OK, j'arrête. Bref, à force de galipettes, de déli-délos endiablées et autres randos sauvages en vélo-cross dans le bois de Cergy, je l'ai perdue plus souvent qu'à mon tour, cette clé. En soi ce n'était pas bien grave, mais le petit garçon anxieux que j'étais s'en faisait toute une montagne. C'est sans doute là l'origine de ma groportecléphilie.

Mes clés sont toutes accrochées à des anneaux. Un anneau pour les clés de ma belle italienne aux reflets d'argent, un autre pour celles de chez moi, un autre pour celles qui peuvent temporairement m'être confiées ou utiles (genre clés de chez les parents, de chez des amis, de la cave)... Chaque anneau est lui-même passé dans le mousqueton décrit plus haut, qui, pour être tout à fait précis, est un mousqueton de dégaine, c'est à dire un truc ultra-secure, ultra-solide, à base de ça peut te sauver la vie un machin comme ça. En tout cas, moi ça m'empêche de perdre mes clés, donc c'est tout comme. Du moins  c'était ce que je croyais...

Vendredi dernier, en fin d'après midi, j'ai eu une course à faire. Je suis donc sorti de chez moi, j'ai fermé la porte à clef, ouvert ma voiture, démarré ma voiture, roulé jusqu'au Shopi de chez Van Gogh, garé ma voiture sur le parking, refermé ma voiture, fait mes courses, payé mes courses, rouvert ma voiture, redémarré ma voiture, refait le trajet en sens inverse jusque chez moi, garé ma voiture devant l'immeuble, rerefermé ma voiture, et enfin tenté d'ouvrir la porte de mon immeuble. Tenté seulement. Parce qu'en fait, en ressortant mes clés de ma poche, je me suis aperçu que l'anneau contenant les clés de chez moi n'était plus là. C'est-à-dire que je n'ai pas perdu mes clés, j'ai juste perdu un bout de mes clés. Ce qui est juste tout à fait impossible si l'on s'en tient aux lois physiques communément admises en tant que celles régissant notre réalité. Normalement ça ne se peut pas. Avec celles de ma belle italienne aux reflets d'argent, les clés de chez moi sont celles qui ne quittent absolument jamais mon porte-clés. Mais genre jamais pour de vrai t'as vu.

Attention, je ne suis pas parfait. Ca se saurait. J'ai moi aussi droit à l'erreur. Les perdre toutes, avec le porte-clés, ne me paraissait pas impossible. Hautement improbable, mais pas impossible. Je veux dire, ça peut arriver à tout le monde après tout. Ce que je ne parviens pas à m'expliquer de façon raisonnable, c'est comment est-ce que j'ai pu perdre un seul anneau de clés à la fois! En même pas une heure. Et en ayant conservé en permanence mon mousqueton dans ma poche. Et donc les clés avec. Solidaires. Toutes. Sur le moment, j'ai bien sûr retourné mes poches quinze mille fois, passé ma belle italienne aux reflets d'argent au scanner, fouillé mon slip juste pour être sûr, refait le parcours à pied à cheval et en voiture, interrogé tous les suspects potentiels de les avoir retrouvés... En vain. Comme je commence à me connaître finalement assez bien, je me suis dit qu'il valait mieux je j'évite de m'énerver pour rien en cherchant le pourquoi du comment tout en me traitant de connard. Autant partir du principe que mes clés étaient perdues, point barre, et essayer de trouver une solution constructive.

En tant qu'irréductible locataire, il m'arrive parfois de me prendre le chou avec certains de mes toujours plus nombreux amis propriétaires. Ou collègues. Ou membres de ma famille. Enfin pas mal de monde, quoi. Parmi les propriétaires, on trouve en effet une frange importante et importune de mous du bulbe prêt à te tomber sur le râble à la première occasion pour te rappeler à quel point tu as tort de continuer à foutre ton pognon en l'air en restant locataire alors qu'être propriétaire c'est tellement plus mieux. Vous n'ignorez pas que je suis gentil. Je n'ai donc pas le "lâche-moi la grappe et touche à ton cul, connard" facile. Pour rester fidèle à moi-même, je m'astreins donc à expliquer patiemment à chacun de ces ayatollahs de l'accession à la propriété que si je continue à louer, c'est faute de moyens, pas de volonté. En général, c'est suffisant, mais il reste une portion d'abrutis qui refuse de comprendre que je préfère continuer à louer mon F3 charmant et bien situé en centre-ville plutôt que d'investir dans un F1 déprimant, loin de tout et de tout le monde, avec comme seul et unique motif de satisfaction le plaisir incommensurable d'être propriétaire d'un crédit sur 30 ans.

En attendant que mon pouvoir d'acheter un appartement ou une maison soit au rendez-vous comme promis peu avant mai 2007 par un mec aujourd'hui supposément haut placé, je reste locataire et satisfait de l'être. J'ai donc une propriétaire. C'est-à-dire que l'appartement que j'habite, il est à elle, tu vois. C'est exactement ce que je me suis dit après avoir pris conscience que bordel de nouille, je n'ai jamais eu l'idée lumineuse de laisser un jeu de clés de chez moi à des potes. Oui, c'est toujours quand on se rend compte qu'on ne les a pas prises au bon moment qu'on prend conscience de l'utilité fondamentale des précautions. Enfin bon, faute de proches en guise de solution de secours, je me suis dit que ma proprio serait celle d'où viendrait mon salut. Au pire, si elle n'était toujours pas revenue des sports d'hiver, j'aurais pu attendre son retour chez des potes. Après tout, j'avais sur moi mon kit de survie en milieu urbain (pour ceux qui ne le sauraient pas encore: carte bancaire, pièce d'identité et téléphone portable), avec en bonus les clés et les papiers de ma belle italienne aux reflets d'argent. Sauf que voilà, j'ai réussi à la joindre et j'ai appris à cette occasion que j'étais la seule personne de la galaxie possédant les clés de mon appartement. En tout et pour tout n'existaient que deux jeux de clés de chez moi: celui que je venais de perdre, et celui qui se trouvait dans le buffet de l'entrée. De l'autre côté de cette putain de porte fermée à clé. Youpi.

Dans ces cas-là, puisque ça fait un peu partie de mon métier, je sais comment ça marche. T'appelles un serrurier, et tu fais tes prières pour qu'il réussisse à crocheter ta porte sans avoir besoin de tout bousiller, et donc de tout remplacer. Moyennant plus ou moins de pognon, ça va de soi. Pas de bol, moi ça a été plutôt plus que plutôt moins. Rapport au fait que ma serrure c'était franchement pas de la merde. Rassurant dans un sens. Sur le moment je n'en avais pas conscience, mais j'étais rudement bien protégé, ça oui. Dommage qu'il ait fallu tout arracher pour que je puisse rentrer chez moi. Oh, je n'étais pas attaché plus que ça à mon antique serrure trois points, mais enfin, comme je ne pouvais pas laisser un trou béant en guise de dispositif de sécurité, il a bien fallu que je me résolve à la remplacer payer pour la faire remplacer. Je ne vous dis pas combien ça m'a coûté au total, c'est indécent. M'enfin disons que si je veux une PS3, je n'ai plus qu'à espérer qu'on se montre très gentil avec moi pour mon prochain anniversaire, parce que là, maintenant tout de suite, c'est clair que ça ne va pas être possible. Non, non, pas mal au cul, n'exagérons rien. Un peu blasé peut-être.

En même temps je ne peux pas tellement me traiter de connard sur ce coup-là, vu que normalement ça ne se peut pas. Le risque de prise de tête se situe plutôt au niveau de la recherche d'une explication à ce qui s'est produit pour amener à la disparition des clés de chez moi. Et juste de celles-là. Non, parce que ça ne se peut pas. Si, si, regardez, je l'ai déjà marqué avant. Et pas qu'une fois. Du moins, ça ne se peut pas si l'on s'en tient aux lois physiques qui s'appliquent à notre échelle et dans notre univers. En l'espèce, établir une théorie un peu "exotique" peut revêtir un certain intérêt dans la mesure où cela permet de se défaire de toute tentation de culpabilité, d'éviter ainsi des séances de dénigrement de soi aussi improductives que pénibles, et enfin de s'en tenir à la philosophie du "Bon, ben c'est comme ça, c'est comme ça, hein, on n'y peut rien, on ne va pas se mettre à s'arracher les cheveux pour un truc auquel on ne peut rien changer". Les religions naissent comme ça, alors je vous en prie, je vous en prie.

Comme spécifié au paragraphe troisième de cette publication, j'ai tendance à pencher pour la théorie du basculement des clés de chez moi dans un univers parallèle par le biais d'une faille spatio-temporelle intermittente située dans la poche avant gauche de mon pantalon en velours.  J'ignore comment il s'y est pris, mais parmi l'infinité de mes doubles habitant l'infinité des univers parallèles au nôtre, il s'en est trouvé un suffisamment malin pour trouver un passage entre nos deux dimensions et venir me chaparder mes clés. Sans doute parce qu'il avait lui-même égaré les siennes, ce con. Sympa, ouais, vraiment. Ah ça, ça se la joue gentil dans son petit univers de mes deux, mais en douce ça vient jouer les enfoirés chez les autres. Vive la France. Vingt sur vingt. Le jour où je me chope, j'me jure, je me fume. Je perds rien pour attendre. Je vais voir ma gueule, ouais.

Ahum.

La théorie du voyage dans le temps me paraît beaucoup moins crédible. Venir du passé pour me chourave mes propres clés n'aurait pas de sens, puisque, aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais perdu les clés de mon appartement avant la semaine dernière. Et surtout je ne me souviens pas avoir fabriqué une machine à explorer le temps. Donc non. Il me paraît également impossible d'être venu du futur pour me prendre mes clés. Merde, si à l'avenir je suis suffisamment balèze pour inventer une machine à voyager dans le temps, j'espère bien que je ne serai pas assez con pour négliger le problème du paradoxe temporel au point de ne pas hésiter à venir triturer mon propre passé et prendre par la même le risque d'annihiler ma propre existence future... A moins que je ne sois piégé pour toujours dans une boucle temporelle. Si ça se trouve je n'ai pu avoir l'idée de la machine à remonter le temps que grâce à la visite que je viens de me rendre à moi-même. Ce qui fait qu'en réalité je l'ai déjà fait avant. Je veux dire avant par rapport à après. C'est-à-dire aujourd'hui. Enfin vendredi. Enfin un autre vendredi d'avant l'après qui s'est passé exactement comme celui d'avant. Je veux dire le dernier. Bref, la théorie du pick-pocket venu d'un monde parallèle est quand même vachement mieux. Je veux dire, le but c'est quand même d'éviter de se prendre le chou, hein. Donc c'est la bonne.

Après, pour le Triangle des Bermudes, je n'en sais rien, alors ne me demandez pas.

Là-dessus, je vous laisse, après deux billets en moins de 24 heures, un coup de pierre ponce au bout des doigts s'impose. Pas envie de gâter la douceur légendaire de mes mains à coups de corne façon plante des pieds, non mais.
Bonne nuits les petits, et n'oubliez pas, pensez toujours à laisser un double de vos clés chez un proche, ça pourrait vous sauver la vie. Enfin la vôtre non, mais celle de votre serrure, peut-être. Ah, et tant qu'on y est, ne mets pas tes doigts sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort.
Que la force des cinq fruits et légumes par jour soit avec vous.

mercredi 20 février 2008

Extra ball

Ce soir je devais bosser pour la dernière fois du mois avant de prendre des vacances amplement méritées. Cependant, alors que je m'apprêtais à prendre mon service, il s'est avéré qu'à la faveur d'une amusante erreur de planning nous étions trop nombreux à être venus bosser. Toujours prompt à faire la preuve de ma légendaire abnégation dans ce genre de circonstances, j'ai pris sur moi de me porter volontaire pour rentrer à la maison et sacrifier ainsi une nuit de ce travail que j'aime tant. Physiquement et mentalement préparé à me taper une nuit quasi-blanche, me voilà donc seul chez moi à minuit du soir, sans rien d'autre à faire que zapper nonchalamment devant la téloche. Ou bien... Ou bien ça. Rattraper un peu de retard. Me dérouiller les doigts et le cerveau en tapant quelques lignes pour le plaisir des petits et grands.

Le fait est que je n'ai pas l'habitude de me lancer comme ça all'improvviso, sans la moindre idée de ce qui sera dit dans la phrase qui suit. Mais bon. On va le prendre comme un exercice intéressant. Un genre de freestyle littéraire. Ce n'est pas comme si je manquais de choses à raconter, que diantre. Quoique. Tout n'est pas bon à raconter. Dans ma vie. Oh, rien n'est inavouable. Dans ma vie. Mais tout n'est pas forcément digne d'intérêt. Dans ma vie. Hum. Que voilà un départ fulgurant. On est bien barré, là. A n'en pas douter, c'est de la notasse qui va déchaîner les passions, c'est certain. "Madame, Monsieur, j'ai l'honneur de vous faire savoir par la présente que mon quotidien récent est à ce point inintéressant que je préfère le passer sous silence plutôt que de vous en faire subir l'assommant récit". C'est bon, ça, coco.

Attention, je ne dis pas qu'il ne se passe rien. Mais que voulez-vous, mes problèmes de voisinage, mes soucis au boulot, mes histoires de famille, au bout d'un moment, j'ai plus envie d'en sortir que d'autre chose. Mais comment faire quand le cerveau n'est pas capable de sortir de ces thématiques dès lors qu'on lui laisse un peu de liberté de penser. Alors je préfère m'abrutir à coups de sport, de visionnage de films, de bouquinage, de Guitar Hero. C'est toujours mieux que de boire pour oublier. Mais la logique est la même. Et ça me dérange. De n'être pas capable de m'en dégager autrement qu'à travers ces formes de fuite. L'écriture n'est pas propice à la fuite. Ou à l'évasion, si on veut parler positif. Elle est le reflet de ce qu'on est, et en particulier des libertés qu'on arrive à s'accorder.

Je regrette de ne pas savoir tout envoyer péter. De ne pas savoir n'en avoir rien à foutre. Savoir dire merde au monde entier, sans se préoccuper des conséquences. J'imagine que j'ai été élevé à coups de concepts aux antipodes de ça. Je n'ai pourtant pas eu à subir le moindre soupçon d'éducation religieuse venant de mes parents, mais je me suis toujours comporté comme si je ne voulais pas faire de peine au petit Jésus. Il faut être gentil et poli, veiller à ne pas heurter son prochain, se mettre à la place de l'autre et essayer de le comprendre, avoir du respect pour chacun et pour chaque chose, avoir la foi en l'Homme, se garder des à-priori... Et à force de tendre la joue, tout ce que tu finis par ramasser, ce sont des baffes dans la gueule. Alors à quoi bon?

Le gentillesse est un piège. Et je suis pris dedans. Parce que je ne sais plus faire autrement. Et parce qu'il est trop tard pour devenir méchant. Méchant pour de vrai. Même rien qu'un peu. Juste savoir être un connard de temps en temps. Le temps de te dire que ta vie je m'en cogne. Mais ça je ne peux pas. J'ai beaucoup trop peur que tu te cognes de la mienne. Alors je suis gentil avec toi. Pour que tu sois gentil avec moi. Le problème c'est que ça ne marche pas à tous les coups. Il ne suffit pas d'être gentil pour être aimé. J'ai même parfois le sentiment qu'être méchant revient au même. A croire qu'il se trouve des gens qui aiment ça. C'est une théorie. Les gentils aiment les méchants. Et les méchants aiment les gentils. Question d'équilibre. De complémentarité. Heureusement, la vie est plus compliquée que ça, autrement elle serait bien monotone...

Je suis gentil. Je n'aime pas les méchants. Et encore moins les méchantes. Sans doute parce que celles que je préfère ce sont les gentilles. J'ai déjà eu à faire à de fausses gentilles qui finalement se sont révélées être des méchantes. J'ai aussi croisé des gentilles qui en fin de compte cherchaient plutôt un méchant. Mais, à mon grand dam, je n'ai pas croisé de vraie gentille qui cherche vraiment un gentil. C'est dommage, j'ai le profil idéal. Comme il est bon de schématiser. Surtout quand on est soi-même schématique. Nuances, nuances, nuances, que ne vous êtes-vous attardées sur ma petite personne? Juste une pincée, comme un sel de la vie. Globalement gentil, oui, mais pas soucieux d'infaillibilité, ça, ça m'aurait plu, bordel. Mais il est tard. Alors on fait c'qu'on peut avec c'qu'on a.

Là-dessus, je vous laisse, je dois aller pleurer sur le fait que les vacances sont enfin là, mais que cette année, pour la première fois depuis bien longtemps, il me faudra passer des vacances d'hiver sans ski (et même sans rien du tout faute de caillasse, en fait). Si t'as un chalet à la montagne et que tu sais pas quoi en faire pendant les trois prochaines semaines, fais-moi un signe.
Vas-y, fais pas ta pute.

dimanche 18 novembre 2007

La gravité du réel

Haha. J'adore ce titre. Il claque trop, un truc de malade.

Ahum.

Avec beaucoup de courage et d'abnégation, et peut-être un peu aussi parce que j'ai les yeux défoncés et la tête qui tourne d'y avoir passé trop d'heures, je me suis décidé à lâcher les manettes pour le clavier. Ce qui n'est franchement pas un truc facile. Parce que ce que vous ne savez pas encore, pauvre de vous, ceux qui savent me comprendront, c'est que Super Mario Galaxy est sans aucune contestation possible le meilleur jeu vidéo de tout l'Univers. J'en viens à désespérer de l'absence de preuves de l'existence d'univers parallèles, ça permettrait de se faire une meilleure idée de l'ampleur de la chose. Enfin bon, c'est plutôt chouette comme jeu. Et légèrement addictif, j'en veux pour preuve le fait qu'en général il faut se dire 20 fois "Allez, juste une dernière étoile et j'arrête" avant de se décider à appuyer sur le bouton off de la télécommande. J'ai les yeux qui piquent, vous n'avez pas idée.

C'est vrai que j'y ai quand même passé un temps considérable. Rendez-vous compte, je l'ai depuis vendredi après-midi, j'en suis déjà à 81 étoiles. Ah ben non, c'est vrai, vous ne pouvez pas vous rendre compte. Alors disons qu'en nombre d'heures, c'est un peu comme si j'avais décidé de me refaire la trilogie filmée du Seigneur des Anneaux. Deux soirs de suite. La version longue, bien sûr. Flippant, hein? Si je vous dis qu'il est cro cro bien, ce jeu, c'est qu'il l'est! D'où la peine que j'ai pu avoir à m'en arracher aux petites heures du matin automnal. Surtout pour retrouver la réalité et les lourds principes gravitationnels qui régissent ma relation avec notre globe terrestre. Ce n'est pas que je tombe, c'est que je suis cloué au sol. Beurk. Autant aller se coucher...

Si je n'étais pas dans une phase où j'ai justement décidé de n'en avoir rien à foutre de rien pour ce qui concerne la mise en conformité de mon existence avec les normes sociales habituellement en vigueur dans notre pays, je serais enclin à me poser des questions sur moi-même. Si on fait une petite liste non exhaustive, c'est à se demander s'il n'y aurait pas matière à trouver ça un peu révélateur. Parce qu'il n'y a pas que Mario Galaxy et son univers chatoyant et virevoltant où même si tu meurs c'est pas grave vu qu'il te reste encore 17 vies. Depuis quelques semaines il y a aussi les Annales du Disque-Monde dans lesquelles je me jette à corps perdu dès que j''en ai marre d'avoir les yeux collés sur un écran. L'écran sur lequel se succèdent des films hollywoodiens à mort, dans lesquels pleins de trucs improbables se passent et ou le gentil gagne toujours à la fin. L'écran du PC sur lequel je suis en ce moment même en train de taper cette note... Moi j'dis, ça fait du cumul quand même. Allez, je ne suis pas chien, je veux bien admettre que tout ceci puisse avoir un lien avec mon rapport au monde en ce moment. Et puisque vous m'êtes sympathiques, je veux bien aller jusqu'à consentir qu'il s'agit plus précisément d'un rapport avec mon monde à moi. Mais on va s'arrêter là, n'est-ce pas, car vous n'avez pas la forme d'un divan.

Tout ceci n'est pas pour améliorer le temps que je consacre à l'entretien de mon appartement. Pas plus tard que chaque fois que je sors de chez moi, car oui, tout de même, cela arrive, je me fais la réflexion suivante: mince, si l'envie me prenait d'inviter quelqu'un à l'improviste chez moi, je ne pourrais décemment pas le/la recevoir dans un bordel pareil. Quand je pars au boulot, j'ai même une version un poil plus glauque: mince, si j'avais un accident de voiture et qu'il faille que quelqu'un vienne chez moi me chercher des affaires pour le temps de mon hospitalisation, comment ce serait trop la honte. Donc oui, évidemment, vivre tout seul, halala, ma bonne dame, c'est tout de même une expérience incomparable, certes. Dégagé de la somme de contraintes que peut représenter l'Autre on touche du doigt ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue: la Liberté. Sauf que bon, le ménage, il ne se fait pas tout seul. Alors Liberté, oui, bon, n'empêche que de temps en temps c'est pas si mal de pouvoir compter sur l'Autre pour passer l'aspiro ou descendre les poubelles.

Il paraît que la meilleure solution pour maintenir son logement propre et bien rangé, c'est d'en faire un petit peu tous les jours. En tout cas, c'est ce que disent la plupart des gens que je connais dont l'appartement n'est pas le contraire d'une invitation. Rien à voir avec ma stratégie du "Un gros coup de rangeoss toutes les x semaines, du moins, si l'occasion se présente". Oui, je préfère écrire "x semaines", juste histoire de préserver ma part de mystère, cette petite touch perso qui les rend toutes folles. Non, ce n'est pas du tout pour éviter les remarques désobligeantes. Bref, il semblerait bien que ma façon de faire ne soit pas la bonne. La faute à un seuil de tolérance perché dans les limbes. Et aux circonstances. Maudits soient les dieux qui dans leur incroyable négligence ont oublié de faire de moi un allergique à la poussière. Parce que ça, ouais, dans le genre motivant pour faire le ménage, ça doit bien le faire. Que moi non. Je résiste aux milieux les plus allergènes et les plus pathogènes. J'aurais dû bosser au N.I.H., tiens.
(Haha, j'ai réussi à placer une référence à une série ricaine, ça y est, je suis trop dans la hype!)

Non, vraiment, la seule chose qui par le passé a pu me motiver pour jouer à l'aspirant mage du logis (ouais nan, fée ça fait trop gonzesse t'as vu), c'est de partager mon logement avec quelqu'un. Et pas forcément parce que je m'y sentais obligé pour cause de pratique du sexe avec l'autre partie, non, non, même en colocation fille-garçon dépourvue de toute ambiguïté (Rhââ, mais si-heu!), j'essayais de faire en sorte que ça ne vire pas trop crado sorti des frontières impénétrables de ma chambre. D'ailleurs pour peu que la ma-meuf ou la ma-colocataire se barre en vacances quelques jours, il me suffisait de quelques heures pour foutre un dawa sans nom dans tout l'appart'. Par contre, juste avant leur retour, ça redevenait über nickel, genre presque plus qu'à leur départ. Genre on a rien vu. Hein? Quoi? Comment? Du bordel ici? Non, franchement, ça m'étonnerait.

Evidemment, on pourrait trouver regrettable que je ne me préoccupe des conditions d'ordre et d'hygiène de mon habitation que dès lors que je sens qu'un regard potentiellement inquisiteur est susceptible de se poser sur les lieux. Oui parce qu'à la vérité, je me suis déjà dit qu'une solution efficace pour que je me mette à faire un peu plus attention pourrait être de trouver une meuf, sans forcément la faire habiter chez moi, ne nous emballons pas, mais bon, le genre à pouvoir débarquer sans prévenir. Parce que c'est ça en fait. Le problème. Enfin, mon problème. Je n'arrive pas à faire le ménage pour moi, je ne me contrains à le faire que pour les autres. Maintenant, est-ce qu'il faut en faire un drame? J'veux dire, c'est grave docteur? Si mon intérieur est lié à ce que je suis à l'intérieur, faut-il pour autant que je change mes habitudes de ménage? L'influence va-t-elle dans les deux sens? Y a-t-il une poule? Y a-t-il un œuf? En voilà des questions qu'elles sont bonnes, non? Mais qui ne changent rien au fait que le soir tombe et que je n'ai toujours pas passé la serpillière. Et que les conditions sont à nouveau idéales pour s'en aller explorer la Galaxie...

Là-dessus, je vous laisse, pour le bien-être de mes yeux je vais essayer de m'abstenir de repartir pour un nouveau marathon d'étoiles. Par contre il est trop tard pour enfiler les gants Mapa. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir foutre de ma soirée?

samedi 29 septembre 2007

Tant qu'il restera du pétrole

Faire des généralités, c'est mal. Je suis le premier à le dire. Je m'abstiendrai donc d'affirmer ici que les conducteurs de Porsche Cayenne sont des cons. Ne serait-ce que parce que l'échantillon statistique à ma disposition est trop restreint pour le considérer comme représentatif. Mon voisinage commerçant étant essentiellement composé de banquiers et d'agents immobiliers, il n'est pas surprenant que parmi eux l'on en trouve un petit nombre, trois pour être précis, qui a choisi pour se déplacer un 4x4 à la fois très moche, très cher, et du coup très tape-à-l'oeil. C'est le but. Ces braves gens ont une propension à garer leurs poubelles de luxe comme des porcs, s'appuyant sans doute sur l'idée, peut-être pas si dépassée que ça dans l'inconscient collectif, qu'un mec qui en a une grosse comme ça, ça se respecte. De là à traiter tous les possesseurs de ce genre de joujou de cons, il n'y a qu'un pas que je ne franchirai pas.

Pareil pour les agents immobiliers. L'image qu'ils ont est déplorable, on les envisage la plupart du temps comme des profiteurs, des parasites, voire même des escrocs. Et l'inflation du prix au mètre carré des ces dernières années n'est sans doute pas pour rien dans la perpétuation des préjugés dont ils sont victimes. Pour ce qui est de cette profession, et dans la mesure où j'habite certainement dans l'une des villes comptant le plus d'agences immobilières par habitant, que c'en est effrayant, t'as qu'à voir rien que dans un périmètre de 30 mètres autour de chez moi y'en a trois, et d'ici une dizaine de jours une quatrième ouvrira ses portes au pied de mon immeuble, je peux sans doute me permettre de l'ouvrir un peu plus. Parce qu'il y a de cela trois ou quatre ans, alors que j'en étais rendu au stade de la relation amoureuse où tu envisages de passer de la colocation à la copropriété, je me suis fadé la tournée de toutes les agences immobilières de la ville, c'est-à-dire une bonne quinzaine, et encore y'en a que j'ai pas faites. Et là je peux te dire que j'en ai vu de l'agent immobilier. Et ben l'adage se vérifie: y'a des cons partout. Mais pas que. Loin de là. D'où l'on peut déduire cet autre axiome rarement employé: y'a (aussi) des gens bien partout.

Comme vous pouvez le constater, la chasse aux préjugés et la foi en mon prochain sont deux hobbies que je m'enorgueillis de pratiquer, non sans un certain lyrisme quand l'occasion m'en est donnée. Le fait de me poser en exemple édifiant n'est pas pour me déplaire, ça doit être génétique. Je tiens ça de mon père, un modèle d'exemplarité redoutable dont j'ai longtemps dit que mon but dans la vie serait de tout faire pour ne pas lui ressembler. Comme quoi, qu'on le veuille ou non, certaines choses se transmettent et on ne peut rien faire contre...
Bref, si je déploie des efforts considérables pour ne pas être pris en défaut en matière de grands et beaux principes qui doivent gouverner une conduite exemplaire en tous points, je n'en reste pas moins homme. Il m'arrive à moi aussi d'avoir des moments de faiblesse. Et oui. La perfection n'est pas de ce monde. Que celui qui n'a jamais merdé me paye la première bière. Et toute cette sorte de choses. C'est un de ces moments où j'ai vacillé, faisant ainsi la preuve évidente de ma propre humanité, que je m'en vais vous conter, et si vous allez jusqu'au bout, il y a aura peut-être même un morale de l'histoire (mais c'est pas sûr).

Au pied des séculaires murailles du Mont Bélien, sur les bords paisibles de l'Oise, et donc devant chez moi, il est une vérité immuable qui ne connaît de répit que le temps d'un bref mois d'Août par an: c'est trop la misère pour se garer. Les places manquent, et malgré les efforts des autorités pour dissuader le pékin moyen de se pointer en ville en bagnole (places de stationnement en zone bleue, et à présent en zone payante), rien n'y fait, le problème persiste. En réalité, il n'y a rien de dramatique, pour peu qu'on se donne le temps de patienter quelques minutes, une place finit toujours par se libérer. Mais chez la majorité des conducteurs la patience est désactivée dès lors qu'ils sont au volant. C'est ce qui peut les pousser, au mépris de la législation en vigueur et de la préservation de la fluidité du trafic routier, à se garer en double file. Derrière une bagnole, quoi. A la limite, quand c'est juste pour le temps de l'achat d'une baguette chez le boulanger ou de la restitution d'un DVD au vidéo-club, passe encore. Mais dès lors qu'il y en a pour plus longtemps, je ne comprends pas. Si tu te gares en double file, c'est que tu n'as pas de train à prendre, donc c'est que tu n'as pas besoin de te garer comme ça. Vous l'aurez compris, je suis farouchement contre.

En tant que riverain possesseur d'une belle italienne aux reflets d'argents, j'ai plus souvent qu'à mon tour à subir le comportement incivil des sauvageons du stationnement. Notamment parce que je travaille de nuit. De fait, ma voiture est là tous les jours. Ce qui fait que quotidiennement un bon paquet de caisses se retrouvent derrière la mienne pour plus ou moins longtemps. L'immense majorité du temps, je m'en fous. Mais bien entendu, il arrive bien souvent que cela se produise pile au moment où j'ai besoin de quitter ma place pour aller voir ailleurs si j'y suis. Et là, ça me gonfle.
Généralement, il faut bien le dire, l'importun mal garé m'a dans son champ de vision, et après m'avoir vu jouer la pantomime de celui qui cherche du regard avec une gestuelle façon film muet, il se précipite pour remédier à la situation en prenant l'air désolé de circonstance du gamin pris en faute. A ce moment -là, je veux bien prendre mon air le plus patelin et faire grâce d'un merci débonnaire à souhait qui semble dire "Hahaha, et que je ne t'y reprenne plus, sacripant(e)". Au pire, il me faut parfois aller débusquer mon gêneur jusque dans la boulangerie ou le vidéo-club, ce qui est d'une effacité remarquable, la plupart de mes concitoyens n'appréciant pas des masses le fait de se faire afficher, pris en flag' d'incivilité notoire. Reste la situation, heureusement rare, où personne ne se pointe, et où je n'arrive pas à mettre la main sur le coupable. Et là, ça me gonfle.

En cas de non-présentation dans la minute d'un conducteur susceptible de dégager le tas de boue qui me bloque le passage, j'ai trouvé une solution, particulièrement primaire, mais redoutablement efficace: je m'installe confortablement au volant de ma belle italienne aux reflets d'argent, j'enfile ma ceinture de sécurité, je lance l'autoradio et enfin j'appuie sur le klaxon. Jusqu'à ce que quelqu'un se pointe. Ca marche du tonnerre. Bien évidemment, un coup de klaxon qui s'éternise plus de 30 secondes et escagasse par là-même l'ensemble des esgourdes situées dans un rayon de cent mètres n'est pas difficile à comprendre et ne veut dire qu'une chose, comprise par l'ensemble de la portion d'Humanité pourvue d'un permis de conduire: "Tu vas la virer ta bagnole, connard?!?!?". Et comme personne n'aime se faire traiter de connard en public, même en langue klaxonne, ça engendre forcément un regain de tension dans l'air. Et donc des bastons de regards particulièrement vigoureuses au moment où le connard croise mon regard à travers le pare-brise en rejoignant sa bagnole. Mais c'est moi qui ai raison. Donc la bagnole dégage vite fait. Et tout le monde sait qui est le connard en tort, y compris lui-même. J'aime les situations claires.

L'autre jour, alors que je devais partir pour un rendez-vous important au point que j'y consacre régulièrement une part de mon budget, et que je n'étais déjà pas en avance, je n'ai pas pu m'empêcher de remarquer la seule bagnole garée en double file du quartier. Comme de par hasard pile derrière la mienne. C'était un gros Porsche Cayenne noir sa race. J'ai tenté le sketch du type qui veut mimer la tour de contrôle, nada, personne ne s'est radiné. J'ai jeté un oeil chez le boulanger, pas un client dans l'échoppe. Je suis allé faire un tour au vidéo-club, et, après avoir obtenu le consentement du vendeur, ai poussé une gueulante pour savoir si quelqu'un était le propriétaire du char d'assaut à 60 k€ qui me faisait chier, en vain. Comme à mon habitude, estimant qu'il était hors de question que je me tape le tour des agences immobilières et des banques de la rue pour aimablement prier mon fâcheux du jour de bien vouloir avoir la bonté de consentir à me permettre de me déplacer à ma guise, j'ai mis en oeuvre la procédure d'urgence dite de la "sirène à connard". Trente secondes de hurlements de mon klaxon on suffi à faire surgir de l'agence immobilière située deux étage en-dessous de chez moi, donc approximativement à 3 mètres de ma voiture, un cinquantenaire quelconque, le portable à l'oreille et les clés à la main. L'échange de regard règlementaire à travers le pare-brise a bien eu lieu, mais ce piaf-là, toujours le portable à l'oreille, passant à côté de moi, s'est permis de se baisser et à travers la vitre de la portière de me dire un truc du genre "Non mais ça va pas, 'faut se calmer, hein" accompagné d'un geste de la main façon secouement qui dit "T'es complètement malade ou quoi?". C'était pas le jour à me chercher.

En l'espace de 5 secondes j'étais sorti de la bagnole, fermement décidé à établir qui avait raison et qui avait tort. J'vous la fais façon dialogue:
- Moi (à environ 47 de tension, sur un ton à la tu veux t'batt'): Quoi quoi quoi?
- Connard (consentant à se décoller le portable de l'oreille): C'est pas la peine de klaxonner comme un malade, je suis juste là!
- Moi (à bloc): Quoi??? Mais comment est-ce que vous voulez que je sache où vous êtes, moi???
- Connard (Call me Supasta): M'enfin vous savez bien que c'est ma voiture!
- Moi (interloqué mais toujours vénère): Et comment est-ce que je peux savoir que c'est votre voiture?!?!?
- Connard (Mode suffisance +++): Vous savez bien que je travaille là, chuis l'directeur de l'agence, vous savez bien que c'est ma voiture...
- Moi (incrédule et hurlant): Mais vous croyez que je sais à qui appartiennent toutes les bagnoles de la rue? J'en sais rien rien moi que c'est votre bagnole, et de toutes façons qu'est-ce que ça change, elle a rien à foutre là votre caisse!!!
- Connard (Sur un ton à donner des envies de poing dans sa gueule): Pfff mais vous savez bien enfin, et puis de toutes façons elle est tout le temps là votre voiture...
- Moi (A peine reconnaissable tellement je suis jamais comme ça): Mais j'en sais rien, bordel, et d'abord qu'est-ce que j'en ai à foutre, qu'est ce que ça peut foutre que je sois garé là tout le temps, vous n'avez rien à foutre là!
- Connard (d'façons chais mieux qu'toi, ouvrant sa portière): J'la vois tous les jours votre voiture, j'la connais...
- Moi (des images de batte de baseball plein la tête): Mais qu'est-ce que ça peut me foutre!?!?!?!?!?!?!?!
- Connard (entrant dans sa poubelle, parlant à son portable): Nan excuse moi, deux secondes.... (à mon endroit, sur le ton de celui qui sait qu'il a raison et n'entend pas prolonger la conversation au-delà) Ecoutez, de toutes façon, j'y vais, hein, mais bon j'la connais votre voiture...
- Moi (pas du tout décidé à en rester là): MAIS QU'EST-CE QUE J'EN AI A FOUTRE!?!?!?!?!

Là-dessus Connard de la fôret referme sa portière. L'espace d'un instant la pensée m'est venue que je pouvais fort bien le sortir de sa caisse de force, le choper par le colback et lui hurler aussi fort que nécessaire des insanités jusqu'à lui faire admettre que le connard c'était bien lui. Quitte à lui coller un ou deux poing dans sa gueule d'agent immobilier de merde. Et puis me rappelant que j'étais déjà à la bourre pour mon rendez-vous, j'ai finalement regagné ma voiture, non sans le saluer d'un bruyant "Va te faire foutre pauv' type" (manque d'inspiration ou politesse inébranlable?) que j'ai espéré assez sonore pour que son interlocuteur en profite de l'autre côté du portable.

Je vous raconte pas mon état de nerfs en sortant de cet entretien. Je ne supporte pas plein de trucs un par un, mais alors quand j'ai droit à un cumul dans le genre, ça me hérisse comme rarement: ne pas respecter les autres par principe, ne pas reconnaître ses torts, se la péter notable devant moi, me la jouer condescendant voire même carrément méprisant... Tout ça en même temps, je crois qu'on me l'avait encore jamais faite. Je te jure, j'ai vu un mec fait entièrement de défauts, rien pour lui, l'essence absolue du connard. Pas la moindre étincelle de respectabilité qui aurait pu me donner envie de lui trouver une excuse, chose que je suis pourtant capable de faire avec des abrutis de niveau compète. Mais là, non. Une heure après, en revenant de mon rendez-vous, j'en étais encore à me demander jusqu'à quel point je ne serais pas parfaitement dans mon droit en défonçant sa putain de caisse à coups de masse, ou en allant brûler sa putain d'agence immobilière de merde.
C'est la raison pour laquelle je me suis autorisé, une fois n'est pas coutume, à passer chez Jean-Pierre le soir, pour aller prendre un petit apéro, au lieu des cafés dont je me contente habituellement.

A ce moment-là, c'est-à-dire en arrivant au bistrot, je crois que j'y étais. J'avais atteint le stade des généralités. J'avais beau lutter contre, me dire que non, ce n'était pas bien, peine perdue: les conducteurs de Porsche Cayenne étaient probablement des cons. Pareil pour les agents immobiliers. En tout cas, j'étais encore à 30 de tension. Avec un bon gros besoin d'évacuer. Coup d'bol, les camarades de comptoir du moment se sont trouvés être de la famille des gens sympa, prêts à m'écouter dire du mal de mon prochain sans la moindre retenue. Il se trouve que le prochain en question n'avait pas forcément bonne presse dans l'assemblée, mes récriminations étaient donc reçues avec bienveillance. En fait j'avais raison. Le connard était bien un connard... Et rien que ça, ça m'a fait du bien, vous pouvez pas savoir. Enfin peut-être que si.
Le truc c'est que, soit je raconte bien les histoires, soit ça devait vraiment se voir que j'étais crispé, parce que figurez-vous que le Jean-Pierre, et ben il me l'a offert l'apéro. Yeah. Du coup, j'en ai repris un autre. Et là c'est un autre client qui me l'a offert. Re-yeah. Et comme ce client était (un autre) agent immobilier, mais de la race des gentils, simples et honnêtes, j'ai pu foutre à la poubelle toutes mes généralités en à peine le temps d'un apéro bien sympatoche.

La morale de cette histoire me paraît un peu floue. Je reviens à ma position de départ qui consiste de façon ferme à ne pas dire du mal des agents immobiliers dans leur ensemble. Pour ce qui est des conducteurs de Porsche Cayenne, c'est un peu moins tranché. Effectivement je ne les connais sans doute pas encore assez bien pour statuer de façon claire. Toutefois, après discussion avec mes confrères spécialistes ès-psychologie de comptoir (au sens propre du terme cette fois-ci!), je m'accorde le droit de m'interroger sur les motivations profondes des amateurs de grosses caisses qui coûtent cher. Pour ce qui est des agents immobiliers possesseurs de Porsche Cayenne, je n'ai qu'un seul exemple sur lequel m'appuyer, néanmoins, je suis tenté de dire que là, j'voudrais pas dire, mais je suis désolé, quand même, hein, bon.
En tout cas, j'en connais qui désormais feraient bien d'éviter de garer leur grosse teutonne moche derrière mal belle italienne aux reflets d'argent, faute de quoi je ne m'interdis pas de prendre le temps nécessaire d'expliquer ma position avec force moyens coercitifs si la situation l'exigeait.

Là-dessus, je vous laisse, je vais méditer sur le fait que septembre 2007 n'aura été qu'un cuisant échec. En matière de grille-pain.
Sinon ça allait.

vendredi 31 août 2007

Plus belle la vie

Ne reculant devant aucun sacrifice dès lors qu'il s'agit d'abonder dans le sens de l'élégance et de la distinction, je me suis offert une nouvelle poubelle pour ma cuisine. Attention, hein, une vraie poubelle de compète, à pédale, chromée et tout, genre si je te dis le prix tu risques de donner dans la réflexion désobligeante. A ce sujet, j'en dis pas plus, je n'ai pas envie de rappeler que je fais encore ce que je veux avec mes sous-sous à moi. Et puis de toutes façons, ça faisait bien longtemps que j'avais décidé de cet achat, on est donc bien loin du compulsif.
Si.

Je n'ai pas honte de le dire, j'avais déjà une poubelle. Le genre qui date d'avant le recyclage, en plastique blanc ordinaire, d'une contenance maousse, puisqu'elle sied aux sacs d'un volume de 50 litres. Pour ne rien vous cacher, il s'agit d'un des rares objets qui me restent du temps chaque jour plus lointain où je partageais gîte, couvert et plus puisqu'affinités avec une jeune femme collant parfaitement à mes goûts du moment.
A l'époque, où, les yeux encore mouillés d'émotion au moindre achat effectué en commun, nous avons investi dans ce réceptacle à ordures de grand volume, il n'était pas encore question de trier ses déchets. Si l'on ajoute à cela le fait que nous cumulions alors les capacités détritogènes de deux adultes en pleine possession de leurs moyens, l'on comprendra aisément qu'une benne aussi imposante se justifiait sans peine. Trois ou quatre jours suffisaient à la remplir et à déclencher la traditionnelle cérémonie du "Chéri, tu penseras à descendre la poubelle?".
Depuis, bien des choses ont changé.

Ce n'est pas pour me vanter, mais à moi tout seul, il se trouve que j'engendre une quantité d'ordures ménagères tout à fait raisonnable. A la vérité, depuis la mise en place du tri sélectif dans ma commune, réussir à remplir une poubelle de 50 litres dans un délai raisonnable a fini par devenir une mission quasi impossible.
Le problème, c'est qu'une fois dégagé de la poubelle habituelle tout ce qui semble digne d'être recyclé, n'y restent en majorité que des déchets organiques. Périssables, donc. Qui deviennent tout pourris, quoi. Et ça, quand on a une grosse poubelle, c'est un tout petit peu embêtant. Parce qu'au bout de 15 jours, les vieilles épluchures de pomme de terre, les peaux d'orange ou les trognons de poire, croyez moi, ça commence à loufer sévère. Genre des fois ça peut même attirer les mouches. Moyen classe, quoi.

Il fallait donc trouver une solution pour assurer une rotation des sacs poubelle plus régulière. Une solution économique eut été de dire stop au tri, mais je suis beaucoup trop respectueux des consignes municipales pour me laisser aller à ce genre d'incivilité. Du coup, je me suis dit que ce serait une vache de chouette idée de diminuer la taille des sacs poubelle, et par voie de conséquence la taille de la poubelle elle-même. Et par la même occasion d'en choisir une un peu stylée, t'as vu.
Sauf que des poubelles qui chient la classe, c'est pas pour dire, mais c'est pas si évident que ça à trouver. Entre le moment où j'ai décidé que le temps du changement était venu pour cet aspect-là de mon équipement domestique et la réalisation du projet, il s'est écoulé plus d'un an. Je vous rassure, je n'ai pas passé l'année écoulée à rechercher une poubelle de remplacement, j'ai quand même réussi à consacrer mon temps et mon cerveau à deux-trois autres trucs.
Et donc avant-hier j'ai fini par trouver.

La recherche, toutes proportions gardées, je rappelle que je réside dans le Far West, mais de la région parisienne seulement, la recherche, donc, fût longue et pénible. En effet, si j'étais fermement décidé ce jour-là à ne regagner mon domicile qu'avec une poubelle sous le bras, je n'en avais pas moins conservé farouchement la volonté de trouver quelque chose qui corresponde parfaitement à mes goûts et mes exigences. C'est donc après avoir écumé l'ensemble des poubelliers potentiels du périmètre, et presque en désespoir de cause, que j'ai atterri au Castorapouêt du coin, peu confiant dans mes chances de succès, pour cause de déceptions passées multiples dans ce lieu de perdition.
Et ben tu m'crois, tu m'crois pas, j'ai trouvé. Dingue, non?
En tout cas, pour une fois, j'avais réussi à atteindre l'objectif qui m'avait servi de prétexte à fuir mon appartement.
Fuir?
Haha, mais oui. Et voilà qui mérite bien une explication, non?
Oui, parce que si la narration de l'achèvement de la quête en lui-même est déjà captivant, sachez que son origine presque accidentelle relève carrément du passionnant.
Voyez plutôt...

Pour peu que le hasard fasse s'accumuler les menus tracas durant une période de leur existence, certains sont facilement tentés de sombrer dans l'auto-victimisation à outrance, poussant le vice jusqu'à s'imaginer visés par quelque sombre malédiction.
N'importe quoi. 'Faut quand même pas exagérer.
Non, moi, et je peux vous dire que je sais de quoi je parle, moi, je suis victime d'une vraie malédiction. Et je ne vous parle pas de mes taquins voisins et de leur propension familiale à faire plus de bruit que la troupe de Flamenco du Conservatoire de Séville un soir de gala, pfuh, ça c'est rien du tout, c'est du normal, du banal, même, ça peut arriver à tout le monde, comme on dit.
Non, moi je vous parle d'une malédiction dont l'existence est statistiquement attestée par une période d'observation de cinq années, c'est-à-dire depuis mon installation dans cet appartement.

Depuis que j'habite ce cossu mais chaleureux F3, il ne s'est jamais écoulé plus de 9 mois sans que soient entrepris dans mon environnement immédiat des travaux pharaoniques et considérablement bruitogènes. Si l'on remonte à mon arrivée en 2002, j'ai eu droit, en vrac, à:
- La restauration et la consolidation de la muraille mutiséculaire sise à 10 mètres de mes fenêtres côté cour,
- Le ravalement de la façade de l'immeuble de gauche,
- La rénovation du pont qui enjambe l'Oise sous mes fenêtres,
- La remise à neuf de l'appartement d'en face,
- Le repavage de la rue,
- Le ravalement de façade de l'immeuble de droite,
- L'aménagement d'un appartement de l'immeuble de droite pour le transformer en salon de beauté prout-prout ma chère,
- La rénovation de l'appartement du dessus,
- Le ravalement de façade de mon immeuble...
Et je suis sûr que j'en oublie.

En ce moment, et au pied de mon immeuble, j'ai droit à la transformation des locaux de l'ancienne presse-librairie qui vient de fermer en une pimpante agence immobilière. Il est vrai qu'avec 3 autres agences immobilières déjà présentes dans un rayon de 30 mètres au pied de mon immeuble, on frôlait la pénurie... Enfin bon, toujours est-il que depuis lundi dernier, un commando d'ouvriers énergiques et motivés s'est attaqué aux locaux à grands coups de marteau-piqueur pneumatique et de perceuse à mèche de 40, avec pour ambition de tout casser pour mieux reconstruire. En tout cas, c'est ce que laissent supposer les bruits cataclysmiques qui s'élèvent du rez-de-chaussée et viennent heurter de plein fouet mes tympans qui n'avaient rien demandé deux étages plus haut.
Pour tout vous dire, je m'y attendais.
Le marchand de journaux ayant fermé ses portes depuis mi-juillet, et son remplacement par une agence immobilière ayant rapidement été officialisé, je me doutais que des travaux seraient entrepris pour aménager les locaux pour leurs nouvelles fonctions.
Par contre, je ne me doutais pas que les gars mettraient autant de vigueur dans leurs travaux...

Mardi matin, je fûs donc réveillé par les doux hurlements de deux perceuses à percussion, modèle "Quand je veux je perce deux mètres de béton avec ma bécane" à en juger par le bruit qu'elles engendraient. Si tu veux, ça avait beau se passer au pied de l'immeuble, c'était comme si on s'était amusé à percer le mur porteur au creux de mon oreille. Le truc carrément intenable. En gros il fallait que je m'arrache.
Qu'à cela ne tienne, j'ai enfilé vite fait quelques nippes et m'en suis allé chez Jean-Pierre me décoller les paupières à coups de cafés au comptoir, avec pour ambition de trouver quelque activité extérieure me permettant d'échapper au tumulte en cours dans mon immeuble.
J'ai commencé par une bonne grosse session rollers, qui pour décrassante qu'elle fût, n'en constitua pas moins un excellent prélude à la sieste réparatrice. Sauf qu'une fois rentré chez moi, il me fallut bien vite réaliser que le repos du rider devait être remis à plus tard. Z'étaient toujours en train de tout démolir...

C'est alors que, les neurones légèrement en berne, j'eus la lumineuse idée de partir en quête d'une nouvelle poubelle. N'en étant pas à mon coup d'essai pour cette recherche particulière, je comptais bien y perdre un temps considérable, et estimais même mes chances de réussite à une sur dix. Pas grave, l'essentiel était de tuer le temps en attendant que les ouvriers rentrent chez eux.
Et puis voilà, t'as vu, finalement j'ai réussi à trouver. Et c'est cool. Parce que l'inconvénient de la technique du "Partir en quête d'un improbable objet pour éviter d'être chez soi", c'est que neuf fois sur dix tu reviens bredouille. Même si l'objectif de base c'est de faire passer les heures pour les faire passer, mine de rien c'est quand même frustrant de finir les mains vides.
Que là, non.
Et ça c'est bien.
Ahum.
Voilà.
J'ai fini mon histoire.
C'était bien, hein?

Là-dessus, je vous laisse, je dois réfléchir à la question fondamentale de savoir ce qui est prioritaire: acheter un grille-pain ou remplacer ma table à repasser bancale? Dans les deux cas, ça fait deux ans que je me dis qu'il faudrait que je me décide, mais j'hésite encore.
C'est compliqué la vie.

P.S.: Je ne vous ai pas raconté comment j'ai nettoyé la grande poubelle blanche en plastique pour en faire ma poubelle à recyclage, j'avais peur que ça soit trop d'émotions pour vous. Sachez simplement que les sacs "spécial-recyclage" que nous fournit la ville font pile-poil 50 litres et s'adaptent donc parfaitement à cette poubelle. Vous avez le droit de pleurer de joie.

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