Les enfants, l'heure et grave. Depuis l'extraordinaire saga de la poubelle chromée, contée pas plus loin qu'ici, je me sens l'âme d'un conquérant de la déco, d'un tortionnaire de la carte bancaire, d'un Attila de l'achat compulsif contrarié. Avoir réussi à dégotter l'indégottable a redonné souffle et élan à ma soif de posséder le parfait intérieur du trentenaire à la fois sobre et trendy.
Armé de ma motivation et d'un compte en banque solidement positif par la grâce de la récente paye, je me suis donc aventuré cet après-midi dans la plaine sauvage et industrieuse de la mondialement renommée Patte d'Oie d'Herblay, où un célèbre fabricant de meubles issu du pays des Krisprolls a établi une succursale. D'autres enseignes concurrentes bien d'chez nous disposant elles aussi de magasins dans cette zone lugubre et impraticable pour l'insensé qui déciderait de s'y engager à pied, je me suis dit qu'aujourd'hui pourrait bien être le jour du chevet.
Ouais, parce que t'sais, ça fait plus de deux ans que je vis sans table de chevet à côté de mon lit. Ce qui est tout à fait intolérable.

Vous n'êtes pas sans savoir, ou alors ça veut dire que vous n'avez pas tout lu mon blog et ça c'est très vilain, que je travaille de nuit. Cette regrettable manie présente au moins un avantage, c'est que pour ce qui est du shopping, je peux me permettre de le pratiquer à des heures où le commun des mortels vient à peine d'attaquer sa longue et pénible journée de boulot. Ce qui fait que j'ai l'habitude de fréquenter les magasins à l'heure où les vendeurs ont encore la marque de l'oreiller sur les joues et où surtout il n'y a pas un rat dans les rayons.
Sauf qu'aujourd'hui était un jour un peu particulier, puisque les enfants profitaient de leur dernier jour de vacances. Or, va savoir, pourquoi, il semble exister une catégorie de parents qui dans ces circonstances, plutôt que de coller les gosses devant la télé avec l'intégrale de Dora l'exploratrice ou tous les dévédés de chez Pixar, préfère les emmener faire une ballade à Ikea, histoire de bien se crisper avant la rentrée.
Oui, parce que du coup, j'ai pu voir que c'était vrai, et pas juste une légende urbaine: aller chez Ikea ça énerve les gens. Que ce soit la famille Groseille ou Lequesnoy, le petit couple débutant ou confirmé, ou encore la bande de colocs en vadrouille, le fait de se balader d'armoire Skëdsgründ en fauteuil Klümptvlaärd suffit à instaurer un climat guerrier autant qu'haineux au sein d'entités sociales pourtant initialement en parfaite harmonie...
Un jour j'écrirai une thèse là-dessus si j'ai le temps, mais c'est pas l'sujet du jour.

Personnellement, quand je mets les pieds dans un magasin d'ameublement et/ou de décoration, déjà j'y vais seul, et ce n'est pas pour y traîner pendant mille ans. En gros, soit je sais exactement ce que je suis venu chercher et je fonce droit au but, soit il me suffit de trente secondes pour me dire que puisque je n'ai aucun objectif précis c'est qu'en fait je n'ai rien à foutre là. Efficacité avant tout, on n'est pas là pour flâner, palsambleu. Ce qui explique que dans ce genre d'endroit je me déplace à la vitesse du banlieusard arrivé aux Halles par le RER A qui doit encore aller choper la ligne 7 avant d'espérer arriver au boulot. Vite, quoi (Je le précise pour nos amis provinciaux qui goûtent, sans forcément en avoir la pleine conscience, aux délices d'une vie loin des turpitudes et du stress de Paris et sa banlieue).
Quelques minutes m'ont donc suffi pour parcourir quatre enseignes, non sans avoir pris soin de bousculer le quota minimum de blaireaux ayant eu l'audace inouïe de croiser impunément mon chemin, et constater qu'aujourd'hui ne serait pas le jour du chevet.
Sob.
On ne peut pas gagner à tous les coups.
M'enfin du coup je m'interroge.

En matière de goûts et de couleur, je dois bien l'avouer, je suis un peu difficile. Mais pour des tables de chevet, est-ce bien nécessaire?
Dans ma chambre, en plus de mon lit, il y a deux meubles: une armoire et une table basse, toutes deux tunées par mes soins, ou customisées si vous préférez. En fait par rapport à leur design d'origine, je les ai simplement teintées dans une couleur qui me plaît, cirées staïli la classe t'as vu, et enfin affublées de poignées plus sympa que celles fournies au départ. Pour vous donner une idée, à la base l'armoire est comme ça, et moi j'en ai fait ça (La photo est volontairement moche, vous pourrez critiquer tout ce que vous voudrez, moi je sais très bien qu'en vrai c'est hachte mieux). Délire similaire pour la commode. Du coup les deux meubles sont finalement plutôt bien assortis.
Et c'est là que point mon interrogation.
Je me demande en fait s'il est indispensable que mes tables de chevet soient assorties à l'armoire et à la commode. Genre teinte identique et poignées de tiroirs coordonneés. Ce qui est totalement introuvable dans le commerce, force est de le constater. La solution pourrait alors être de se refaire une session tuning de meubles, mais bon, là, franchement, ça me gave un peu. En même temps je vois pas tellement d'alternative, vu que mon avis c'est que oui, il faut que tout soit coordonné, faute de quoi ça fait nul.
Vous en pensez quoi, vous? Je me prends la tête pour du vent ou pas?

Là-dessus, je vous laisse, il me faut aller me préparer un petit plat qui me permettra à lui tout seul d'atteindre l'objectif national des cinq fruits et légumes par jour.
En même temps, en sélectionnant la bonne pizza, ça doit être possible d'arriver à cinq...
Luigi, amico mio, ti chiamo subito!