Comme cela m'arrive environ toutes les trois semaines, cet après-midi je me suis dit "mon petit gars, ça peut plus durer, aujourd'hui, c'est le jour où tu ouvres ton courrier!". En général ça tombe le même jour que celui du "mon bonhomme, va falloir ranger un chouïa ce bordel, t'auras l'air de quoi si tu ramènes une gisquette à la maison, hein?". Et je ne vous parle pas de la vaisselle.
Bref.
Aujourd'hui, donc, on peut estimer que, mises côte à côte, les enveloppes à moi destinées en attente de traitement permettaient, en gros, de recouvrir l'ensemble du plateau de mon super buffet dans l'entrée que c'est moi qui l'ai fait et que tu pleures tellement il est beau.
Finalement, ça fait peu.
Que veux-tu, à part les relevés que m'envoie gentiment ma banque alors que je consulte mon compte sur internet en moyenne 2 fois par jour, mes différents opérateurs de télécommunications et leurs factures moultement détaillées, et la triade des vépécistes qui me pourrissent ma boîte aux lettres d'offres plus ou moins faramineuses en m'appelant Madame un coup sur deux (tout ça sous prétexte qu'un jour maintenant lointain je leur ai acheté 1 slip ou 1 paire de chaussettes), on ne m'écrit pas tellement.
J'aimerais pouvoir vous dire que je suis l'incarnation en vrai et en vivant de Gaston Lagaffe, mais non. Question de proportions. Pour mémoire, le courrier qu'il était supposé classer était celui destiné à l'ensemble de la rédaction de Dupuis. De mon côté, je n'ai à gérer que celui adressé à l'ensemble de moi-même. Ce qui fait beaucoup moins.
M'enfin, dans la mesure de mes moyens, je paye mon hommage.

Comme vous ne pouvez plus l'ignorer, chers innombrables et estimés lecteurs, je travaille de nuit. Ces horaires de travail un peu particuliers ayant une fâcheuse tendance à bousiller prématurément la santé et à empêcher toute vie sociale équilibrée, je bénéficie en compensation d'émoluments considérables grâce auxquels je peux mener grand train sans crainte excessive du lendemain, au moins d'un point de vue financier. T'as qu'à voir, j'en suis déjà à mon troisième nom de domaine, c'est dire.
Il y a quelques années, constatant une hausse remarquable de mes revenus, brusquement passés du stade "argent de poche de papa-maman" à celui de "ministériels", ma banquière m'a offert une carte de crédit plus en rapport avec mon statut social, tant il est vrai qu'il était devenu nécessaire, pour ne pas dire indispensable, de me distinguer du commun des humbles travailleurs mortels par une petite "touch" à la fois toute en discrétion et marque incontestable d'une appartenance à l'élite.
C'est depuis ce temps que pour payer mon PQ au Shopi, je dégaine ma super carte gold en or qui brille de mille feux.
On a la classe ou on ne l'a pas.
Toujours est-il que depuis que j'ai intégré le club très fermé des porteurs de cette carte de crédit so hype & trendy, je reçois régulièrement des offres exclusivement réservées aux tycoons dans mon genre.
Tiens, rien qu'aujourd'hui, dans mon courrier (et ouais, il servait bien à quelque chose ce premier paragraphe!), se trouvait une enveloppe contenant des offres d'abonnements à certains magazines de presse, à des tarifs défiant toute concurrence.
Ce qui, quand on se donne la peine d'y réfléchir, est tout à fait logique.
J'veux dire, de proposer des réductions aux riches plutôt qu'aux pauvres, c'est logique.
Pourquoi proposer des réductions à un pauvre? Avec sa Visa Electron de pauvre, tu crois qu'il en a quelque chose à foutre de s'abonner à Challenges, Valeurs Actuelles ou Demeures & Châteaux?
Bien sûr que non.
Alors autant proposer ça à ceux que ça intéresse.
De toutes façons, les pauvres ça n'aime pas lire, ça n'aime que la télé.
C'est connu, mieux vaut prêter aux riches, il sauront quoi en faire, eux.

Bon, allez, trêve de conneries, quand je vois la liste des réductions proposées, et y'a un paquet de magazines, y'a pas grand-chose qui m'intéresse.
Et pourtant, en vrai, y'a pas que des trucs de bourges.
Certes, tout le monde ne lit pas Voiles & Voiliers, Le Revenu ou Golf Magazine, mais on trouve aussi des trucs du style Télérama, Science & Vie ou même Auto-Moto et Télé-Loisirs. A croire qu'on la file vraiment à n'importe qui cette carte, de nos jours.
Mais, allez savoir pourquoi, pas de Canard Enchaîné ou de Charlie-Hebdo...
Vous avez dit bizarre?
Du coup ce n'est pas encore cette année que j'investirai dans un abonnement à prix réduit, ce qui fera sûrement le désespoir des éditeurs qui se voyaient déjà ajouter une unité de plus aux chiffres qu'ils doivent présenter à leurs annonceurs potentiels (Ben oui, t'as cru que c'était pour te remercier qu'on te filait les abonnements à moitié prix? C'est pour te fourguer de la pub, hé banane!).
Quand bien même je n'ai pas l'intention de profiter de l'une des offres ébouriffantes qui me sont faites, l'une des (nombreuses) pages de ce courrier a retenu mon attention.
C'est qu'en fait il y a un jeu, en plus.
Sans obligation d'achat, même que!
En gros, on te dit: "Yeah mec, en plus de bénéficier de notre super offre de réductions trop ouaou comment c'est beaucoup, tu peux aussi participer à un tirage au sort et gagner, au choix, soit ce super 4x4 de pouffiasse parisienne, soit 30000 euros cash direct dans tes fouilles!"
Bigre.
Autant le 4x4, y'a trop pas moyen, autant 30000 euros, ça ne se refuse pas.
Pas que j'en aie désespérément besoin, mais si ça me tombait sur le râble je saurais sûrement m'en accommoder...

Le fait est que, comme évoqué il y a de cela quelques semaines, cette année 2007 est supposée être celle où je fais relâche sur l'alcool, les drogues et les filles faciles afin de pouvoir mettre un peu de pépettes de côté. Pourquoi faire, on ne le sait pas très bien, l'objectif, après une année passée à dépenser plus que ce qui rentre chaque mois, est d'inverser la tendance.
Pour le moment le succès de l'opération "bas de laine" reste mitigé.
Si je pense être parvenu à atteindre le niveau ou je ne claque pas plus que ce que je gagne, je n'en suis pas encore à claquer moins.
Et pourtant, Dieu sait si je fais des efforts. Tiens, ça fait au moins un mois que je me suis pas acheté de nouveau jeu pour ma Wii. Et ce soir j'ai réussi à me retenir d'appeler Luigi pour qu'il m'amène une quatre fromages en me contentant d'une salade à la mexicaine maison (pour ceux que ça intéresse: tomates, maïs, haricots rouges, thon, vinaigrette tradi additionnée de piment fort, temps de préparation 48 secondes).
A force d'accumuler les privations par souci d'économie sans résultat probant, j'en suis même venu à me dire l'autre jour que ce serait peut-être pas mal que j'essaie de me trouver un colocataire, histoire de ne pas devenir un gros frustré sa mère.
Sauf que tous mes potes sont en couple, ces cons. Genre installés et tout, hein (attends, on est quand même trentenaires, ça rigole plus, là). Ou sinon ils sont propriétaires, et même de plus en plus souvent les deux à la fois.
Colocation signifierait donc dégotter un(e) inconnu(e) pour vivre sous mon toit.
Ouais, nan.
A la limite, si c'est une nana, et que j'ai le droit, entre autres, de lui tripoter les seins, pourquoi pas.
Et encore.
J'ai d'jà essayé, ça n'a pas tenu.
Donc ouais, 30000 euros, carrément.

J'en étais donc à me dire qu'à défaut de me payer un abonnement pas cher à un magazine qui ne m'intéresse pas, je ne risquerais pas grand-chose à participer à ce jeu.
Quoique...
Attends voir...
Quand on parle de risque ça me met aussitôt tous les sens en alerte.
Voyons ça...
Blablabla, Extrait de Règlement Tirage au sort, blablabli, gratuit et sans obligation d'achat... Ah! Voilà!
"Le gagnant autorise la société organisatrice à utiliser son nom, sa ville de résidence et son image, dans ses messages publicitaires et dans toute manifestation publi-promotionnelle sans que cette utilisation puisse ouvrir d'autres droits que le prix gagné.
En cas de refus, le gagnant renonce expressément au bénéfice du lot qui lui était destiné [...]
"
Ah la vache, c'est moche.
En même temps, rien n'est gratuit.
Si on met de côté les questions de probabilités, je sais pas où j'ai vu qu'on allait me filer comme ça, juste pour être sympa et faire plaisir, un chèque de 30000 euros (ou un 4x4 de pouffiasse parisienne), sans rien me demander en échange.
Hum.
Y'a pas à dire.
C'est vraiment pourri le capitalisme.
Sans moi, sur ce coup-là.

Sur ce, je vous laisse, je dois classer ma collection d'oeufs Fabergé, c'était plus joli quand ils étaient triés du plus cher au moins cher.