Purée, c'est vrai que ça faisait longtemps, en fait. Plutôt que de me perdre en explications pas forcément nécessaires et/ou intéressantes sur le pourquoi de cet insupportable mutisme de ma part, je propose de reprendre là où on en était resté. Au moins pour le début.
Prêts?
Alors on y va!
Conformément à ce qui semble devenir une tradition de fin novembre/début décembre, les jours précédant la date de mon anniversaire furent très largement consacrés à me morfondre sur le temps qui nous échappe inexorablement tel la poignée de sable qu'on serre en vain entre ses doigts pour essayer de la retenir (le service des comparaisons poétiques est en grève, merci pour votre compréhension). J'ai comme l'impression que c'est de pire en pire chaque année. Un peu comme un genre de trac qui ne ferait que se renforcer à mesure que s'accumulent les levers de rideau (en grève, on vous dit!). Cette année encore, arrivé au jour tant redouté, alors que la veille on aurait pu me croire à l'aube de la réalisation de quelque funeste prophétie, le soufflé est retombé à la vitesse de l'éclair, et la phrase qui restera dans l'Histoire pour marquer cette transition d'un âge vers l'autre a été à peu près aussi grandiose que ça:
"Bon, ben on y est, on y est, hein."
Rapidement suivie par:
"Ah ouais, ouais, j'en reveux bien une petite goutte, tiens."
(Il était question d'un Morgon 2006, peut-être un peu jeune)
Alors oui, 31. Peut-être pas à la bourre, en tout cas pas en avance. De toutes façons il faut que j'arrête de me représenter ça comme une course.
A part ça, il ne vous aura certainement pas échappé qu'en dehors de mon anniversaire un autre évènement remarquable s'est produit pour nous rappeler à tous à quel point ça fait longtemps que l'Homme s'amuse à compter les ans qui passent. Hé ouais, boys and girls, c'est trop la nouvelle année youhou (oui bon d'accord, depuis plus d'un mois, mais on s'en fout). Qu'il me soit donc permis ici de vous souhaiter une bête de bonne année avec son lot de joies, fortune, gloire et autres réjouissances à tendance gaudriolesques, car enfin la vie est courte n'est-ce pas. Autant 2007 c'était un peu la misère t'as vu, Sarkozy président, la coupe du monde de Rugby qui nous passe sous le pif, le triomphe de la Tecktonik™ et autres catastrophes naturelles, autant 2008 y'a moyen que ça défouraille sévère. Oui, je sais, ça ne veut pas dire grand-chose, mais enfin, puisque l'enthousiasme est là, ne gâchez pas tout en demandant plus de précisions.
Pour l'année 2006, ma bonne résolution avait été d'arrêter de fumer. Ce qui est sans aucun doute l'un des trucs les plus balèzes du monde (le lectorat est cordialement invité à abonder dans mon sens afin de m'aider à rester un fumeur qui se retient). C'est sans doute la raison pour laquelle pour l'année 2007 j'avais pris la décision de ne pas prendre de bonne résolution. Je m'étais juste dit que ça serait pas mal d'essayer d'être un peu de thunes de côté, mais que bon si je n'y arrivais pas il n'y avait pas de quoi en faire un drame. Résultat, ça n'a pas marché. Dès le mois de mars il m'a fallu me rendre à l'évidence: faire des économies relevait de la mission impossible. J'ai donc décalé un peu le défi et ai décidé d'essayer de finir l'année à zéro plutôt qu'en négatif. Et franchement, j'y étais presque. J'ai juste oublié la taxe d'habitation pharaonique (des sacrifices sont nécessaires pour vivre dans une ville fleurie) et le changement d'amortisseurs qui s'imposait pour ma belle italienne aux reflets d'argent. Bilan comptable pour 2007: moins 2000 euros. Béni soit le temps où j'arrivais à faire la fourmi et qui me permet de jouer la cigale 5 ans plus tard...
Enfin bref, ceci nous prouve que pour réussir l'impossible, on ne fait pas mieux qu'une bonne bonne résolution des familles.
Et donc pour 2008...
(Roulement de tambour)
...Ma bonne résolution sera de redescendre aux 80 kilos que je pesais à l'époque bénie de mes 25 ans.
Tchi-Tchaaa...
Si j'avais pris cette résolution alors que j'étais encore fumeur, franchement, tout le monde m'aurait dit "Hé, ho, trop nulle ta résolution, hé". Normal, à l'époque je n'affichais que 85 petits kilos à la balance. Sauf que, comme mentionné un peu plus haut, j'ai arrêté de fumer il y a un peu plus d'un an. Ce qui n'a pas été sans conséquences pour ma silhouette naguère si harmonieuse et virile à la fois. Genre au petit matin du premier janvier 2008, ne me manquaient que deux kilos et demi pour en peser 100. Autant dire que ça ne va pas être de la tarte. Mais bon. Je suis sûr d'y arriver, puisque c'est ma bonne résolution. Et ça, c'est rassurant.
Les bonnes résolutions n'étant pas faites pour être tenues secrètes, mais bien pour être proclamées à la face du monde incrédule, j'ai donc fait part à mon entourage des sombres projets que j'ourdis contre l'inesthétique et encombrante couche de gras qui emprisonne mon corps d'athlète. Y'a pas, les gens, c'est trop des gentils avec moi. Quand je leur dis la quantité de kilos que je compte perdre la plupart d'entre eux ouvre de grands yeux étonnés, puis embraye sur le thème du "Mais enfin, t'as pas besoin, t'es très bien comme t'es". Flatteurs... Mais moi je le sais bien. Surtout, je le vois bien. Et je le sens bien. Cette ceinture dont les derniers crans me sont devenus inaccessibles. Ces escaliers que je monte avec bien plus de peine (trop flippant, j'ai même le genou gauche qui craque!). Cette mode du slim dont je je peux pas profiter... Je ne vais pas faire celui qui se fout des normes sociales ou de l'image de l'être humain idéal que véhiculent la plupart des médias et en particulier la publicité, mais honnêtement, ce n'est pas que ça. Je me sentais juste mieux. Et je veux retrouver ça.
Se nourrir exclusivement de chou-fleur à la vapeur et de céleri cru nature, c'est pas pour dire, mais on s'en lasse très vite. Si j'essaie de faire un peu gaffe à ce que je mange, je n'ai pas pour autant l'intention de me priver de tout ce qui est bon. Avant, du temps ou je fumais, c'était facile: si un surpoids venait à me tomber dessus, pour rétablir la situation j'arrivais à manger triste. Par contre, pour compenser je fumais comme un pompier, ce qui avait l'avantage de me couper la faim et, l'eusses-tu cru, de cramer des calories supplémentaires, car oui, le simple fait de fumer constitue une dépense énergétique! Là, rapport à une bonne résolution à la con prise il y a quelques mois, je ne peux plus utiliser la méthode éprouvée et ô combien efficace du régime clope-légumes. Alors, me direz-vous, comment qu'on fait quand on décidé de perdre du poids, mais qu'en même temps on se refuse à se dénutrir volontairement? J'ai tourné et retourné cette question dans tous les sens, questionné les plus éminents spécialistes, c'est malheureux, mais les alternatives, y'en a pas mille. Y'en a qu'une.
'Faut faire du sport.
Je sais c'est horrible.
Moi-même c'est avec peine que je me suis fait à cette idée.
Mais c'est marqué, si, si, relisez: je m'y suis fait.
Pour être tout à fait franc, je ne suis pas quelqu'un que l'on peut définir comme un allergique au sport. J'aurais plutôt eu tendance à dire que j'étais un sportif non-pratiquant. A base de "t'inquiète pas, je peux le faire, c'est juste que là, j'ai pas envie". Ce qui explique que depuis plusieurs années, mon activité sportive se limitait à un coup de roller de temps et temps et une ou deux semaines de ski tous les hivers. Sachant qu'en réalité, pour ces deux disciplines, plus on maîtrise la technique, moins on a besoin de faire d'efforts. Ce qui a contribué à renforcer dans ma tête l'illusion que je restais un grand sportif. Oui, illusion. Parce qu'en fait rien du tout. J'en chie des bulles, un truc de malade. Si vous me passez l'expression (celle avec des bulles). Qu'on se le dise, le muscle, c'est quand on ne s'en sert pas qu'il s'use. J'en ai encore eu la preuve pas plus tard que tout à l'heure à la piscine.
Après des années d'absence des lignes d'eau, aujourd'hui était le jour de mes retrouvailles avec le grand bassin. Ca faisait bien 6 ou 7 ans que je n'étais pas retourné dans l'eau pour faire du sport. Je veux dire, pour de vrai. Comme dans le temps je me débrouillais plutôt pas trop mal, je suis parti en me disant que normalement je devrais avoir un minimum de restes. Au point que ce matin, avant de m'en aller quérir un bonnet de bain au décatruc du coin, j'ai sorti cette phrase mémorable à l'un de mes camarades de comptoir: "Franchement, si j'arrive à claquer 100 longueurs, je serai content; bon, en fait j'espère surtout pouvoir arriver à 80, mais si je peux faire mieux, ça sera bien". Haha. Le con. Non, parce que autant vous le dire tout de suite, j'ai très rapidement arrêté de compter. Et pas parce que j'enchaînais les longueurs trop vite...
En fait, des beaux restes, j'en avais. Mon cerveau se rappelait très bien de ma façon de nager d'il y a 6 ans. Par contre, mes muscles m'ont très rapidement prouvé qu'ils avaient la mémoire courte. C'est-à-dire que je suis parti pleine balle, comme au bon vieux temps où je claquais minimum 150 longueurs par session. Sauf qu'aujourd'hui, 10 longueurs à ce rythme-là ont suffi à me transformer en une masse douloureuse et suffocante. J'ai quand même continué un peu, ne serait-ce que par orgueil, pas question de sortir de l'eau après même pas dix minutes, mais croyez-moi, j'ai grave pleuré ma race. D'où le fait qu'il n'était plus question de compter. On va dire que j'ai dû faire quelque chose comme 25 longueurs, pas plus. Et je ne me suis même pas arrêté parce que j'étais blasé, mais parce que mes muscles m'ont signalé que si je ne sortais pas de l'eau fissa j'étais bon pour la crampe généralisée. Pour rester positif, on va dire qu'au moins, comme ça, je sais que j'ai une marge de progression énorme...
C'est marrant, parce que ça m'a fait la même chose pour tout. La première fois que je suis allé courir je me suis dit "Bon, en endurance, au collège et au lycée, t'étais tout bidon, c'est pas la peine de te lancer directo dans un marathon, contente-toi de courir 20 minutes, ce sera déjà un bon début". Et 6 minutes 30 plus tard je m'effondrais sur le bord de la route pris d'une double crampe bilatérale des deux cuisses. Une semaine pour m'en remettre. Au niveau des abdos, pareil: pour attaquer en douceur j'ai modestement choisi un petit enchaînement d'exercices de 8 minutes, à l'américaine t'as vu. Comme on dirait que la règle c'est d'arrondir à la minute supérieure, on dirait j'ai tenu au moins deux minutes, oké les copains? En tout cas j'aurai découvert que des courbatures aux abdominaux, ça se peut. Et je crois même que le lendemain je suis passé pas loin de la crampe lors d'un éternuement particulièrement énergique... Comme quoi, hein, la théorie du sportif non-pratiquant, mon cul. Malgré ça, la force mystérieuse de la bonne résolution m'empêche de me dire des trucs du genre "Bon, ben laisse tomber, t'es pas sportif, t'es pas sportif, on va pas en faire en drame". Au contraire, j'insiste. Et pour ce qui est du yoguine et des abdos, je progresse. Ouais, carrément.
Merde. Si ça se trouve je suis en train de muter. Je deviens sportif. Si on m'avait dit ça y'a quinze kilos, je l'aurais pas cru. Goûte le pouvoir mystique de la bonne résolution... J'imagine qu'elle est sûrement tombée au bon moment. Pourquoi ça marche? Pourquoi je ne me décourage pas? Qu'est-ce que j'y trouve? Je veux dire, j'en chie, pourquoi j'arrive à m'imposer ça? L'effort jusqu'à la souffrance. Contrôlée, mais souffrance quand même. Merde, j'aime pas ça, moi la souffrance, normalement. Quitte à en choquer certains, je n'hésite pas à le dire: avoir mal, ça seuxe. Et pourtant sur cette histoire de sport, je ne lâche pas l'affaire. De la bonne souffrance, parce que choisie? Je ne sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'au moment où t'es en train de faire ton putain d'effort, celui où tu te dis, bordel, y'a pas moyen que je m'arrête maintenant, t'es entier à ce que tu fais. Et c'est peut-être ça qui est bon, que tout le reste disparaisse. Que les problèmes n'existent plus. Que ce qui te pourrit le cerveau, quand bien même tu n'as que ça en tête partout, tout le temps, s'évanouit. Des moments d'oubli. Pour pas cher. La fuite, peut-être un peu. Mais bordel on a le droit aussi. En tout cas, moi je le prends.
Et puis d'abord, c'est pour la bonne cause, non mais. Même que ça marche. Quatre kilos en moins depuis le début de l'année. La classe hein? L'oeil du tigre. Graou.
Là-dessus, je vous laisse, j'ai vingt minutes d'abdos et trois séries de pompes à boucler avant d'aller me coucher, ça m'évitera d'avoir à les faire demain matin avant d'aller courir. Ah ouais, mais, nan, mais à fond la caisse, c'est clair. Que la force soit avec vous!
P.S.: Merci pour vos commentaires sur le message précédent, et pour vos mails aussi, vous êtes tous trop des gentils.







