Chimineks

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samedi 9 février 2008

Trop lourd à porter

Purée, c'est vrai que ça faisait longtemps, en fait. Plutôt que de me perdre en explications pas forcément nécessaires et/ou intéressantes sur le pourquoi de cet insupportable mutisme de ma part, je propose de reprendre là où on en était resté. Au moins pour le début.

Prêts?

Alors on y va!

Conformément à ce qui semble devenir une tradition de fin novembre/début décembre, les jours précédant la date de mon anniversaire furent très largement consacrés à me morfondre sur le temps qui nous échappe inexorablement tel la poignée de sable qu'on serre en vain entre ses doigts pour essayer de la retenir (le service des comparaisons poétiques est en grève, merci pour votre compréhension). J'ai comme l'impression que c'est de pire en pire chaque année. Un peu comme un genre de trac qui ne ferait que se renforcer à mesure que s'accumulent les levers de rideau (en grève, on vous dit!). Cette année encore, arrivé au jour tant redouté, alors que la veille on aurait pu me croire à l'aube de la réalisation de quelque funeste prophétie, le soufflé est retombé à la vitesse de l'éclair, et la phrase qui restera dans l'Histoire pour marquer cette transition d'un âge vers l'autre a été à peu près aussi grandiose que ça:

"Bon, ben on y est, on y est, hein."

Rapidement suivie par:

"Ah ouais, ouais, j'en reveux bien une petite goutte, tiens."
(Il était question d'un Morgon 2006, peut-être un peu jeune)

Alors oui, 31. Peut-être pas à la bourre, en tout cas pas en avance. De toutes façons il faut que j'arrête de me représenter ça comme une course.

A part ça, il ne vous aura certainement pas échappé qu'en dehors de mon anniversaire un autre évènement remarquable s'est produit pour nous rappeler à tous à quel point ça fait longtemps que l'Homme s'amuse à compter les ans qui passent. Hé ouais, boys and girls, c'est trop la nouvelle année youhou (oui bon d'accord, depuis plus d'un mois, mais on s'en fout). Qu'il me soit donc permis ici de vous souhaiter une bête de bonne année avec son lot de joies, fortune, gloire et autres réjouissances à tendance gaudriolesques, car enfin la vie est courte n'est-ce pas. Autant 2007 c'était un peu la misère t'as vu, Sarkozy président, la coupe du monde de Rugby qui nous passe sous le pif, le triomphe de la Tecktonik™ et autres catastrophes naturelles, autant 2008 y'a moyen que ça défouraille sévère. Oui, je sais, ça ne veut pas dire grand-chose, mais enfin, puisque l'enthousiasme est là, ne gâchez pas tout en demandant plus de précisions.

Pour l'année 2006, ma bonne résolution avait été d'arrêter de fumer. Ce qui est sans aucun doute l'un des trucs les plus balèzes du monde (le lectorat est cordialement invité à abonder dans mon sens afin de m'aider à rester un fumeur qui se retient). C'est sans doute la raison pour laquelle pour l'année 2007 j'avais pris la décision de ne pas prendre de bonne résolution. Je m'étais juste dit que ça serait pas mal d'essayer d'être un peu de thunes de côté, mais que bon si je n'y arrivais pas il n'y avait pas de quoi en faire un drame. Résultat, ça n'a pas marché. Dès le mois de mars il m'a fallu me rendre à l'évidence: faire des économies relevait de la mission impossible. J'ai donc décalé un peu le défi et ai décidé d'essayer de finir l'année à zéro plutôt qu'en négatif. Et franchement, j'y étais presque. J'ai juste oublié la taxe d'habitation pharaonique (des sacrifices sont nécessaires pour vivre dans une ville fleurie) et le changement d'amortisseurs qui s'imposait pour ma belle italienne aux reflets d'argent. Bilan comptable pour 2007: moins 2000 euros. Béni soit le temps où j'arrivais à faire la fourmi et qui me permet de jouer la cigale 5 ans plus tard...
Enfin bref, ceci nous prouve que pour réussir l'impossible, on ne fait pas mieux qu'une bonne bonne résolution des familles.

Et donc pour 2008...

(Roulement de tambour)

...Ma bonne résolution sera de redescendre aux 80 kilos que je pesais à l'époque bénie de mes 25 ans.

Tchi-Tchaaa...

Si j'avais pris cette résolution alors que j'étais encore fumeur, franchement, tout le monde m'aurait dit "Hé, ho, trop nulle ta résolution, hé". Normal, à l'époque je n'affichais que 85 petits kilos à la balance. Sauf que, comme mentionné un peu plus haut, j'ai arrêté de fumer il y a un peu plus d'un an. Ce qui n'a pas été sans conséquences pour ma silhouette naguère si harmonieuse et virile à la fois. Genre au petit matin du premier janvier 2008, ne me manquaient que deux kilos et demi pour en peser 100. Autant dire que ça ne va pas être de la tarte. Mais bon. Je suis sûr d'y arriver, puisque c'est ma bonne résolution. Et ça, c'est rassurant.

Les bonnes résolutions n'étant pas faites pour être tenues secrètes, mais bien pour être proclamées à la face du monde incrédule, j'ai donc fait part à mon entourage des sombres projets que j'ourdis contre l'inesthétique et encombrante couche de gras qui emprisonne mon corps d'athlète. Y'a pas, les gens, c'est trop des gentils avec moi. Quand je leur dis la quantité de kilos que je compte perdre la plupart d'entre eux ouvre de grands yeux étonnés, puis embraye sur le thème du "Mais enfin, t'as pas besoin, t'es très bien comme t'es". Flatteurs... Mais moi je le sais bien. Surtout, je le vois bien. Et je le sens bien. Cette ceinture dont les derniers crans me sont devenus inaccessibles. Ces escaliers que je monte avec bien plus de peine (trop flippant, j'ai même le genou gauche qui craque!). Cette mode du slim dont je je peux pas profiter... Je ne vais pas faire celui qui se fout des normes sociales ou de l'image de l'être humain idéal que véhiculent la plupart des médias et en particulier la publicité, mais honnêtement, ce n'est pas que ça. Je me sentais juste mieux. Et je veux retrouver ça.

Se nourrir exclusivement de chou-fleur à la vapeur et de céleri cru nature, c'est pas pour dire, mais on s'en lasse très vite. Si j'essaie de faire un peu gaffe à ce que je mange,  je n'ai pas pour autant l'intention de me priver de tout ce qui est bon. Avant, du temps ou je fumais, c'était facile: si un surpoids venait à me tomber dessus, pour rétablir la situation j'arrivais à manger triste. Par contre, pour compenser je fumais comme un pompier, ce qui avait l'avantage de me couper la faim et, l'eusses-tu cru, de cramer des calories supplémentaires, car oui, le simple fait de fumer constitue une dépense énergétique! Là, rapport à une bonne résolution à la con prise il y a quelques mois, je ne peux plus utiliser la méthode éprouvée et ô combien efficace du régime clope-légumes. Alors, me direz-vous, comment qu'on fait quand on décidé de perdre du poids, mais qu'en même temps on se refuse à se dénutrir volontairement? J'ai tourné et retourné cette question dans tous les sens, questionné les plus éminents spécialistes, c'est malheureux, mais les alternatives, y'en a pas mille. Y'en a qu'une.

'Faut faire du sport.

Je sais c'est horrible.

Moi-même c'est avec peine que je me suis fait à cette idée.

Mais c'est marqué, si, si, relisez: je m'y suis fait.

Pour être tout à fait franc, je ne suis pas quelqu'un que l'on peut définir comme un allergique au sport. J'aurais plutôt eu tendance à dire que j'étais un sportif non-pratiquant. A base de "t'inquiète pas, je peux le faire, c'est juste que là, j'ai pas envie". Ce qui explique que depuis plusieurs années, mon activité sportive se limitait à un coup de roller de temps et temps et une ou deux semaines de ski tous les hivers. Sachant qu'en réalité, pour ces deux disciplines, plus on maîtrise la technique, moins on a besoin de faire d'efforts. Ce qui a contribué à renforcer dans ma tête l'illusion que je restais un grand sportif. Oui, illusion. Parce qu'en fait rien du tout. J'en chie des bulles, un truc de malade. Si vous me passez l'expression (celle avec des bulles). Qu'on se le dise, le muscle, c'est quand on ne s'en sert pas qu'il s'use. J'en ai encore eu la preuve pas plus tard que tout à l'heure à la piscine.

Après des années d'absence des lignes d'eau, aujourd'hui était le jour de mes retrouvailles avec le grand bassin. Ca faisait bien 6 ou 7 ans que je n'étais pas retourné dans l'eau pour faire du sport. Je veux dire, pour de vrai. Comme dans le temps je me débrouillais plutôt pas trop mal, je suis parti en me disant que normalement je devrais avoir un minimum de restes. Au point que ce matin, avant de m'en aller quérir un bonnet de bain au décatruc du coin, j'ai sorti cette phrase mémorable à l'un de mes camarades de comptoir: "Franchement, si j'arrive à claquer 100 longueurs, je serai content; bon, en fait j'espère surtout pouvoir arriver à 80, mais si je peux faire mieux, ça sera bien". Haha. Le con. Non, parce que autant vous le dire tout de suite, j'ai très rapidement arrêté de compter. Et pas parce que j'enchaînais les longueurs trop vite...

En fait, des beaux restes, j'en avais. Mon cerveau se rappelait très bien de ma façon de nager d'il y a 6 ans. Par contre, mes muscles m'ont très rapidement prouvé qu'ils avaient la mémoire courte. C'est-à-dire que je suis parti pleine balle, comme au bon vieux temps où je claquais minimum 150 longueurs par session. Sauf qu'aujourd'hui, 10 longueurs à ce rythme-là ont suffi à me transformer en une masse douloureuse et suffocante. J'ai quand même continué un peu, ne serait-ce que par orgueil, pas question de sortir de l'eau après même pas dix minutes, mais croyez-moi, j'ai grave pleuré ma race. D'où le fait qu'il n'était plus question de compter. On va dire que j'ai dû faire quelque chose comme 25 longueurs, pas plus. Et je ne me suis même pas arrêté parce que j'étais blasé, mais parce que mes muscles m'ont signalé que si je ne sortais pas de l'eau fissa j'étais bon pour la crampe généralisée. Pour rester positif, on va dire qu'au moins, comme ça, je sais que j'ai une marge de progression énorme...

C'est marrant, parce que ça m'a fait la même chose pour tout. La première fois que je suis allé courir je me suis dit "Bon, en endurance, au collège et au lycée, t'étais tout bidon, c'est pas la peine de te lancer directo dans un marathon, contente-toi de courir 20 minutes, ce sera déjà un bon début". Et 6 minutes 30 plus tard je m'effondrais sur le bord de la route pris d'une double crampe bilatérale des deux cuisses. Une semaine pour m'en remettre. Au niveau des abdos, pareil: pour attaquer en douceur j'ai modestement choisi un petit enchaînement d'exercices de 8 minutes, à l'américaine t'as vu. Comme on dirait que la règle c'est d'arrondir à la minute supérieure, on dirait j'ai tenu au moins deux minutes, oké les copains? En tout cas j'aurai découvert que des courbatures aux abdominaux, ça se peut. Et je crois même que le lendemain je suis passé pas loin de la crampe lors d'un éternuement particulièrement énergique... Comme quoi, hein, la théorie du sportif non-pratiquant, mon cul. Malgré ça, la force mystérieuse de la bonne résolution m'empêche de me dire des trucs du genre "Bon, ben laisse tomber, t'es pas sportif, t'es pas sportif, on va pas en faire en drame". Au contraire, j'insiste. Et pour ce qui est du yoguine et des abdos, je progresse. Ouais, carrément.

Merde. Si ça se trouve je suis en train de muter. Je deviens sportif. Si on m'avait dit ça y'a quinze kilos, je l'aurais pas cru. Goûte le pouvoir mystique de la bonne résolution... J'imagine qu'elle est sûrement tombée au bon moment. Pourquoi ça marche? Pourquoi je ne me décourage pas? Qu'est-ce que j'y trouve? Je veux dire, j'en chie, pourquoi j'arrive à m'imposer ça? L'effort jusqu'à la souffrance. Contrôlée, mais souffrance quand même. Merde, j'aime pas ça, moi la souffrance, normalement. Quitte à en choquer certains, je n'hésite pas à le dire: avoir mal, ça seuxe. Et pourtant sur cette histoire de sport, je ne lâche pas l'affaire. De la bonne souffrance, parce que choisie? Je ne sais pas. Ce qui est vrai, c'est qu'au moment où t'es en train de faire ton putain d'effort, celui où tu te dis, bordel, y'a pas moyen que je m'arrête maintenant, t'es entier à ce que tu fais. Et c'est peut-être ça qui est bon, que tout le reste disparaisse. Que les problèmes n'existent plus. Que ce qui te pourrit le cerveau, quand bien même tu n'as que ça en tête partout, tout le temps, s'évanouit. Des moments d'oubli. Pour pas cher. La fuite, peut-être un peu. Mais bordel on a le droit aussi. En tout cas, moi je le prends.

Et puis d'abord, c'est pour la bonne cause, non mais. Même que ça marche. Quatre kilos en moins depuis le début de l'année. La classe hein? L'oeil du tigre. Graou.

Là-dessus, je vous laisse, j'ai vingt minutes d'abdos et trois séries de pompes à boucler avant d'aller me coucher, ça m'évitera d'avoir à les faire demain matin avant d'aller courir. Ah ouais, mais, nan, mais à fond la caisse, c'est clair. Que la force soit avec vous!




P.S.: Merci pour vos commentaires sur le message précédent, et pour vos mails aussi, vous êtes tous trop des gentils.

vendredi 7 décembre 2007

Un début d'été pluvieux

C'est alors que notre héros réalisa qu'il venait de dire "J'ai trente ans" pour la dernière fois de sa vie.

Youpi.

Et toute cette sorte de choses.

vendredi 30 novembre 2007

Au rayon des réjouissances

Il y a un an jour pour jour, j'ai fumé ma dernière cigarette.

Yeah.

Hum.

Ouais.

C'est tout en fait.

dimanche 18 novembre 2007

La gravité du réel

Haha. J'adore ce titre. Il claque trop, un truc de malade.

Ahum.

Avec beaucoup de courage et d'abnégation, et peut-être un peu aussi parce que j'ai les yeux défoncés et la tête qui tourne d'y avoir passé trop d'heures, je me suis décidé à lâcher les manettes pour le clavier. Ce qui n'est franchement pas un truc facile. Parce que ce que vous ne savez pas encore, pauvre de vous, ceux qui savent me comprendront, c'est que Super Mario Galaxy est sans aucune contestation possible le meilleur jeu vidéo de tout l'Univers. J'en viens à désespérer de l'absence de preuves de l'existence d'univers parallèles, ça permettrait de se faire une meilleure idée de l'ampleur de la chose. Enfin bon, c'est plutôt chouette comme jeu. Et légèrement addictif, j'en veux pour preuve le fait qu'en général il faut se dire 20 fois "Allez, juste une dernière étoile et j'arrête" avant de se décider à appuyer sur le bouton off de la télécommande. J'ai les yeux qui piquent, vous n'avez pas idée.

C'est vrai que j'y ai quand même passé un temps considérable. Rendez-vous compte, je l'ai depuis vendredi après-midi, j'en suis déjà à 81 étoiles. Ah ben non, c'est vrai, vous ne pouvez pas vous rendre compte. Alors disons qu'en nombre d'heures, c'est un peu comme si j'avais décidé de me refaire la trilogie filmée du Seigneur des Anneaux. Deux soirs de suite. La version longue, bien sûr. Flippant, hein? Si je vous dis qu'il est cro cro bien, ce jeu, c'est qu'il l'est! D'où la peine que j'ai pu avoir à m'en arracher aux petites heures du matin automnal. Surtout pour retrouver la réalité et les lourds principes gravitationnels qui régissent ma relation avec notre globe terrestre. Ce n'est pas que je tombe, c'est que je suis cloué au sol. Beurk. Autant aller se coucher...

Si je n'étais pas dans une phase où j'ai justement décidé de n'en avoir rien à foutre de rien pour ce qui concerne la mise en conformité de mon existence avec les normes sociales habituellement en vigueur dans notre pays, je serais enclin à me poser des questions sur moi-même. Si on fait une petite liste non exhaustive, c'est à se demander s'il n'y aurait pas matière à trouver ça un peu révélateur. Parce qu'il n'y a pas que Mario Galaxy et son univers chatoyant et virevoltant où même si tu meurs c'est pas grave vu qu'il te reste encore 17 vies. Depuis quelques semaines il y a aussi les Annales du Disque-Monde dans lesquelles je me jette à corps perdu dès que j''en ai marre d'avoir les yeux collés sur un écran. L'écran sur lequel se succèdent des films hollywoodiens à mort, dans lesquels pleins de trucs improbables se passent et ou le gentil gagne toujours à la fin. L'écran du PC sur lequel je suis en ce moment même en train de taper cette note... Moi j'dis, ça fait du cumul quand même. Allez, je ne suis pas chien, je veux bien admettre que tout ceci puisse avoir un lien avec mon rapport au monde en ce moment. Et puisque vous m'êtes sympathiques, je veux bien aller jusqu'à consentir qu'il s'agit plus précisément d'un rapport avec mon monde à moi. Mais on va s'arrêter là, n'est-ce pas, car vous n'avez pas la forme d'un divan.

Tout ceci n'est pas pour améliorer le temps que je consacre à l'entretien de mon appartement. Pas plus tard que chaque fois que je sors de chez moi, car oui, tout de même, cela arrive, je me fais la réflexion suivante: mince, si l'envie me prenait d'inviter quelqu'un à l'improviste chez moi, je ne pourrais décemment pas le/la recevoir dans un bordel pareil. Quand je pars au boulot, j'ai même une version un poil plus glauque: mince, si j'avais un accident de voiture et qu'il faille que quelqu'un vienne chez moi me chercher des affaires pour le temps de mon hospitalisation, comment ce serait trop la honte. Donc oui, évidemment, vivre tout seul, halala, ma bonne dame, c'est tout de même une expérience incomparable, certes. Dégagé de la somme de contraintes que peut représenter l'Autre on touche du doigt ce qui fait que la vie vaut la peine d'être vécue: la Liberté. Sauf que bon, le ménage, il ne se fait pas tout seul. Alors Liberté, oui, bon, n'empêche que de temps en temps c'est pas si mal de pouvoir compter sur l'Autre pour passer l'aspiro ou descendre les poubelles.

Il paraît que la meilleure solution pour maintenir son logement propre et bien rangé, c'est d'en faire un petit peu tous les jours. En tout cas, c'est ce que disent la plupart des gens que je connais dont l'appartement n'est pas le contraire d'une invitation. Rien à voir avec ma stratégie du "Un gros coup de rangeoss toutes les x semaines, du moins, si l'occasion se présente". Oui, je préfère écrire "x semaines", juste histoire de préserver ma part de mystère, cette petite touch perso qui les rend toutes folles. Non, ce n'est pas du tout pour éviter les remarques désobligeantes. Bref, il semblerait bien que ma façon de faire ne soit pas la bonne. La faute à un seuil de tolérance perché dans les limbes. Et aux circonstances. Maudits soient les dieux qui dans leur incroyable négligence ont oublié de faire de moi un allergique à la poussière. Parce que ça, ouais, dans le genre motivant pour faire le ménage, ça doit bien le faire. Que moi non. Je résiste aux milieux les plus allergènes et les plus pathogènes. J'aurais dû bosser au N.I.H., tiens.
(Haha, j'ai réussi à placer une référence à une série ricaine, ça y est, je suis trop dans la hype!)

Non, vraiment, la seule chose qui par le passé a pu me motiver pour jouer à l'aspirant mage du logis (ouais nan, fée ça fait trop gonzesse t'as vu), c'est de partager mon logement avec quelqu'un. Et pas forcément parce que je m'y sentais obligé pour cause de pratique du sexe avec l'autre partie, non, non, même en colocation fille-garçon dépourvue de toute ambiguïté (Rhââ, mais si-heu!), j'essayais de faire en sorte que ça ne vire pas trop crado sorti des frontières impénétrables de ma chambre. D'ailleurs pour peu que la ma-meuf ou la ma-colocataire se barre en vacances quelques jours, il me suffisait de quelques heures pour foutre un dawa sans nom dans tout l'appart'. Par contre, juste avant leur retour, ça redevenait über nickel, genre presque plus qu'à leur départ. Genre on a rien vu. Hein? Quoi? Comment? Du bordel ici? Non, franchement, ça m'étonnerait.

Evidemment, on pourrait trouver regrettable que je ne me préoccupe des conditions d'ordre et d'hygiène de mon habitation que dès lors que je sens qu'un regard potentiellement inquisiteur est susceptible de se poser sur les lieux. Oui parce qu'à la vérité, je me suis déjà dit qu'une solution efficace pour que je me mette à faire un peu plus attention pourrait être de trouver une meuf, sans forcément la faire habiter chez moi, ne nous emballons pas, mais bon, le genre à pouvoir débarquer sans prévenir. Parce que c'est ça en fait. Le problème. Enfin, mon problème. Je n'arrive pas à faire le ménage pour moi, je ne me contrains à le faire que pour les autres. Maintenant, est-ce qu'il faut en faire un drame? J'veux dire, c'est grave docteur? Si mon intérieur est lié à ce que je suis à l'intérieur, faut-il pour autant que je change mes habitudes de ménage? L'influence va-t-elle dans les deux sens? Y a-t-il une poule? Y a-t-il un œuf? En voilà des questions qu'elles sont bonnes, non? Mais qui ne changent rien au fait que le soir tombe et que je n'ai toujours pas passé la serpillière. Et que les conditions sont à nouveau idéales pour s'en aller explorer la Galaxie...

Là-dessus, je vous laisse, pour le bien-être de mes yeux je vais essayer de m'abstenir de repartir pour un nouveau marathon d'étoiles. Par contre il est trop tard pour enfiler les gants Mapa. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir foutre de ma soirée?

lundi 12 novembre 2007

Mes chers concitoyens...

Après avoir consacré mon week-end à travailler autant pour gagner plus, jour férié oblige, un truc ne lasse pas de m'étonner. Ainsi donc il paraîtrait que l'apocalypse sociale est pour cette semaine, la faute à ces salopards de fonctionnaires qui refusent de travailler plus pour gagner autant. C'est marrant, pour le coup, formulé de cette façon, ça ne me surprend qu'à moitié. Ce qui m'étonne, c'est que les gens, comprenez les non-fonctionnaires, ne voient pas les choses sous cet angle. C'est comme si au contraire les gens appelaient de leur vœux un nivellement par le bas. A base de "Ouais, mais d'abord, j'vois pas pourquoi ils bosseraient pas aussi longtemps que moi, ces salauds de privilégiés de feignants de y'en a marre non mais ho". C'est un peu comme si au lieu de demander une augmentation parce que tel collègue gagne plus que moi, je me mettais à demander une diminution de salaire pour lui. 'Faut quand même être salement aigri pour en arriver là.  En tout cas en ce qui me concerne j'ai bien du mal à trouver une logique dans le changement de régime qu'on veut imposer aux fonctionnaires. A vrai dire, je ne trouve pas ça très juste.

Et donc, normalement, c'est là qu'intervient le chœur des joyeux défenseurs du "Ah ben oui, mais qu'est-ce tu veux, on peut pas faire autrement". Et ben vous savez, quoi, vous allez rire, mais il semble bien que si. Sans vouloir jouer les balances façon bon vieux temps de la Révolution Culturelle chinoise, il se trouve que je dispose de plusieurs exemples particulièrement édifiants propres à remettre en cause la croyance populaire qui veut que les agents de l'Etat soient les seuls à pouvoir prendre leur retraite sans avoir eu à cotiser durant plus de quarante annuités. Vous allez voir jusqu'où peut aller le gauchimsme le plus extrême, certains trouveront même ça sordide, et pourtant, pour la défense d'une certaine conception du monde, je n'hésiterai pas à exposer ma propre famille en place publique pour appuyer mon combat pour un monde plus mieux.

Oui, parce qu'en fait, il s'agit de mes parents. Lesquels sont depuis quelques semaines de jeunes et joyeux retraités. L'un ayant célébré son pot de départ à 60 ans, et l'autre carrément à 59. Et pourtant, mes parents ne sont pas cheminots. Pas membres du corps enseignant. Pas pompiers ou gendarmes. Non, non, non, jusqu'à ce qu'on leur annonce la quille et le début de leur nouvelle vie qui se bornera pour l'essentiel à se demander quoi faire de leurs journées, du moins avant qu'ils ne découvrent les vertus de Derrick et des Chiffres et des Lettres, avant, donc, dans leur vie de travailleurs, mes géniteurs étaient tous deux des salariés. Genre sous contrat privé, quoi. Genre carrément pas fonctionnaires. Evidemment, quand, avec juste le certif' en poche, on a commencé à bosser à 14 ans à l'usine, il paraît normal de prétendre à un repos bien mérité à l'aube de la soixantaine, personne ne le contestera. Mais le parcours de mes parents n'a rien à voir avec ça. Bien loin des cheminements médiocres des prolétaires ordinaires, mes parents ont su travailler plus à l'école pour gagner plus au boulot...

Puisque je vous sens avides de tout savoir sur mon ascendance, sachez que mes parents, en bons self-made-winners, se sont rencontrés dans une université américaine, où ils ont vaillamment décroché leurs statuts respectifs d'ingénieurs, avec à la clé des prétentions salariales grosses comme ça. Ce qui ne s'est pas fait en un jour. Quand finalement ils se sont dits qu'il serait peut-être temps de se mettre au boulot, ils devaient avoir dans les 24-25 ans, un truc comme ça. Faîtes le calcul, vu leurs âges, on est bien loin des 42 annuités réglementaires dans le privé. Et pourtant, ça n'a pas posé de problème quand ils ont commencé à réaliser qu'ils en avaient ras la casquette et qu'il était temps pour eux de profiter un peu de la vie. Et ils ne sont pas les seuls comme ça. Autour de moi, ne serait-ce que parmi les parents de mes amis, des cas comme ça, il y en a des pelletées. Des sexagénaires, et encore, pas toujours, qui bossent dans le privé, se voient proposer de partir un peu plus tôt que prévu, et le font de bonne grâce qui à toucher un peu moins au début, on en trouve dans tous les coins. Pour tout vous dire, et alors que les fonctionnaires bénéficient encore de régimes dits spéciaux, je connais même des cas où Monsieur est à la retraite à 60 ans après avoir bossé dans toute sa vie dans le privé, tandis que Madame qui a le même âge mais est fonctionnaire doit encore se tartiner deux ou trois ans avant d'envisager de pouvoir se vautrer dans l'oisiveté improductive et parasitaire aux côtés de son époux! Comme quoi, hein...

En réalité, les régimes sont en train de s'inverser. Et ça s'explique très bien. En gros c'est simplement parce qu'à terme un salarié ça coûte cher, alors qu'un fonctionnaire, non. Mes parents, et la foule de ceux qui ont leur profil, à force d'ancienneté, finissent par atteindre des niveaux de salaires qui commencent à faire lourd en k€ dans la masse salariale. Au final, embaucher un gamin 3 ou 4 fois moins cher, quitte à verser une petite prime de départ où à financer une partie de la retraite anticipée, ça doit être plus rentable qu'autre chose pour un employeur. Et puis bon, on imagine sans peine que l'Etat met la main à la poche, histoire d'éviter de voir les courbes des chômeurs de plus de 50 ans s'emballer plus encore. A côté de ça, regardez le salaire de départ d'un enseignant, et ce qu'il peut espérer en fin de carrière, franchement, ça ne fait pas rêver. Permettez-moi de piquer sa casquette à Julien Courbet, mais elle est là, l'arnaque: en réalité l'Etat, c'est-à-dire toi et moi, happy fellow tax-payer, paie pour que les salariés du privé partent à la retraite plus tôt a lieu de se faire licencier et de gonfler les chiffres du chômage, et à côté de ça, il se prend à rêver de faire bosser plus longtemps ceux qui au final ne lui coûtent pas bien cher. Pardon, mais j'ai peur de trouver ça un peu malhonnête et même carrément dégueulasse, cette façon d'appeler un chat un chien tout en voulant monter les gens les uns contre les autres.

Va savoir pourquoi, le secteur privé est devenu intouchable, au sens où on ne peut plus se permettre de le critiquer. Si au lieu de verser des aides à la pré-retraite probablement faramineuses l'Etat laissait les travailleurs en fin de carrière se faire licencier pour céder la place aux plus jeunes et plus économiques, au moins la situation serait plus claire. L'argent non-dépensé dans les pré-retraites irait au chômage, et au final le "vieux" chômeur n'y perdrait pas plus que ça au change. Et au moins on serait fixé. Non pas qu'on verrait de quel côté sont les méchants patrons dont il importe de mettre la tête au bout d'un pique (encore que...), mais au moins on prendrait acte du fait que vouloir augmenter l'âge des départs à la retraite ne servirait à rien puisque de toutes façons les entreprises préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés qui coûtent trop cher. Si ça se trouve on se dirait même que la bonne solution serait d'aligner tout le monde sur les régimes spéciaux des fonctionnaires. Et on serait tous à égalité, youpi. Ce serait pas beau ça? Mais il me semble que j'entends au loin le grognement du libéral qui maugrée un truc du genre "Ah ben oui, c'est bien joli, mais comment on ferait pour financer tout ça, hein? Plus de taxes, c'est ça, c'est ça? Grrr...". Ben non banane. Ca ne coûterait pas plus cher. On paye déjà pour les chômeurs déguisés en pré-retraités aujourd'hui, on paierait la même chose, sauf qu'ils seraient officiellement retraités. Purée, c'est pas vif, un libéral...

Enfin bon, c'est pas demain la veille qu'on verra une évolution dans le genre. Ne serait-ce que parce qu'on n'arrive pas tellement à se sortir du discours ranci qui veut que la valeur travail, oulala, ma bonne dame, c'est important. Y'a deux millions de chômeurs officiels en France, et probablement le double en réalité, mais bon, c'est pas grave, on continue de dire que ceux qui ne bossent pas sont des feignasses, et qu'il faut travailler plus et plus longtemps pour être quelqu'un de bien. Au risque de passer pour un dangereux agitateur, je serais tenté de dire que je suis contre. En tout cas, une chose est sûre, pour les mouvements sociaux à venir, les grévistes peuvent compter sur mon soutien moral total et inconditionnel. Evidemment on nous resservira le discours de la prise en otage des braves gens qu'on empêche d'aller bosser, comme d'habitude. C'est sûr que c'est plus facile de détourner les regards de cette façon plutôt que de se donner la peine de tenter une explication qui n'abonderait pas forcément dans le sens du vent nauséabond actuel. Tant pis. On verra bien. On n'est jamais à l'abri d'une bonne surprise: souvenez-vous de ce si joli automne 1995 où le peuple s'arrogea le droit d'adresser un doigt monumental à Juppé et aux médias qui essayaient de le dresser contre les hardis grévistes qui prirent alors le temps de défendre notre beau système de protection sociale... Enfin, c'était il y a longtemps. La clé, c'est de continuer à y croire.

La-dessus, je vous laisse, j'ai un retard considérable à rattraper en matière de films récemment mis en rayon dans le vidéo-club du coin, la situation ne saurait décemment s'éterniser plus longtemps.

Oh et puis tiens, allez, pour une fois:

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