Chimineks

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lundi 21 avril 2008

Nouvelles du front

Ce n'est pas que je ne veuille pas faire l'effort. C'est juste qu'en ce moment, dans ma boîte, c'est un peu la guerre. Et que dans tout ça, je me retrouve un peu sur le front. Je ne sais pas comment ça va se finir. En tout cas, pas tellement envie d'en causer ici pour l'instant. Ce qui tombe assez mal vu que c'est, en gros, l'essentiel de mes préoccupations actuelles. Ca, et Mario Kart, parce que hein bon.

Prenez soin de vous, camarades.

Et souhaitez-moi de bonnes vacances, vu que dans une semaine, n'est-ce pas.

mercredi 12 mars 2008

Oui mais en fait non (ou peut-être que si, mais rien n'est moins sûr)

Tout le monde a entendu parler du Triangle des Bermudes. En V.O. Bermuda Triangle, que l'on peut traduire par triangle du bermuda, ce qui ne rime pas à grand-chose puisqu'à la différence du slip brésilien qui en a deux, le bermuda n'a pas de triangle. Ahum. Et donc, là, maintenant tout de suite, sans même regarder sur Gougueule ni Ouikipédia, je suis capable d'affirmer que le Triangle des Bermudes désigne une zone maritime, située genre dans les environs des Bermudes, et de forme genre à peu près triangulaire. Même qu'au cours de l'histoire récente, des avions et des bateaux y ont mystérieusement disparu, sans qu'on ne les retrouve jamais. Si ça vous fait marrer ou que nous n'avez pas envie de vous taper encore un film de Bud Spencer et Terence Hill sur Direct8, vous pouvez toujours aller faire des recherches complémentaires sur le net, mais pour la compréhension du sujet du jour, ce n'est pas indispensable. Tant que vous avez capté le coup des avions et des rafiots qui s'évanouissent sans crier gare, ça devrait aller.

De la même façon que les bermudas, dont ils sont les grands-frères aux jambes plus longues, mes pantalons n'ont pas de triangle. Par contre il semblerait que l'un d'entre eux soit doté d'une caractéristique particulièrement étonnante, j'en ai fait la découverte pas plus tard que vendredi dernier. Etant plutôt du genre terre-à-terre, je n'ai pas l'intention de m'user les neurones pour échafauder quelque théorie fantaisiste concernant le phénomène dont je fus victime. Pour moi les choses sont claires, et facilement explicables. De mystère, il n'y a point. Allez, je vous la fais courte. Il me semble évident que la poche avant-gauche de mon pantalon en velours renferme une faille spatio-temporelle pouvant faire disparaître les objets qu'elle contient dans un univers parallèle. Ou les faire voyager dans le temps, je n'ai pas encore fini mes calculs. Toujours est-il que j'ai perdu mes clés, et que je ne trouve pas d'explication plus plausible.

Il se trouve qu'en guise de porte-clés, j'utilise un massif mousqueton d'escalade, souvenir glorieux du temps lointain où j'étais un rude sportif, très beau et très bien fait. L'avantage de cet énorme porte-clés, c'est qu'il m'est impossible de le perdre. Bien souvent, je l'ai dans une poche, et j'ai dans l'autre une quincaillerie abondante de centimes d'euros. Du coup, quand j'approche de ma démarche souple et nonchalante, on m'entend arriver. Au niveau du bruit, on hésite entre le Père Noël avec ses rennes ou un cow-boy façon Sergio Leone... Tout ça pour dire que je n'ai pas de mal à savoir si j'ai mes clés sur moi ou pas. Cela me vient sans doute du fait que gamin, j'avais juste une clé autour du cou. Et oui, en ce temps là, une seule clé suffisait il n'y avait pas d'interphone ou de digicode au bas des immeubles, et on se contentait d'une serrure à la porte de son logement, sans qu'il soit besoin de s'équiper en verrous supplémentaires ou autres portes blindées... Nan, je dis pas que c'était mieux avant, je dis juste que c'était pas pareil. OK, j'arrête. Bref, à force de galipettes, de déli-délos endiablées et autres randos sauvages en vélo-cross dans le bois de Cergy, je l'ai perdue plus souvent qu'à mon tour, cette clé. En soi ce n'était pas bien grave, mais le petit garçon anxieux que j'étais s'en faisait toute une montagne. C'est sans doute là l'origine de ma groportecléphilie.

Mes clés sont toutes accrochées à des anneaux. Un anneau pour les clés de ma belle italienne aux reflets d'argent, un autre pour celles de chez moi, un autre pour celles qui peuvent temporairement m'être confiées ou utiles (genre clés de chez les parents, de chez des amis, de la cave)... Chaque anneau est lui-même passé dans le mousqueton décrit plus haut, qui, pour être tout à fait précis, est un mousqueton de dégaine, c'est à dire un truc ultra-secure, ultra-solide, à base de ça peut te sauver la vie un machin comme ça. En tout cas, moi ça m'empêche de perdre mes clés, donc c'est tout comme. Du moins  c'était ce que je croyais...

Vendredi dernier, en fin d'après midi, j'ai eu une course à faire. Je suis donc sorti de chez moi, j'ai fermé la porte à clef, ouvert ma voiture, démarré ma voiture, roulé jusqu'au Shopi de chez Van Gogh, garé ma voiture sur le parking, refermé ma voiture, fait mes courses, payé mes courses, rouvert ma voiture, redémarré ma voiture, refait le trajet en sens inverse jusque chez moi, garé ma voiture devant l'immeuble, rerefermé ma voiture, et enfin tenté d'ouvrir la porte de mon immeuble. Tenté seulement. Parce qu'en fait, en ressortant mes clés de ma poche, je me suis aperçu que l'anneau contenant les clés de chez moi n'était plus là. C'est-à-dire que je n'ai pas perdu mes clés, j'ai juste perdu un bout de mes clés. Ce qui est juste tout à fait impossible si l'on s'en tient aux lois physiques communément admises en tant que celles régissant notre réalité. Normalement ça ne se peut pas. Avec celles de ma belle italienne aux reflets d'argent, les clés de chez moi sont celles qui ne quittent absolument jamais mon porte-clés. Mais genre jamais pour de vrai t'as vu.

Attention, je ne suis pas parfait. Ca se saurait. J'ai moi aussi droit à l'erreur. Les perdre toutes, avec le porte-clés, ne me paraissait pas impossible. Hautement improbable, mais pas impossible. Je veux dire, ça peut arriver à tout le monde après tout. Ce que je ne parviens pas à m'expliquer de façon raisonnable, c'est comment est-ce que j'ai pu perdre un seul anneau de clés à la fois! En même pas une heure. Et en ayant conservé en permanence mon mousqueton dans ma poche. Et donc les clés avec. Solidaires. Toutes. Sur le moment, j'ai bien sûr retourné mes poches quinze mille fois, passé ma belle italienne aux reflets d'argent au scanner, fouillé mon slip juste pour être sûr, refait le parcours à pied à cheval et en voiture, interrogé tous les suspects potentiels de les avoir retrouvés... En vain. Comme je commence à me connaître finalement assez bien, je me suis dit qu'il valait mieux je j'évite de m'énerver pour rien en cherchant le pourquoi du comment tout en me traitant de connard. Autant partir du principe que mes clés étaient perdues, point barre, et essayer de trouver une solution constructive.

En tant qu'irréductible locataire, il m'arrive parfois de me prendre le chou avec certains de mes toujours plus nombreux amis propriétaires. Ou collègues. Ou membres de ma famille. Enfin pas mal de monde, quoi. Parmi les propriétaires, on trouve en effet une frange importante et importune de mous du bulbe prêt à te tomber sur le râble à la première occasion pour te rappeler à quel point tu as tort de continuer à foutre ton pognon en l'air en restant locataire alors qu'être propriétaire c'est tellement plus mieux. Vous n'ignorez pas que je suis gentil. Je n'ai donc pas le "lâche-moi la grappe et touche à ton cul, connard" facile. Pour rester fidèle à moi-même, je m'astreins donc à expliquer patiemment à chacun de ces ayatollahs de l'accession à la propriété que si je continue à louer, c'est faute de moyens, pas de volonté. En général, c'est suffisant, mais il reste une portion d'abrutis qui refuse de comprendre que je préfère continuer à louer mon F3 charmant et bien situé en centre-ville plutôt que d'investir dans un F1 déprimant, loin de tout et de tout le monde, avec comme seul et unique motif de satisfaction le plaisir incommensurable d'être propriétaire d'un crédit sur 30 ans.

En attendant que mon pouvoir d'acheter un appartement ou une maison soit au rendez-vous comme promis peu avant mai 2007 par un mec aujourd'hui supposément haut placé, je reste locataire et satisfait de l'être. J'ai donc une propriétaire. C'est-à-dire que l'appartement que j'habite, il est à elle, tu vois. C'est exactement ce que je me suis dit après avoir pris conscience que bordel de nouille, je n'ai jamais eu l'idée lumineuse de laisser un jeu de clés de chez moi à des potes. Oui, c'est toujours quand on se rend compte qu'on ne les a pas prises au bon moment qu'on prend conscience de l'utilité fondamentale des précautions. Enfin bon, faute de proches en guise de solution de secours, je me suis dit que ma proprio serait celle d'où viendrait mon salut. Au pire, si elle n'était toujours pas revenue des sports d'hiver, j'aurais pu attendre son retour chez des potes. Après tout, j'avais sur moi mon kit de survie en milieu urbain (pour ceux qui ne le sauraient pas encore: carte bancaire, pièce d'identité et téléphone portable), avec en bonus les clés et les papiers de ma belle italienne aux reflets d'argent. Sauf que voilà, j'ai réussi à la joindre et j'ai appris à cette occasion que j'étais la seule personne de la galaxie possédant les clés de mon appartement. En tout et pour tout n'existaient que deux jeux de clés de chez moi: celui que je venais de perdre, et celui qui se trouvait dans le buffet de l'entrée. De l'autre côté de cette putain de porte fermée à clé. Youpi.

Dans ces cas-là, puisque ça fait un peu partie de mon métier, je sais comment ça marche. T'appelles un serrurier, et tu fais tes prières pour qu'il réussisse à crocheter ta porte sans avoir besoin de tout bousiller, et donc de tout remplacer. Moyennant plus ou moins de pognon, ça va de soi. Pas de bol, moi ça a été plutôt plus que plutôt moins. Rapport au fait que ma serrure c'était franchement pas de la merde. Rassurant dans un sens. Sur le moment je n'en avais pas conscience, mais j'étais rudement bien protégé, ça oui. Dommage qu'il ait fallu tout arracher pour que je puisse rentrer chez moi. Oh, je n'étais pas attaché plus que ça à mon antique serrure trois points, mais enfin, comme je ne pouvais pas laisser un trou béant en guise de dispositif de sécurité, il a bien fallu que je me résolve à la remplacer payer pour la faire remplacer. Je ne vous dis pas combien ça m'a coûté au total, c'est indécent. M'enfin disons que si je veux une PS3, je n'ai plus qu'à espérer qu'on se montre très gentil avec moi pour mon prochain anniversaire, parce que là, maintenant tout de suite, c'est clair que ça ne va pas être possible. Non, non, pas mal au cul, n'exagérons rien. Un peu blasé peut-être.

En même temps je ne peux pas tellement me traiter de connard sur ce coup-là, vu que normalement ça ne se peut pas. Le risque de prise de tête se situe plutôt au niveau de la recherche d'une explication à ce qui s'est produit pour amener à la disparition des clés de chez moi. Et juste de celles-là. Non, parce que ça ne se peut pas. Si, si, regardez, je l'ai déjà marqué avant. Et pas qu'une fois. Du moins, ça ne se peut pas si l'on s'en tient aux lois physiques qui s'appliquent à notre échelle et dans notre univers. En l'espèce, établir une théorie un peu "exotique" peut revêtir un certain intérêt dans la mesure où cela permet de se défaire de toute tentation de culpabilité, d'éviter ainsi des séances de dénigrement de soi aussi improductives que pénibles, et enfin de s'en tenir à la philosophie du "Bon, ben c'est comme ça, c'est comme ça, hein, on n'y peut rien, on ne va pas se mettre à s'arracher les cheveux pour un truc auquel on ne peut rien changer". Les religions naissent comme ça, alors je vous en prie, je vous en prie.

Comme spécifié au paragraphe troisième de cette publication, j'ai tendance à pencher pour la théorie du basculement des clés de chez moi dans un univers parallèle par le biais d'une faille spatio-temporelle intermittente située dans la poche avant gauche de mon pantalon en velours.  J'ignore comment il s'y est pris, mais parmi l'infinité de mes doubles habitant l'infinité des univers parallèles au nôtre, il s'en est trouvé un suffisamment malin pour trouver un passage entre nos deux dimensions et venir me chaparder mes clés. Sans doute parce qu'il avait lui-même égaré les siennes, ce con. Sympa, ouais, vraiment. Ah ça, ça se la joue gentil dans son petit univers de mes deux, mais en douce ça vient jouer les enfoirés chez les autres. Vive la France. Vingt sur vingt. Le jour où je me chope, j'me jure, je me fume. Je perds rien pour attendre. Je vais voir ma gueule, ouais.

Ahum.

La théorie du voyage dans le temps me paraît beaucoup moins crédible. Venir du passé pour me chourave mes propres clés n'aurait pas de sens, puisque, aussi loin que je me souvienne, je n'ai jamais perdu les clés de mon appartement avant la semaine dernière. Et surtout je ne me souviens pas avoir fabriqué une machine à explorer le temps. Donc non. Il me paraît également impossible d'être venu du futur pour me prendre mes clés. Merde, si à l'avenir je suis suffisamment balèze pour inventer une machine à voyager dans le temps, j'espère bien que je ne serai pas assez con pour négliger le problème du paradoxe temporel au point de ne pas hésiter à venir triturer mon propre passé et prendre par la même le risque d'annihiler ma propre existence future... A moins que je ne sois piégé pour toujours dans une boucle temporelle. Si ça se trouve je n'ai pu avoir l'idée de la machine à remonter le temps que grâce à la visite que je viens de me rendre à moi-même. Ce qui fait qu'en réalité je l'ai déjà fait avant. Je veux dire avant par rapport à après. C'est-à-dire aujourd'hui. Enfin vendredi. Enfin un autre vendredi d'avant l'après qui s'est passé exactement comme celui d'avant. Je veux dire le dernier. Bref, la théorie du pick-pocket venu d'un monde parallèle est quand même vachement mieux. Je veux dire, le but c'est quand même d'éviter de se prendre le chou, hein. Donc c'est la bonne.

Après, pour le Triangle des Bermudes, je n'en sais rien, alors ne me demandez pas.

Là-dessus, je vous laisse, après deux billets en moins de 24 heures, un coup de pierre ponce au bout des doigts s'impose. Pas envie de gâter la douceur légendaire de mes mains à coups de corne façon plante des pieds, non mais.
Bonne nuits les petits, et n'oubliez pas, pensez toujours à laisser un double de vos clés chez un proche, ça pourrait vous sauver la vie. Enfin la vôtre non, mais celle de votre serrure, peut-être. Ah, et tant qu'on y est, ne mets pas tes doigts sur la porte, tu risques de te faire pincer très fort.
Que la force des cinq fruits et légumes par jour soit avec vous.

mardi 11 mars 2008

Adieu, petit

En faisant le tri des mille et une merdouilles qui emplissent la chambre/débarras de mon appartement que j'ambitionne de pouvoir bientôt appeler mon bureau, je suis tombé sur une paire de chaussures vieille de près de quinze ans. Des Jordan VII. Le modèle Graphite-Bordeaux de 1992, jamais réédité depuis. Sans doute les plus belles Jordan jamais fabriquées... Totalement introuvables aujourd'hui, ou alors sur des sites d'enchères, à base de 700 dollars la paire, et encore, en pointure 47. Et moi j'en ai. Hahaha. Dommage qu'elles soient en pointure 22. Le modèle baby, quoi.

Je me souviens, à l'époque j'avais les mêmes en 42, et permets-moi de te dire qu'avec ça aux pieds j'avais une sacrée classe. Comme je pensais très fort à toi, je me suis dit que ce serait encore plus la classe que nous en ayons tous les deux aux pieds, alors je t'en ai acheté une paire. Pour plus tard. Pour quand tu serais là. Dans pas si longtemps que ça. Cinq ans c'est à la fois très loin et tout proche quand on en a dix-sept. Oui, je te voyais assez bien arriver pour mes vingt-deux ans. Tôt, mais pas tant que ça, après tout. L'idée, c'était que pour tes dix-huit ans j'en aie quarante. Je me disais que ça nous permettrait sûrement de mieux nous entendre...

Quelque part, chez ma mère, traîne encore sûrement une vieille paire de minuscules chaussures. Les premières que j'aie jamais portées. Je me souviens les avoir vues souvent quand j'étais môme. De temps en temps ma mère les ressortait, pas pour raconter une longue histoire, juste pour me dire qu'un jour j'avais été "petit comme ça". Il faut croire que l'idée m'avait plu et marqué, pour que j'aille jusqu'à te chercher une paire avant même que tu ne sois là. Des années avant, même. Quelle idée, n'empêche! Aller te trouver des chaussures un lustre avant ta venue au monde, et en plus te choisir la même paire que celle de ton papa! Sans compter qu'il nous manquait encore ta maman...

Je te le dis honnêtement, je comptais sur toi pour m'en sortir. Parce qu'à l'époque, après la séparation de mes parents, c'était un tel merdier dans la famille que j'ai très tôt décidé qu'il n'y avait plus rien à espérer de ce côté-là. J'ai préféré parier sur l'avenir. Me dire que plus tard, quand tu serais là, ça serait vachement mieux. Qu'avec toi le mot famille reprendrait un peu de sens. A plus de trente ans, crois-moi, je vois bien ce que ce genre de projet pouvait avoir de débile et/ou naïf, mais tu sais, je n'avais personne d'un peu plus vieux que moi pour me ramener à la raison. Juste quelques copains compatissants, des ados comme moi, qui ressentaient bien le côté fumeux de mes théories, mais qui n'avaient pas les mots pour m'expliquer en quoi je me trompais.

Si j'avais tant besoin de toi, c'était pour fonder une famille, pour pouvoir sereinement tourner le dos à la mienne, sans culpabiliser. Je te voyais en bouclier humain très convaincant. Je voulais aussi brillamment réussir, là où mes mes parents avaient lamentablement échoué selon moi. J'allais jusqu'à me délecter à l'avance du moment où ils tenteraient de se mêler de ton éducation et où je pourrais les envoyer royalement bouler en leur expliquant en bonus qu'ils étaient les derniers sur Terre à pouvoir me donner des conseils en la matière. A base de "Hahaha, c'est moi le père, maintenant, alors allez vous faire foutre, OK?". Quand j'y repense, j'ai un peu honte. Pas vis-à-vis de mes parents, vis-à-vis de toi.

J'en parle avec du recul, mais à l'époque, j'étais convaincu que je serais pour toi le meilleur père que la galaxie ait jamais connu. Un peu comme mon père a dû croire qu'il pourrait l'être pour moi. Marrant quand on pense qu'un des principes directeurs de la méthode d'éducation que j'avais élaborée à ton intention était le suivant: surtout ne rien faire comme mes parents. C'est fou le nombre de mes traits de caractères dont je réalise aujourd'hui seulement que je les ai hérités de mes parents, alors qu'ils étaient ceux qui me révoltaient le plus... Enfin bref, te faire revenait à relever un formidable défi. Avoir quelque chose à prouver... Pas sûr que ce soit une raison valable de faire un enfant. Et rien ne dit que j'aurais réussi.

Quand j'entends ce que fait subir à ses parents l'abominable Leprechaun qui sert de fils à mes voisins du dessus, je me dis que je n'étais pas du tout prêt. Pas que je me dise que tu aurais été aussi infernal que ce petit monstre, non, mais j'avais tellement idéalisé ce que tu deviendrais par la grâce de mes talents incontestables de père, que je crois que j'aurais sans doute été déçu, d'une façon ou d'une autre. Inconsciemment, si ça se trouve, mais déçu quand même. Tu l'aurais certainement senti, sans pouvoir vraiment l'expliquer. En tout cas au début. Et puis un jour tu aurais compris. Et je crois que tu m'en aurais beaucoup voulu. Pas que je me prétende expert en psychologie de l'enfant, simplement j'ai un père. Alors je sais ce qui peut arriver.

Finalement, tu n'es pas venu. A l'heure où j'avais envisagé de devenir ton papa, je vivais encore chez mon père. Comme quoi on peut se tromper. Pour autant, je ne désespérais pas de pouvoir un jour oeuvrer à ta conception. Quelques années après la naissance du projet, j'en étais resté aux mêmes idées. Je t'attendais pour pouvoir m'envoler. J'étais peut-être moins pressé. L'âge et l'expérience aidant, j'avais fini par enfin voir qu'il faudrait s'y mettre à deux pour te fabriquer. Instinctivement j'avais tout de suite décrété que point s'emballer il ne fallait, et qu'une mère, ça ne se trouvait pas en cinq minutes. Plusieurs filles ont eu droit à mes "je t'aime". Seule la dernière a fini, au bout de trois ans, par apparaître à mes yeux comme celle qui pourrait être ta mère. Avant que je puisse le lui dire, elle m'a expliqué qu'il valait mieux que notre histoire s'arrête là.

Je crois que tu es mort ce jour-là.

Tant mieux, on l'a échappé belle.

On était mal parti avant même que tu ne sois là.

J'écris ça presque trois ans après, parce que j'ai pas mal réfléchi à la question. Sur le moment, crois-moi, j'en ai souffert. Tu étais bel et bien mort, et ça me faisait mal. Parce que je te croyais tout proche, sur le point d'arriver, autour de nous les bébés sortaient de partout, j'étais sûr que tu serais le prochain... Je me gourais. Aujourd'hui je me dis que c'est bien mieux comme ça. Tu ne m'as pas pourri la vie, sans doute même que je t'ai créé pour m'aider à tenir, mais il fallait bien que ça s'arrête à un moment donné. Faute de quoi ça aurait viré foireux, façon c'est l'histoire de la vie, le cycle éternel, tout ça, tout ça, mais justement c'est pas plus mal qu'on le brise ce putain de cycle. Certains schémas méritent de ne plus être reproduits. Et je ne me risquerai pas à essayer de prévoir si après moi viendra le mot Fin ou un nouveau cycle. Laisser la place au doute, c'est bien aussi, parfois.

Je garde les Jordan VII, je ne sais pas si quelqu'un les portera, mais on s'en fout puisque tu ne verras jamais le jour. Tu ne m'en veux pas, tu n'existes pas.

Adieu, petit.

mardi 4 mars 2008

Blazbro contre les Gens Pires

Wesh cousine, fais péter la casquette de travers, relève une manche de ton futal Lacoste et dégaine ta plus belle démarche titubo-nonchalante, le moment est venu d'aller faire tes courses. Pareil pour toi, gros, si tu ne veux pas passer pour le dernier des teubés, 'va falloir aller pécho vite fait la dernière galette peura dont on cause dans le tiéquar. Tu peux tourner sur la tête de bonheur, reufré, tu peux shaker ton booty pour exprimer ta satisfaction, sista, car enfin, alors qu'on ne l'espérait plus, il est arrivé: Blazbro contre les Gens Pires est dispo dans les bacs!

Hahaha.

Ca tue, hein?

Enfin, je ne sais pas pour vous, mais personnellement, dans la mesure où c'est le premier album d'un pote, je trouve ça un tout petit peu mortel.

Scuze, hein.

J'avoue, j'aurais pu me laisser aller à un peu plus de suspense avant de vous annoncer la nouvelle, mais c'est tellement énorme que je ne peux pas faire autrement que de vous le hurler cash à la face, sans précautions. D'autant que ça fait quelques semaines que je me retiens. Oui, parce que bon, le CD, avec sa boîte, sa pochette, son blister autour et tout et tout, ça commence à faire un petit moment que je l'ai découvert, et même un moment que je l'écoute. Si je me suis retenu d'en parler, c'est que j'attendais l'ouverture du site officiel, en me disant que je vous filerais le lien pour tous les détails. Sauf que bon, on va dire que pour le moment le dit site officiel est encore en cours de finalisation... Alors tant pis!

Pour mémoire, au cas où vous seriez l'une des rares personnes égarées ici n'ayant pas pris soin de se délecter de l'intégralité de mes écrits sur ce site, j'ai déjà parlé de la vie et l'oeuvre de Blazbro par le passé , notamment dans ce billet où l'évocation de mon amitié avec un des ses membres, mon pote B-Boy (connu dans le milieu sous le nom de Belush), me permettait de signaler la sortie de la première et remarquable mixtape de Blazbro, cocassement intitulée Miss Tape (Dieu, que ces jeunes zyvas ont de l'humour, huhuhu). J'avais conclu mon billet sur une note de mystère époustouflante de subtilité, de sorte que tout le monde avait compris qu'un album était en préparation, mais chut! c'est un secret, 'faut pas le dire.

Et donc, ça y est, c'est fait. Ils ont réussi à le faire presser leur skeud'. Maintenant, une question se pose: est-ce qu'il est bien au moins? Et ben franchement... Ils m'ont bluffé, ces cons! Ca, il faut bien le reconnaître, ils ont bien enfumé tout le monde avec leur histoire de Miss Tape. Genre style t'as vu, on a monté un petit groupe avec des copains, on fait des musiques sur le pécé du grand-frère, on s'enregistre dans la salle de bains, et vite fait mal fait on sort quelques chansons comme ça, pour rire, avec un myspace et tout, comme les vrais p'tits djeunzes ils font. Façon amateur averti, en somme. A l'époque tout le monde en était resté baba, moi le premier. J'en étais à dire qu'ils avaient tout bonnement atteint le niveau professionnel. C'est dire quel a pu être le choc en entendant l'album...

Parce qu'en fait, en douce, ils ont bossé pour de vrai, les fourbes. C'est bien simple, leur son, il tue. Du côté des MCs, je pourrais me prendre la tête à essayer de trouver des formules à base de "l'un percute, l'autre swingue, et ce n'est même pas une histoire de se compléter, c'est juste que ça marche", mais à la vérité, j'ai un peu la flemme, faites-moi juste confiance si je vous dis que mon pote B-Boy/Belush et son acolyte Tedji cartonnent, aussi bien au niveau de la qualité des textes que de la façon dont ils sont déclamés. Du côté des prods (ça veut dire les musiques, en rap) on n'a que du bon, voire même du excellent pour beaucoup d'entre elles, et elles sont chaque fois sublimées par un mixage qu'on va, en toute simplicité, qualifier de parfait. Alors oui, c'est clair, on est quelques kilomètres au-dessus de la sympathique Miss Tape. En gros, y'a pas, je serais toi, j'achète. Direct.

Pour vous procurer Blazbro contre les Gens Pires, vous disposez de trois solutions:

  1. Connaître un des membres du groupe, ou un pote des membres du groupe, et lui filer 10 euros pour qu'il vous procure le disque à prix quasi coûtant,
  2. Envoyer un petit courrier électronique au groupe, à l'adresse blazbro@gmail.com, et on vous dira comment faire pour en recevoir un à la maison,
  3. Venir faire un petit tour à la FNAC Cergy-Pontoise où le disque sera dispo à la vente et en écoute à partir de la semaine prochaine. En même temps, si vous n'êtes pas du coin, ça vous permettra de découvrir les charmes de la ville nouvelle: son centre commercial régional, sa base de loisirs, ses 3 gares RER...

En ce qui me concerne, je n'ai pas eu à payer pour me voir remettre l'album. En effet, on peut considérer que je fais pratiquement partie du groupe étant donné la contribution considérable que j'ai pu apporter lors de l'élaboration du disque. Certes, je n'ai composé aucune des musiques. Je n'ai pas non plus écrit le moindre texte. Je n'ai pas investi le plus petit centime d'euro pour permettre l'enregistrement ou la presse du disque. C'est vrai. Mais c'est moi qui ai trouvé le titre. Eeeeeeeeeeet ouais. Et ça coco, c'est hyper important. Pour ne pas dire LE plus important. En guise de reconnaissance, un petit skeud' gratos constituait donc un minimum syndical. Pour le coup, je me trouve d'ailleurs assez cool, j'aurais pu réclamer un pourcentage...

Enfin bon. Puisque je me sens d'humeur primesautière ce soir, le moment est idéal pour vous proposer une quatrième façon de vous procurer cet album. En plus c'est la moins chère. Mais y'en aura pas pour tout le monde, loin de là.

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, en ce mardi 4 mars 2008, la Direction Générale de Chimineks.net est heureuse de vous présenter le grand concours Blazbro contre les Gens Pires, à l'issue duquel les heureux gagnants, au nombre de cinq, se verront offrir le premier album de Blazbro, un groupe qu'il est très, très bien. Les gagnants ne seront pas tirés au sort (t'as cru qu'on avait de quoi se payer un huissier, ou quoi?) mais sélectionnés en fonction de la rapidité avec laquelle ils auront su répondre correctement à la question suivante:

A quel film mémorable du patrimoine cinématographique français le rédacteur principal de Chimineks.net pensait-il lorsqu'il eût l'idée lumineuse de suggérer aux deux MCs de Blazbro le nom de leur premier album, Blazbro contre les Gens Pires?

Si vous pensez avoir deviné la réponse, vous êtes invités à la donner par l'intermédiaire du formulaire de contact du site (par là). Encore une fois, les cinq premiers se verront offrir, pour zéro balle T.T.C., le premier album de Blazbro, parce que ça me fait plaisir, voilà, je suis comme ça, et pas de chichis entre nous t'as vu. Que les meilleurs gagnent.

Là-dessus, je vous laisse aller consulter les archives des Cahiers du Cinéma, en pouffant de rire à l'idée que vous puissiez espérer y trouver la bonne réponse pour le concours, et je m'en vais goûter au plaisir d'une nouvelle nuit de vacances pontoisiennes...


P.S.: Ah oui, au fait, si vous voulez écouter un peu de Blazbro, faute de site officiel, allez faire un tour sur leur horrible affreuse regrettable mais nécessaire super page myspace, et choisissez le morceau Teaser album pour vous faire une (toute petite) idée du son de Blazbro contre les Gens Pires.

mercredi 20 février 2008

Extra ball

Ce soir je devais bosser pour la dernière fois du mois avant de prendre des vacances amplement méritées. Cependant, alors que je m'apprêtais à prendre mon service, il s'est avéré qu'à la faveur d'une amusante erreur de planning nous étions trop nombreux à être venus bosser. Toujours prompt à faire la preuve de ma légendaire abnégation dans ce genre de circonstances, j'ai pris sur moi de me porter volontaire pour rentrer à la maison et sacrifier ainsi une nuit de ce travail que j'aime tant. Physiquement et mentalement préparé à me taper une nuit quasi-blanche, me voilà donc seul chez moi à minuit du soir, sans rien d'autre à faire que zapper nonchalamment devant la téloche. Ou bien... Ou bien ça. Rattraper un peu de retard. Me dérouiller les doigts et le cerveau en tapant quelques lignes pour le plaisir des petits et grands.

Le fait est que je n'ai pas l'habitude de me lancer comme ça all'improvviso, sans la moindre idée de ce qui sera dit dans la phrase qui suit. Mais bon. On va le prendre comme un exercice intéressant. Un genre de freestyle littéraire. Ce n'est pas comme si je manquais de choses à raconter, que diantre. Quoique. Tout n'est pas bon à raconter. Dans ma vie. Oh, rien n'est inavouable. Dans ma vie. Mais tout n'est pas forcément digne d'intérêt. Dans ma vie. Hum. Que voilà un départ fulgurant. On est bien barré, là. A n'en pas douter, c'est de la notasse qui va déchaîner les passions, c'est certain. "Madame, Monsieur, j'ai l'honneur de vous faire savoir par la présente que mon quotidien récent est à ce point inintéressant que je préfère le passer sous silence plutôt que de vous en faire subir l'assommant récit". C'est bon, ça, coco.

Attention, je ne dis pas qu'il ne se passe rien. Mais que voulez-vous, mes problèmes de voisinage, mes soucis au boulot, mes histoires de famille, au bout d'un moment, j'ai plus envie d'en sortir que d'autre chose. Mais comment faire quand le cerveau n'est pas capable de sortir de ces thématiques dès lors qu'on lui laisse un peu de liberté de penser. Alors je préfère m'abrutir à coups de sport, de visionnage de films, de bouquinage, de Guitar Hero. C'est toujours mieux que de boire pour oublier. Mais la logique est la même. Et ça me dérange. De n'être pas capable de m'en dégager autrement qu'à travers ces formes de fuite. L'écriture n'est pas propice à la fuite. Ou à l'évasion, si on veut parler positif. Elle est le reflet de ce qu'on est, et en particulier des libertés qu'on arrive à s'accorder.

Je regrette de ne pas savoir tout envoyer péter. De ne pas savoir n'en avoir rien à foutre. Savoir dire merde au monde entier, sans se préoccuper des conséquences. J'imagine que j'ai été élevé à coups de concepts aux antipodes de ça. Je n'ai pourtant pas eu à subir le moindre soupçon d'éducation religieuse venant de mes parents, mais je me suis toujours comporté comme si je ne voulais pas faire de peine au petit Jésus. Il faut être gentil et poli, veiller à ne pas heurter son prochain, se mettre à la place de l'autre et essayer de le comprendre, avoir du respect pour chacun et pour chaque chose, avoir la foi en l'Homme, se garder des à-priori... Et à force de tendre la joue, tout ce que tu finis par ramasser, ce sont des baffes dans la gueule. Alors à quoi bon?

Le gentillesse est un piège. Et je suis pris dedans. Parce que je ne sais plus faire autrement. Et parce qu'il est trop tard pour devenir méchant. Méchant pour de vrai. Même rien qu'un peu. Juste savoir être un connard de temps en temps. Le temps de te dire que ta vie je m'en cogne. Mais ça je ne peux pas. J'ai beaucoup trop peur que tu te cognes de la mienne. Alors je suis gentil avec toi. Pour que tu sois gentil avec moi. Le problème c'est que ça ne marche pas à tous les coups. Il ne suffit pas d'être gentil pour être aimé. J'ai même parfois le sentiment qu'être méchant revient au même. A croire qu'il se trouve des gens qui aiment ça. C'est une théorie. Les gentils aiment les méchants. Et les méchants aiment les gentils. Question d'équilibre. De complémentarité. Heureusement, la vie est plus compliquée que ça, autrement elle serait bien monotone...

Je suis gentil. Je n'aime pas les méchants. Et encore moins les méchantes. Sans doute parce que celles que je préfère ce sont les gentilles. J'ai déjà eu à faire à de fausses gentilles qui finalement se sont révélées être des méchantes. J'ai aussi croisé des gentilles qui en fin de compte cherchaient plutôt un méchant. Mais, à mon grand dam, je n'ai pas croisé de vraie gentille qui cherche vraiment un gentil. C'est dommage, j'ai le profil idéal. Comme il est bon de schématiser. Surtout quand on est soi-même schématique. Nuances, nuances, nuances, que ne vous êtes-vous attardées sur ma petite personne? Juste une pincée, comme un sel de la vie. Globalement gentil, oui, mais pas soucieux d'infaillibilité, ça, ça m'aurait plu, bordel. Mais il est tard. Alors on fait c'qu'on peut avec c'qu'on a.

Là-dessus, je vous laisse, je dois aller pleurer sur le fait que les vacances sont enfin là, mais que cette année, pour la première fois depuis bien longtemps, il me faudra passer des vacances d'hiver sans ski (et même sans rien du tout faute de caillasse, en fait). Si t'as un chalet à la montagne et que tu sais pas quoi en faire pendant les trois prochaines semaines, fais-moi un signe.
Vas-y, fais pas ta pute.

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